Entre conflits ouverts, pressions diplomatiques et performances industrielles record, Israël a vécu en 2025 une année de guerre totale — militaire, technologique et économique. Une année qui éclaire les paradoxes d’une puissance sécuritaire à la fois dépendante et incontournable.
Une guerre sur plusieurs théâtres, sans rupture stratégique
Israël abordait 2025 dans l’attente prudente d’un possible rééquilibrage stratégique américain. L’espoir était que la nouvelle administration à Washington infléchisse la dynamique d’une guerre devenue structurelle. Il n’en fut rien.
La réalité opérationnelle s’est imposée : poursuite des combats à Gaza, tensions persistantes au Liban, frappes directes et assumées contre l’Iran, menaces balistiques et navales liées aux Houthis au Yémen.
Cette guerre multi-fronts, bien que coûteuse politiquement, a confirmé une constante israélienne : l’absence d’alternative crédible à la supériorité militaire. Plus encore, elle a renforcé une logique déjà bien ancrée : chaque conflit devient un banc d’essai grandeur nature pour les systèmes de demain. Ce qui place Israël au premier plan du développement de technologies de pointe dans les modalités de la guerre moderne. Ce qui se passe en Ukraine est également devenu un laboratoire pour les conflits de demain.
L’exclusion, à caractère résolument politique, d’Israel de certains salons professionnels ont eu un tel retentissement mondial que de pénalisant ils se sont traduits par un renforcement de son image. Les guerres menées sont devenues autant de démonstrations sur site irremplaçables.
Gaza comme laboratoire : robots, IA et guerre algorithmique
La campagne de Gaza, largement critiquée sur le plan international, a néanmoins servi de catalyseur technologique. Tsahal y a testé et déployé une panoplie de systèmes innovants :
- Transformation de plateformes anciennes (M113, D-9) en véhicules autonomes ou télé opérés,
- Intégration accrue de l’intelligence artificielle dans l’analyse du renseignement, la
- Désignation des cibles et la coordination interarmes,
- Généralisation des drones tactiques, à la fois capteurs, effecteurs et relais de communication.
Cette mutation ne relève pas du gadget : elle vise à réduire l’exposition humaine, accélérer le tempo opérationnel et maintenir un avantage qualitatif face à des adversaires asymétriques mais résilient.
Autonomie stratégique : discours politique, réalité industrielle
Face aux critiques internationales et aux embargos partiels décidés par plusieurs États européens, B. Netanyahou a remis au premier plan, en 2025, l’idée d’une souveraineté militaire renforcée, allant jusqu’à évoquer un Israël transformé en « super Sparte » industrielle. Depuis il à annoncé un investissement de cent milliards de Shekels pour développer sur place une production nationale plus étendue, notamment de munitions…
Le message est politiquement efficace, mais techniquement limité. Israël dispose déjà d’une base industrielle de défense exceptionnelle pour un pays de cette taille : missiles, radars, systèmes C2, cyberdéfense, guerre électronique. Même les plateformes importées sont profondément « israélisées ».
Cependant, les lignes rouges sont connues :
- Impossibilité de produire seul des avions de combat de cinquième génération,
- Dépendance structurelle aux États-Unis pour les pièces détachées, la maintenance et certaines munitions,
- Vulnérabilité persistante des chaînes d’approvisionnement globalisées.
Le consensus des experts est sans ambiguïté : l’autonomie totale est un mythe, mais la réduction des dépendances critiques est un impératif stratégique.
Iron Beam : le laser entre dans la doctrine opérationnelle
L’un des marqueurs les plus significatifs de 2025 est l’achèvement des tests finaux du système Iron Beam, développé par Rafael.
Pensé comme un complément à l’Iron Dôme, Iron Beam cible les menaces à courte portée : roquettes, mortiers, drones. Sa véritable révolution n’est pas seulement technologique, mais économique et doctrinale :
- Coût marginal par interception de quelques dollars,
- Capacité à contrer des salves massives sans épuiser les stocks,
- Intégration fluide dans la défense aérienne multicouche israélienne.
Certes, le laser reste soumis aux conditions atmosphériques et à des limites de portée. Mais son entrée en service marque un tournant : la défense aérienne passe progressivement du projectile au faisceau.
