Moyen-Orient 2025 : la fin des axes, le retour des rivalités de puissances

27 décembre 2025 Stratégie régionale

La fin de l’année 2025 marque un tournant stratégique au Moyen-Orient. Les grands axes idéologiques cèdent la place à des rivalités de puissances intermédiaires, diffuses mais structurantes. Israël, la Turquie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Iran s’affrontent désormais sur plusieurs théâtres simultanément — de la Méditerranée orientale à la Corne de l’Afrique — dans une logique de compétition permanente, souvent indirecte, toujours instable.

Un Moyen-Orient fragmenté, sans axe dominant

Le Moyen-Orient n’est plus organisé autour d’un clivage lisible, opposant sunnites et chiites, pro-Occident et anti-Occident, ou encore « modérés » et « radicaux ». Ces grilles de lecture ont perdu leur capacité explicative. La région est désormais structurée par des conflits d’architecture régionale, où chaque acteur cherche avant tout à verrouiller des routes maritimes, des zones tampons, des relais locaux et des positions militaires clés.

Ce nouvel équilibre repose sur des puissances intermédiaires capables de nuisance et de projection, mais incapables d’imposer un ordre régional durable. Aucun acteur ne domine, aucun ne stabilise. Tous cherchent à empêcher l’autre de s’imposer.

Israël–Turquie : une rivalité stratégique désormais globale

La rivalité entre Israël et la Turquie s’est nettement intensifiée en 2025. Elle ne se limite plus aux tensions diplomatiques ou à la question palestinienne. Elle est devenue structurelle, multisectorielle et géographiquement étendue. En Méditerranée orientale, Israël renforce son axe stratégique avec la Grèce et Chypre, marginalisant Ankara sur les dossiers énergétiques et sécuritaires. Sur le plan diplomatique, la Turquie se retrouve exclue des derniers formats de discussion autour de Gaza, malgré son activisme constant et son ambition affichée de jouer un rôle central.

Sur le plan militaire, le déploiement de systèmes radar turcs en Syrie est perçu à Jérusalem comme une tentative de surveillance et de dissuasion indirecte. Dans le même temps, Israël cherche à freiner l’accès de la Turquie au programme F-35, considérant qu’un tel saut capacitaire créerait un déséquilibre stratégique majeur. Sur le terrain syrien enfin, Israël soutient discrètement certaines communautés locales, notamment druzes, dans une logique de containment simultané de l’influence iranienne et de l’expansion turque.

Il ne s’agit pas d’un conflit idéologique. C’est une rivalité de puissance classique, territoriale, maritime et sécuritaire, appelée à durer.

Somaliland : un coup géopolitique israélien dans la Corne de l’Afrique

La reconnaissance du Somaliland par Israël constitue l’un des gestes géopolitiques les plus significatifs de l’année. Ce choix n’a rien de symbolique. Il répond à une logique stratégique précise. Sur le plan sécuritaire, le Somaliland offre un accès indirect au détroit de Bab el-Mandeb, axe vital du commerce mondial et point névralgique pour la sécurité maritime israélienne. Sur le plan géopolitique, cette reconnaissance affaiblit frontalement la stratégie turque en Somalie, où Ankara soutient Mogadiscio et multiplie bases militaires et accords sécuritaires.

Sur le plan diplomatique enfin, Israël démontre sa capacité à agir bien au-delà de son environnement immédiat, dans une logique de projection périphérique assumée. Pour la Turquie, c’est un revers net. Pour Israël, un message clair : la compétition régionale ne se joue plus uniquement au Levant.

Arabie saoudite : glissement tactique ou désorientation stratégique ?

L’attitude récente de l’Arabie saoudite soulève de lourdes interrogations. Au sud du Yémen, des forces engagées depuis 2015 contre les Houthis et AQAP accusent désormais l’aviation saoudienne de les avoir frappées alors qu’elles combattaient également le parti islamiste Islah, proche des Frères musulmans. Ce signal est révélateur d’un glissement préoccupant. Riyad semble réviser ses priorités sécuritaires, tolérer certains acteurs islamistes sunnites et s’éloigner de son alignement stratégique avec Abou Dhabi dans le sud yéménite.

Ce repositionnement rapproche objectivement l’Arabie saoudite de l’axe Qatar–Turquie–islamistes, non par adhésion idéologique mais par calcul tactique. Une stratégie à haut risque, qui fragilise la cohérence régionale du royaume et brouille ses lignes rouges historiques.

Rivalités croisées : une région en compétition permanente

La fin de 2025 est marquée par une multiplication de conflits indirects et de rivalités croisées. Au Soudan, les Émirats arabes unis s’opposent à un axe saoudo-égyptien. En Libye, la Turquie affronte indirectement les Émirats. En Syrie, Ankara et Israël se font face sur fond d’influence iranienne. Au sud du Yémen, Riyad et Abou Dhabi poursuivent des stratégies de plus en plus divergentes. En Somalie et au Somaliland, la Turquie et Israël se disputent influence, accès portuaires et relais locaux.

Ces conflits ne visent pas la victoire totale. Ils cherchent le contrôle durable des équilibres locaux et l’empêchement réciproque.

L’Iran : affaibli, mais toujours perturbateur

Malgré une série de revers en 2025, l’Iran n’a pas disparu du jeu régional. Son rôle a évolué. Moins de domination directe, davantage de stratégie d’obstruction. Téhéran ne cherche plus nécessairement à imposer un ordre, mais à maintenir un niveau de tension suffisant pour empêcher toute stabilisation durable. L’Iran ne gagne pas. Mais il empêche les autres de gagner.

Focus Moyen-Orient.fr

Le Moyen-Orient entre dans une ère de conflictualité permanente

Le Moyen-Orient de 2025 n’est ni stabilisé ni multipolaire au sens classique. Il est fragmenté, concurrentiel et instable, dominé par des puissances intermédiaires agissant sans cadre collectif. Israël avance avec une cohérence stratégique assumée. La Turquie multiplie les fronts au risque de l’isolement. L’Arabie saoudite hésite dangereusement. Les Émirats consolident patiemment. L’Iran sabote sans reconstruire.

Et l’Occident, une fois encore, observe sans comprendre, confondant médiation, réalisme et renoncement.

Suivez-nous et partagez

RSS
Twitter
Visit Us
Follow Me

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*