Tribune Juive

Le peuple iranien s’est levé pour reconquérir l’ensemble de ses droits et de ses libertés. Par Hamid Enayat

Depuis le 28 décembre, l’Iran est secoué par un mouvement social. Si les commerçants ont ouvert la voie, ce sont les jeunes et les étudiants qui sont « l’avant-garde de la lutte pour la liberté », explique Hamid Enayat, collaborateur de l’opposition démocratique iranienne

Depuis le dimanche 28 décembre, un mouvement social secoue l’Iran. Si les revendications restent majoritairement économiques, des slogans politiques commencent également à émerger. Pour analyser les perspectives de ce mouvement, Camille Perdriaud pour La Dépêche du Midi a interrogé Hamid Enayat, politologue, spécialiste de l’Iran et collaborateur de l’opposition démocratique iranienne (CNRI).

La Dépêche du Midi : Les revendications de ce mouvement resteront-elles principalement économiques, ou la dimension politique va-t-elle s’imposer ?

Hamid Enayat : Lorsque les commerçants du Grand Bazar de Téhéran ont fermé leurs boutiques en signe de protestation contre la chute vertigineuse de la monnaie nationale, l’inflation galopante et la flambée du taux de change, des universités à travers le pays ont rejoint le mouvement dès le lendemain. Cela illustre le lien étroit entre l’économie et la politique, et reflète le rejet total du régime iranien. Aujourd’hui, le peuple s’est levé pour reconquérir l’ensemble de ses droits et de ses libertés.

Quel rôle les étudiants joueront-ils dans ce mouvement ?

Les universités en Iran ont une longue tradition de lutte politique. L’Université de Téhéran, fut en 1952 le théâtre de l’assassinat de trois étudiants par les soldats du Chah. Les universités iraniennes ont également joué un rôle déterminant dans le renversement de la dictature monarchique en 1979.

Aujourd’hui, les générations Y et Z sont en première ligne du combat pour la liberté en Iran. Ayant grandi à l’ère d’internet, ces jeunes ont eu accès à de nombreuses vérités et s’opposent résolument à un régime où la liberté d’expression est inexistante et où aucun avenir ne semble possible.

Le président a appelé mardi à écouter « les revendications légitimes » des manifestants. Pensez-vous qu’un dialogue soit possible ?

Non, je ne le crois pas. Cet appel a ravivé chez des Iraniens un souvenir historique lourd de sens : celui du Chah, en novembre 1978, qui déclarait avoir « entendu la voix de la révolution ». Mais au bout de quelques mois, la monarchie s’est effondrée. L’expérience montre que les concessions verbales tardives ne suffisent à contenir la colère populaire parvenue à maturité politique.

Le régime des mollahs met en garde contre toute politisation du mouvement. Redoute-t-il des vagues de manifestations similaires à celles de fin 2022 ?

Bien sûr. C’est la crainte la plus importante du régime. Après la guerre dite des 12 jours en juin dernier, cette crainte est devenue un véritable cauchemar pour un régime considérablement affaibli et économiquement ruiné.

Les exécutions massives (357, rien qu’en décembre) visaient à prévenir un soulèvement et à décourager les jeunes de rejoindre l’insurrection. Et pourtant, aujourd’hui encore, les universités et la jeunesse sont à l’avant-garde de la lutte pour la liberté.

Le régime aura-t-il recours à la répression pour contenir le mouvement ?

Pour le moment, il essaie de créer la confusion parmi les manifestants en brandissant, par ses agents en tenue civile, des slogans en faveur de l’ancien régime monarchiste, afin de ternir l’image du soulèvement. Mais il n’hésitera pas à avoir recours à sa solution finale si la révolte continue à prendre de l’ampleur. Pour rappel, en novembre 2019, le guide suprême Ali Khamenei est intervenu en personne pour donner l’ordre de tirer sur les manifestants. Ils en ont tué plus de 1 500 en cinq jours.

Donald Trump a averti Téhéran que les États-Unis interviendraient en cas de répression violente des manifestants pacifiques. Que pensez-vous de ces menaces ?

Je pense que tout soutien apporté au peuple iranien insurgé est le bienvenu. Les pressions internationales sur le régime contribuent incontestablement à limiter sa capacité de répression. Cela étant dit, le renversement est à la portée du peuple iranien lui-même. La communauté internationale doit reconnaître le droit légitime du peuple iranien à résister, ainsi que celui de sa résistance organisée face à un régime oppressif qui n’a laissé aucune voie pour exprimer l’opposition pacifique.

Hamid Enayat, politologue, spécialiste de l’Iran, est interrogé par Camille Perdriaud pour La Dépêche du Midi

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