Comme chaque année mes prévisions pour 2026
1. L’année 2026 a de fortes chances de marquer une rupture nette dans l’ordre économique et géopolitique issu de l’après-crise de 2008. Les déséquilibres accumulés depuis plus d’une décennie – dette, spéculation, déconnexion croissante entre économie réelle et finance – approchent désormais un point de saturation.
2. Une crise financière majeure est probable, avec un épicentre américain. La combinaison d’une spéculation excessive, d’un endettement public et privé massif et d’une politique économique américaine fondée sur le déficit et la confrontation commerciale crée les conditions d’un choc systémique. La capacité des autorités monétaires à contenir indéfiniment les crises apparaît de plus en plus illusoire. Lorsque l’ajustement surviendra, il ne restera pas cantonné aux États-Unis et affectera l’ensemble du monde occidental, voire le monde entier.
La France se trouvera en première ligne. Engluée dans une trajectoire de dette hors de contrôle et incapable de réformer son appareil public, elle devra affronter une remontée durable du coût de son financement. L’enjeu ne sera pas une crise spectaculaire, mais une asphyxie budgétaire, rendant toute politique publique pratiquement impossible. La classe politique, prisonnière de ses logiques électoralistes, continuera largement d’ignorer cette contrainte fondamentale en se livrant à un désolant spectacles de crétinisme avancé.
3. En Israël, les conséquences politiques du 7 octobre produiront leurs effets sur la durée. Le traumatisme collectif a profondément ébranlé la confiance dans les dirigeants en place et ouvert la voie à une recomposition politique réelle. Le système électoral permet une alternance rapide, et l’émergence d’un leadership pragmatique (Bennett par exemple) et recentré sur les enjeux sécuritaires et économiques est plausible. En revanche, une normalisation avec l’Arabie saoudite reste hors de portée à court terme, notamment en raison de ce qui se joue en Syrie, même si les Accords d’Abraham pourraient s’élargir marginalement.
4. L’Iran constitue le point de bascule le plus probable. Le régime des ayatollahs ne s’effondrera pas au nom de la liberté, mais sous le poids de son incurie. Pénuries d’eau par assèchement des nappes, effondrement énergétique, infrastructures dégradées : l’État islamique iranien n’est plus en mesure d’assurer les fonctions élémentaires de gouvernement. Si la chute du régime n’est pas totalement certaine en 2026 (même si je la pense probable), la dynamique de désagrégation est engagée et devient difficilement réversible.
5. La disparition du régime islamiste iranien bouleversera profondément le Moyen-Orient. Elle mettra fin à un cycle ouvert en 1979 et contraindrait le monde musulman à reconsidérer le coût politique, économique et stratégique de l’islamisme. À terme, un rapprochement pragmatique entre un Iran post-théocratique et Israël deviendrait non seulement possible, mais rationnel, entrainant un bouleversement des alliances au niveau régional. À court terme toutefois, la région restera hautement instable, tiraillée entre ambitions turques, rivalités sunnites, chaos syrien et paralysie libanaise autour du Hezbollah.
6. L’Europe, pour sa part, poursuit sa trajectoire de déclin. Vieillissement démographique, hypertrophie réglementaire et bureaucratique, incapacité à favoriser l’investissement productif et l’initiative créatrice de richesses : tout concourt à une perte progressive de puissance. Plutôt qu’une rupture salutaire, le continent semble s’enfermer dans une longue stagnation, administrée et politiquement confortable à court terme, mais mortifère à long terme.
7. La Chine, consciente de cette fragilité occidentale, continuera de renforcer ses capacités militaires et de tester les lignes rouges autour de Taïwan. Même si Pékin cherchera à retarder un affrontement direct, la logique de confrontation stratégique est désormais installée et structure durablement l’ordre international.
8. La guerre en Ukraine devrait s’achever par épuisement. Aucun acteur n’a la capacité de l’emporter sans coûts insoutenables. L’Ukraine est exsangue, l’Europe économiquement affaiblie, Les Etats Unis ont changé de perspectives et la Russie, confrontée à une crise démographique profonde comme l’ensemble de l’Est européen, ne peut prolonger indéfiniment l’hémorragie humaine. Un compromis émergera, s’inscrivant dans une tentative américaine de redéfinir ses priorités stratégiques face à la Chine. Les Ukrainiens seront les dindons de la farce, ce qui était prévisible depuis 2022 (me relire à ce sujet).
9. Enfin, la Corne de l’Afrique s’impose comme un nouveau foyer majeur de tensions, du fait des enjeux stratégiques et de la convergence des confrontations. Les guerres par procuration, la compétition entre puissances régionales et la sécurisation des routes énergétiques font de cette région un enjeu stratégique croissant. La question du Somaliland, en particulier, pourrait devenir un facteur de recomposition diplomatique aux conséquences dépassant le cadre africain.
10. Les sociétés occidentales entreront dans une phase d’instabilité intérieure croissante. Les chocs économiques et géopolitiques à venir se produiront dans des sociétés déjà fragmentées, marquées par la perte de confiance dans les institutions, la polarisation politique et l’affaiblissement du lien civique. Cette désagrégation interne limitera fortement la capacité des États à mener des politiques cohérentes et à imposer des arbitrages difficiles. Le risque majeur de 2026 n’est pas seulement externe, mais endogène : celui d’États formellement stables, mais socialement disloqués.
© Jean Mizrahi

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