Tribune Juive

Obama ou la trahison morale. Par Paul Germon

Quand l’autoflagellation occidentale applaudit, le monde s’embrase — et prépare Trump

Il existe des fautes politiques visibles, assumées, revendiquées.

Et puis il existe des fautes plus graves encore, parce qu’elles se parent de vertu, flattent les consciences occidentales et transforment la morale en substitut de la stratégie.

La présidence de Barack Obama relève de cette seconde catégorie. Elle n’a pas détruit le monde par brutalité. Elle l’a fragilisé par illusion morale.

Moins par des décisions spectaculaires que par des signaux idéologiques, aussitôt applaudis par des élites occidentales enclines à l’autoflagellation, et lourds de conséquences pour Israël, le Moyen-Orient et l’Europe.

Le péché originel : le Caire, 2009

Tout commence avec le discours du Caire, en juin 2009. Dans les capitales occidentales, l’enthousiasme est total. On célèbre l’« humilité », la « main tendue », la « rupture historique ». La boboïtude transatlantique applaudit un président qui semble libérer l’Occident du fardeau de sa propre histoire.

Mais ce discours n’ouvre pas une ère de paix. Il ouvre une ère de désinhibition des prédateurs.

Obama y adopte une posture de confesseur occidental. Il relativise la violence islamiste, l’explique par des humiliations historiques, en gomme la nature idéologique et remplace l’analyse des rapports de force par une lecture morale et symbolique du monde. L’Occident ne s’y présente plus comme un pôle de stabilité, mais comme un acteur repentant, hésitant, culpabilisé.

Quand les digues tombent, ce ne sont pas les moralistes qui nagent. Ce sont les prédateurs.

Les salons occidentaux applaudissent. Les mouvements islamistes comprennent.

La preuve absolue : le Nobel de la paix avant d’avoir gouverné

La primauté du symbole sur l’action trouve sa démonstration la plus éclatante dans un fait incontestable : Barack Obama reçoit le prix Nobel de la paix avant même d’avoir gouverné.

Jamais une distinction n’aura été attribuée avec une telle légèreté stratégique. Non pour des actes. Non pour des résultats. Mais pour une intention supposée, une posture morale, une promesse de retrait.

Ce Nobel ne récompense pas une paix obtenue ; il consacre une bonne conscience occidentale soulagée, heureuse d’applaudir un président qui s’excuse avant d’agir. Il érige l’autorenoncement stratégique en vertu et valide l’illusion selon laquelle la morale peut se substituer à la puissance.

Il est l’acte de baptême idéologique d’une décennie de chaos.

Israël : d’allié stratégique à problème moral

Dans cette atmosphère d’autosatisfaction morale, Israël cesse d’être un allié central et devient un problème moral.

Sous Obama, la pression publique sur Israël s’intensifie, les exigences unilatérales se multiplient et une symétrie morale s’installe entre une démocratie et des organisations islamistes. Les impératifs de sécurité israéliens sont relativisés au nom d’une abstraction morale censée incarner la paix.

Les élites occidentales applaudissent encore.

Dans la région, le message est limpide : Israël peut être isolé, fragilisé, désavoué.

Cette posture n’a jamais rapproché la paix. Elle a durci les positions palestiniennes, renforcé les acteurs les plus radicaux et nourri l’illusion que la pression morale internationale ferait céder Israël.

La Tunisie : le lâchage fondateur

Même logique en Tunisie.

Lorsque Zine El Abidine Ben Ali vacille, l’administration Obama retire son soutien sans plan de transition, sans anticipation des forces appelées à occuper le vide, sans souci de stabilité régionale. La chute est applaudie ; les conséquences sont ignorées.

Les régimes arabes comprennent qu’ils sont jetables.

Les islamistes comprennent que les digues ont cédé.

Le mal nommé « Printemps arabe » commence ici : par un abandon stratégique célébré comme une victoire morale.

Le Printemps arabe : ouverture de cages aux fauves

Présenté comme une vague démocratique, le Printemps arabe est en réalité une dislocation.

Les régimes tombent, mais les États ne tiennent plus. Les seuls acteurs organisés, patients et idéologiquement cohérents sont les islamistes.

Libye : destruction de l’État, milices, trafic d’armes.

Syrie : guerre totale, djihadisme, exode massif.

Égypte : chaos islamiste puis retour autoritaire.

Tunisie : base arrière du djihadisme exporté vers l’Europe.

Ce ne fut pas un printemps. Ce fut une ouverture de cages aux fauves.

Du renoncement moral au terrorisme global

Chaos syrien, chaos libyen, filières tunisiennes, légitimation idéologique de l’islam politique, affaiblissement symbolique d’Israël : tout procède d’une même matrice.

Quand les digues tombent, ce ne sont pas les moralistes qui nagent. Ce sont les prédateurs.

Les attentats qui ont frappé Paris, Bruxelles ou Nice ne sont pas des accidents de l’Histoire. Ils sont des conséquences stratégiques.

De l’illusion morale au retour brutal du réel : Obama a préparé Trump

C’est ici que s’opère le basculement politique majeur.

En substituant la bonne conscience à la stratégie, en affaiblissant la dissuasion, en moralisant les alliances et en renonçant au langage clair des intérêts, Obama a créé un vide. Un vide de crédibilité, de protection, de cohérence.

Ce vide a rendu possible l’émergence d’un président de rupture, Donald Trump, dont la promesse n’était ni la morale ni la réconciliation, mais le retour assumé des intérêts de l’État, sans mauvaise conscience.

Trump n’est pas une anomalie surgie contre l’Histoire. Il en est une réaction.

À la politique de l’excuse, il oppose la transaction.

À la morale symbolique, le rapport de force.

À l’auto-renoncement, la dissuasion.

Sans le Caire, sans le Nobel anticipé, sans le Printemps arabe applaudi, sans la ligne rouge effacée, Trump n’aurait pas été politiquement pensable. Obama a préparé le terrain ; Trump a occupé le champ.

Conclusion

Obama n’a pas détruit le monde par brutalité.

Il l’a fragilisé par illusion morale.

En croyant pacifier le monde par la repentance, il a désinhibé les prédateurs et lassé les peuples. Le retour brutal du réel s’est alors imposé, sans bonne conscience ni morale, mais avec les intérêts de l’État pour seule boussole.

Le chaos des années 2010 commence par un discours applaudi.

Il fut prononcé au Caire.

© Paul Germon

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