Tremblez — Femme, vie, liberté. Par Sonya Zadig


L’Iran traverse une crise qui déborde la contestation d’un régime et excède ses frontières. Ce n’est pas seulement un pouvoir qui vacille, c’est une vision du monde qui se fend. Sous la répression, les arrestations, les morts, quelque chose persiste, s’approfondit, insiste: un désir de liberté irréductible. Et ce désir a pris un visage. Celui des femmes.

Lorsqu’une femme retire le voile en Iran, ce n’est ni un symbole abstrait ni une provocation culturelle. C’est un acte politique d’une radicalité tranquille. Elle affirme que la vie ne peut plus se vivre sous la menace permanente, que le corps ne peut plus être administré par la peur, que l’obéissance ne garantit plus l’ordre mais prolonge la contrainte. En un geste nu, sans retour possible, le centre de gravité du pouvoir se déplace: de la terreur vers la vie.

Depuis des décennies, l’islam politique a structuré le Moyen-Orient autour d’un sacré devenu mortifère. Un sacré qui exige la soumission des corps, sanctifie la contrainte, transforme la peur en vertu. Pour durer, il lui fallait un ennemi extérieur afin de masquer la violence intérieure. Il a tenu les corps — d’abord ceux des femmes — pour projeter ailleurs la colère et éviter toute remise en cause. La guerre comme horizon. La haine comme ciment. La mort comme justification.

Ce qui se fissure aujourd’hui en Iran, c’est cette architecture entière. Un régime contraint de frapper ses femmes pour survivre révèle sa fragilité profonde. Un pouvoir qui perd la maîtrise du corps féminin perd aussi sa capacité à mobiliser durablement la peur. La crise actuelle ne révèle pas une instabilité passagère, mais l’épuisement d’un imaginaire où le sacré ne protégeait plus la vie, mais la sacrifiait.

C’est en ce sens que ce qui se joue en Iran concerne le monde entier, et le monde musulman en particulier. Là où un pouvoir religieux vacille, c’est l’idée même d’un ordre sacralisé et indépassable qui est interrogée. Israël a longtemps servi de figure d’ennemi nécessaire, permettant de détourner la colère vers l’extérieur pour éviter toute confrontation avec la violence exercée au-dedans; lorsque cette violence intérieure est enfin nommée, lorsque les femmes cessent d’y consentir, la haine projetée perd sa fonction structurante.

La brèche ouverte aujourd’hui laisse passer bien plus qu’une contestation nationale. Elle laisse passer un espoir inédit dans le monde musulman: la possibilité de sortir du face-à-face mortifère entre soumission intérieure et conflit permanent. Elle montre qu’un autre chemin existe — étroit, fragile, mais réel — où la paix ne serait plus seulement l’absence de guerre, mais l’effet d’une transformation intime des sociétés.

Ce qui s’est levé en Iran n’est ni une promesse facile ni un mythe consolant. C’est une fissure. Une fissure discrète mais décisive, par laquelle s’engouffre un air nouveau — rare, précieux, dangereux. Rien ne s’effondre encore. Mais quelque chose ne tient plus tout à fait.

Et peut-être faut-il le dire ainsi: lorsque femme, vie, liberté se disent ensemble, l’édifice islamique rencontre une limite qu’il ne peut absorber sans se fissurer. Là où le sacré s’était confondu avec la mort, la vie recommence à faire signe. Là où l’Histoire semblait condamnée à la grimace de la contrainte, s’esquisse soudain autre chose — un sourire d’espoir.

FEMME. VIE. LIBERTÉ.

© Sonya Zadig


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2 Comments

  1. C’est très beau texte de Sonia Zadig, nous montre combien le FEMININ et de combat pour sa libération, ce émancipation s’élaboration progressive pour sortir du dressage, masculin, paternel culturel. Cela montre à l’homme, au masculin que la Psychanalyse qu’il fait peut l’amener à être civilisée par le FEMININ, à être en quelque sorte dans le sens d’accepter le manque, la béance de l’être et à le défendre par tous les moyens cela s’appelle peut-être la démocratie. Oui c’est la démocratie et la Psyka n’y est pas pour rien pour être à l’index de ce que nous montre le féminin au combat pour la liberté du sujet de la parole. Une fois le dressage masculin a tombé que va faire le FEMININ pour montrer ce qu’il est c’est ça l’étape suivante et nous l’attendons grâce à l’idée même de ce que c’est que parler jjmoscovitz

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