L’Iran pillé. Par Hamid Enayat

Il y a une semaine, dimanche après-midi, les commerçants du Grand Bazar de Téhéran ont baissé leurs rideaux pour protester contre l’inflation galopante, la dévaluation accélérée de la monnaie nationale et la montée sans précédent du taux de change. Le lendemain, des cris de liberté ont résonné à l’université de Téhéran et dans d’autres établissements du pays. Ce croisement entre l’économie et la politique a déclenché une vague de contestation massive à travers l’Iran.

La propagation rapide des manifestations, de Téhéran à de nombreuses villes grandes et petites montre que ce mouvement n’est ni centré sur la capitale ni limité aux grandes agglomérations. Cette rapidité et cette ampleur révèlent un mécontentement profond et généralisé.

Après des échecs régionaux répétés, une série de crises cumulées — inflation chronique et débridée (atteignant des chiffres à trois chiffres pour les produits alimentaires), effondrement de la monnaie, envolée du taux de change, appauvrissement généralisé, disparition de la classe moyenne, corruption endémique, pénuries d’eau et d’électricité, pollution extrême obligeant à fermer les écoles pendant des semaines — ont plongé le régime iranien dans une impasse. Ce soulèvement vise clairement sa chute.

Des dizaines de banques ont été créées en Iran pour permettre le pillage de l’argent du peuple, une partie ayant probablement été utilisée pour financer les aventures militaires du régime. L’État est en faillite, rongé par la corruption et le népotisme, ne se maintenant que par la répression. Depuis 2017, 127 milliards de dollars issus des exportations ne sont pas revenus en Iran. Récemment encore, le président de la commission budgétaire du Parlement a admis que 8 milliards de dollars provenant du pétrole de cette année n’avaient pas été rapatriés.

À la fin du règne du Shah, une prolifération similaire de banques avait eu lieu, facilitant le vol de milliards de dollars du peuple. À l’époque, un général appelé Sepahbod Ayadi, médecin personnel du Shah, prélevait 25 % de commission sur chaque contrat signé avec des pays étrangers — d’où son surnom de « général 25 % ». Comme Khamenei aujourd’hui, le Shah permettait à son entourage de piller impunément les ressources du pays. L’argent que détient actuellement Reza Pahlavi provient de ces fonds volés. Le régime Pahlavi, tout comme le régime actuel, était corrompu jusqu’à la moelle.

L’agence de presse Fars, liée aux Gardiens de la Révolution, a reconnu le 29 décembre 2025 que les protestations à Téhéran allaient bien au-delà de simples revendications économiques. Elle mentionne des « noyaux organisés de 5 à 10 personnes » scandant des slogans politiques comme « Mort à Khamenei » et reconnaît l’influence de Maryam Radjavi, présidente élue du CNRI, qui avait appelé à « une chaîne de manifestations ». Fox News a rapporté ces aveux, soulignant à quel point le régime perçoit ce mouvement comme une menace existentielle.

Pour contenir le soulèvement, la dictature religieuse a recours à ses méthodes éprouvées : infiltration des foules par des agents en civil des Gardiens de la Révolution. Ces provocateurs scandent des slogans en faveur de Reza Pahlavi, fils du Shah déchu, dans le but de détourner le mouvement vers une restauration monarchique factice. Le but ? Démoraliser les jeunes de la génération Z et Y qui se battent de toutes leurs forces pour la liberté, en leur faisant croire que leur combat est voué à l’échec. Diviser, affaiblir l’appel à renverser le régime, et faire passer les manifestations pour un affrontement entre deux options autoritaires.

Un militant kurde iranien a tweeté le 31 décembre : « C’est vérifié à 100 % : les Gardiens de la Révolution collaborent avec la secte Pahlavi. À Marivan, ils ont ordonné à leurs agents de scander des slogans pro-Pahlavi dès le début des protestations. Soyez vigilants ! Le meilleur slogan est : « Mort au tyran, qu’il soit Shah ou Guide suprême. » »

Par ailleurs, une guerre de désinformation bat son plein à travers des vidéos manipulées (deepfakes). Des clips montrant prétendument des slogans pro-Pahlavi sont diffusés sur les réseaux sociaux, mais une analyse attentive révèle des incohérences flagrantes : synchronisation labiale incorrecte, acoustique artificielle, absence de sons ambiants. Ces faux sont souvent relayés par des chaînes comme Manoto TV (financée par les nostalgiques du Shah) ou Iran International (soutenue par l’Arabie saoudite).

Cette tactique n’est pas nouvelle dans l’histoire des révolutions : susciter la nostalgie du passé pour légitimer le présent et détourner les revendications populaires. En Iran, l’objectif est clair : transformer le combat « peuple contre régime » en une « guerre des alternatives », affaiblissant ainsi l’unité du mouvement.

Le moment est venu pour la solidarité internationale. Un Iran libre est à portée de main. Le peuple iranien se soulève pour rejeter toute forme de dictature, qu’elle soit religieuse ou non. La direction du mouvement est suffisamment expérimentée pour empêcher que la révolution soit à nouveau confisquée comme en 1979.

© Hamid Enayat

Suivez-nous et partagez

RSS
Twitter
Visit Us
Follow Me

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*