Supériorité aérienne et profondeur stratégique
L’année 2025 a également confirmé la centralité de l’aviation dans la doctrine israélienne. L’acquisition de nouveaux ravitailleurs KC-46A américains ne laisse guère de doute sur les intentions stratégiques : maintenir la capacité de frappe à très longue distance, en particulier contre l’Iran.
La guerre aérienne de juin contre Téhéran, d’une durée de douze jours, a constitué un moment charnière. Elle a démontré la capacité d’Israël à :
- neutraliser des systèmes de défense aérienne sophistiqués,
- frapper des sites liés au programme nucléaire iranien,
- cibler des cadres du Corps des gardiens de la révolution.
Cette campagne, souvent comparée à 1967 ou à la guerre du Golfe de 1991, a surtout rappelé une évidence : lorsqu’elle agit avec le soutien logistique et informationnel américain, l’armée de l’air israélienne reste une référence mondiale.
Exportations record : la guerre comme label de crédibilité
Paradoxe apparent mais réalité assumée : alors qu’Israël combat sur plusieurs fronts, son industrie de défense enregistre des performances commerciales historiques.
En 2024 (chiffres publiés en 2025), les exportations ont atteint 14,7 milliards de dollars, troisième record consécutif.
Fait politiquement sensible : plus de la moitié de ces contrats concernent des pays européens, malgré les critiques sur Gaza. Le cas du système Arrow 3, vendu à l’Allemagne, est emblématique. Berlin s’intéresse déjà au développement du futur Arrow 4
Message implicite : dans un contexte de retour de la guerre de haute intensité en Europe, l’efficacité opérationnelle prime sur les considérations morales affichées.
Structurer l’effort : vers une économie de guerre durable
Conscient des nouvelles contraintes, Israël a créé un Conseil national de l’armement, chargé de coordonner l’État, l’armée, les industriels et le Trésor. L’objectif est triple :
- Sécuriser les approvisionnements critiques,
- Accélérer la production locale de munitions et de pièces,
- Préparer l’économie à des conflits de haute intensité prolongés.
Dans l’Union Européenne on retrouve un son de cloche voisin en Allemagne. Les autres grands pays s’y essaient, partiellement. On n’y retrouve ni plan, ni coordination collective.
La philosophie est assumée : sécurité nationale, innovation technologique et puissance économique sont indissociables. En Israël, plus qu’ailleurs, la défense structure l’écosystème industriel. L’Europe ferait bien de s’en inspirer si véritablement elle était entraînée dans le conflit actuel en Ukraine. Trois années seulement avait séparées la guerre d’Espagne et le début de la catastrophe que fut la deuxième guerre mondiale. Les dirigeants devraient en conséquence préparer leurs pays au plan économique, stratégique, psychologique. En ont-ils la volonté et la capacité. Ce qui reste à démontrer.
Conclusion : une puissance contrainte, mais centrale
L’année 2025 n’a pas offert de répit stratégique à Israël. Mais elle a confirmé une singularité durable : un État contesté diplomatiquement, parfois isolé politiquement, mais indispensable technologiquement.
Ni totalement autonome, ni réellement dépendant, Israël évolue sur une ligne de crête. Chaque conflit alimente son avance technologique ; chaque embargo renforce sa détermination industrielle.
Un modèle sous tension permanente — mais qui, en 2025, a prouvé sa résilience et sa capacité d’adaptation.
À défaut d’être consensuelle, la puissance militaire israélienne reste, plus que jamais, structurante pour les équilibres régionaux… et pour les marchés mondiaux de la défense
© Francis Moritz
Francis Moritz a longtemps écrit sous le pseudonyme « Bazak », en raison d’activités qui nécessitaient une grande discrétion. Ancien cadre supérieur et directeur de sociétés au sein de grands groupes français et étrangers, Francis Moritz a eu plusieurs vies professionnelles depuis l’âge de 17 ans, qui l’ont amené à parcourir et connaître en profondeur de nombreux pays, avec à la clef la pratique de plusieurs langues, au contact des populations d’Europe de l’Est, d’Allemagne, d’Italie, d’Afrique et d’Asie. Il en a tiré des enseignements précieux qui lui donnent une certaine légitimité et une connaissance politique fine. Fils d’immigrés juifs, il a su très tôt le sens à donner aux expressions exil, adaptation et intégration. © Temps & Contretemps

Poster un Commentaire