Tribune Juive

Réel ou fiction, si KIEV m’était conté. Par Francis Moritz

Mais qui donc a pu imaginer un dialogue pareil,

Essai fictionnel ou réalité ?

L’Europe paniquée face à Trump : chronique d’une dépendance assumée

31 décembre 2025

L’Europe prétend ne plus croire en Donald Trump. Elle le redoute, le soupçonne, le critique à mots feutrés — et pourtant, elle continue de tourner autour de lui comme un satellite affolé autour de son centre de gravité. Les dernières révélations ne sont pas seulement embarrassantes : elles sont accablantes.

Selon plusieurs sources concordantes, des dirigeants européens — au premier rang desquels le chancelier allemand Merz — auraient mis en garde Volodymyr Zelensky avant sa visite en Floride. Pas contre un piège diplomatique russe. Pas contre une escalade militaire. Non. Contre Trump lui-même.

« N’allez pas trop loin. Soyez prudent. Il est important que la rencontre se passe bien… mais ce n’est pas garanti. »

Autrement dit : attention à ne pas froisser le maître.

Et ce serait donc au président ukrainien — chef d’un pays en guerre — de gérer la psychologie de l’ancien président américain pour préserver l’équilibre européen.

La Première ministre danoise Mette Frederiksen enfonce le clou, sur un ton presque implorant :

« Volodymyr, soyez prudent. Pour votre bien et pour celui de l’Europe. »

La scène est saisissante. L’Union européenne, puissance économique supposée, marché continental de 450 millions d’habitants, délègue implicitement son destin stratégique à la capacité d’un dirigeant étranger à “réussir” un tête-à-tête avec Donald Trump. On est loin de la “souveraineté européenne”. On est dans la supplique.

Ce moment de vérité révèle une peur plus profonde : la crainte qu’une paix avec la Russie — imparfaite, transactionnelle, brutalement réaliste — se fasse sans l’Europe, voire contre sa vision morale du conflit. Une paix qui mettrait fin à la centralité politique de Bruxelles dans le récit ukrainien. Une paix qui obligerait à regarder en face les limites de l’idéalisme stratégique européen.

Et pendant que l’angoisse circule en coulisses, la communication officielle continue, elle, à flotter hors sol. Ursula von der Leyen a ainsi salué des « progrès » à l’issue d’une rencontre avec Trump… à laquelle elle n’a pas participé. Le commentaire précède l’événement, la narration remplace la réalité.

Car dans les faits, rien n’avance sur les sujets clés :

– pas d’accord sur les territoires,

– pas de garanties de sécurité américaines solides,

– pas d’engagement clair à long terme.

Trump, fidèle à lui-même, refuse de distribuer des garanties qu’il ne contrôle pas politiquement. Il ne veut pas être le garant militaire éternel d’un conflit européen. Et c’est précisément ce que l’Europe redoute.

Alors Bruxelles improvise. Nouvelle réunion en urgence. Nouvelle formule magique. Cette fois, l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne serait présentée comme une “garantie de sécurité”. Une pirouette juridique déguisée en vision stratégique. Une promesse institutionnelle brandie pour masquer l’absence de protection réelle.

On remplace l’OTAN par l’UE. Le blindé par le traité. Le parapluie américain par un dossier d’adhésion.

La nervosité est telle qu’un nouveau rendez-vous avec Trump est déjà annoncé pour le 6 janvier, à Paris. La question n’est plus rhétorique : pourquoi inviter avec une telle urgence un homme à qui l’on dit ne pas faire confiance ?

La réponse est brutale : parce que l’Europe n’a pas d’alternative crédible. Elle n’a ni autonomie militaire réelle, ni doctrine stratégique unifiée, ni leadership politique capable d’assumer les conséquences d’une paix imparfaite.

Elle craint Trump, mais elle en dépend.

Elle le critique, mais elle l’attend.

Elle le redoute, mais elle l’invite.

P.S. Reste la question explosive des fuites. Kiev ? Berlin ? Dans les deux cas, le signal est le même : derrière les sourires officiels et les poignées de main, la panique circule. Officiellement, tout va bien. Officieusement, l’Europe retient son souffle — et prie pour que Trump reste prévisible. Autant dire qu’elle n’a rien compris.

© Francis Moritz

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