Tribune Juive

Sur la Syrie : dialogue de sourds entre Trump et Netanyahou ? Par Faraj Alexandre Rifai

Voici quelques déclarations croisées de deux dirigeants, hier soir, sur la Syrie :

Donald Trump :

– « Je respecte le président syrien Ahmed al-Sharaa. C’est un dirigeant fort dont la Syrie a besoin aujourd’hui. Nos relations avec lui sont bonnes. »

– « Le nouveau président syrien travaille correctement. La Syrie ne peut pas être dirigée par un chef faible. »

– « J’ai levé les sanctions contre la Syrie pour lui donner une chance, et j’espère qu’elle réussira. »

– « Nous avons un accord de compréhension avec Israël concernant la Syrie. »

– « Nous discuterons d’un accord sécuritaire entre la Syrie et Israël. »

– « Je travaillerai à une entente entre Netanyahou et le président syrien, et je pense que les choses se passeront bien. »

– « Le président Recep Tayyip Erdogan mérite des éloges pour avoir aidé Israël à se débarrasser d’un régime syrien hostile. »

Benyamin Netanyahou :

– « Notre intérêt stratégique est que la frontière avec la Syrie soit débarrassée du terrorisme. »

– « Nous devons garantir la protection de nos frères druzes. »

Mon analyse : 

J’ai d’abord l’impression que nous assistons à un dialogue de sourds ?

D’un côté, Donald Trump continue d’afficher un soutien ferme à Israël face à l’Iran, allant jusqu’à donner un feu vert implicite à d’éventuelles frappes. Sur ce point, la ligne est claire, lisible, et cohérente 

Mais en parallèle, sur le dossier syrien, un autre logiciel semble à l’œuvre.

Je crains que des actions de lobbying, des intérêts et agenda régionaux de certains ainsi que des narratifs soigneusement  conçus m, aient porté leurs fruits auprès de Trump. Le Qatar, la Turquie ainsi que l’Arabie saoudite auraient installé l’idée selon laquelle  «le nouveau régime syrien serait un bon partenaire »

Autrement dit : il faudrait croire en Ahmed al-Sharaa, islamiste ex al Qaida, croire en sa sincérité, croire en sa “transformation”. Un ex Al Qaida qui promettait la mort à l’Amérique. Un président Syrien qui le 6 décembre dernier, au Qatar, a dit qu’il fallait redéfinir le mot terrorisme. 

Washington semble croire qu’un régime peut changer par reconnaissance, par levée de sanctions, par intégration diplomatique.

Cette lecture oublie la nature profonde du régime syrien, fondée sur le rejet de l’Occident et portée par ses parrains régionaux.

Parmi eux, un acteur central devrait particulièrement inquiéter : la Turquie.

C’est précisément sur ce point que se joue l’angle mort le plus dangereux de cette séquence diplomatique. Le point le plus révélateur, le plus alarmant, est la louange explicite du rôle de la Turquie par Trump.

Car Erdogan n’est pas un acteur neutre dans le dossier syrien — il en est l’un des architectes de ce régime. les plus constants et les plus cyniques. 

Erdogan utilise une rhétorique et un discours anti israélien qui tend à prendre la plan du régime des mollahs défaillant. 

Présenter Erdogan comme un acteur ayant “aidé Israël à se débarrasser d’un régime hostile” relève d’une lecture déconnectée et naïve de la part du président Trump. 

Non la Turquie en affaiblissant le régime d’Assad n’a jamais œuvré pour la sécurité d’Israël ; elle a œuvré pour d’étendre sa propre influence stratégique à travers un régime islamiste qu’elle a largement soutenu et tout en maintenant une hostilité structurelle envers Israël.

Bref, entre croyance américaine dans la transformation des régimes et vigilance israélienne face aux réelles menaces, le fossé est profond et pourrait devenir potentiellement explosif.

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