
Hier, j’étais aux abords de la bande de Gaza.
Comment ne pas s’arrêter devant le monument dédié aux observatrices?
Le silence s’imposait!
Après plusieurs jours de pluie, le soleil était revenu. La terre était verte, l’air limpide. Et pourtant, en longeant l’allée bordée des portraits de ces jeunes femmes assassinées, j’ai senti l’air se raréfier, chaque portrait ôtait un peu de souffle, comme si respirer devenait soudain impossible.
Devant moi s’étendaient les champs et au-delà, la bande de Gaza.
C’est là, de ce point élevé surplombant la frontière que l’on comprend pourquoi elles étaient appelées “les yeux du pays”.
Elles voyaient, elles surveillaient, elles alertaient, elles veillaient.
Et lorsque les hordes terroristes ont déferlé sur le territoire israélien, elles sont restées à leur poste, fidèles à leur mission et ont résisté jusqu’au dernier souffle — jusqu’à ce que leurs yeux se ferment à jamais.
La perte de ces jeunes femmes, qui avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir pour prévenir et protéger, mais qui n’ont pas été entendus, demeure une douleur sans mots. Une douleur injuste. Une blessure ouverte. Une blessure inacceptable.
Venir ici, gravir cette montée entourée de leurs noms et de leurs visages, c’est marcher et se tenir parmi des héros tombés dans l’accomplissement de leur devoir.
C’est apprendre leurs noms, leurs histoires, leurs rêves interrompus.
Sur le mur de l’abri où certaines d’entre elles avaient trouvé refuge ce jour noir, un vers est inscrit :
“Tout ira bien, nous brillerons encore.”
Aujourd’hui, ces mots semblent venir d’un autre monde et résonnent comme une promesse suspendue.
Souvenons-nous d’elles. Et que leur lumière ne s’éteigne jamais.
© Stéphane (Gozlan- Gilboa) Goldin
