Santé, bonheur, prospérité, bla-bla-bla… Pendant que l’on sablait le champagne du 31 décembre et que nos élites enchaînaient les vœux pieux et les phrases creuses sur les réseaux sociaux, l’Iran s’embrasait, encore et encore.
Depuis des semaines, les rues de la capitale iranienne et d’une dizaine de villes résonnent de cris de liberté. Les commerçants du Grand Bazar ont fermé boutique. Les étudiants ont quitté leurs amphithéâtres.
Bien que l’Iran regorge de richesses, il est au bord de la ruine. Près des deux tiers du pays est en pénurie d’eau potable et 70 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Mais au-delà de la situation économique calamiteuse, c’est le slogan hurlé qui devrait électriser nos cerveaux : « Ni Gaza ni Liban, ma vie pour l’Iran ». Le peuple refuse que son pays soit sacrifié sur l’autel des obsessions guerrières pathologiques des mollahs. Le peuple réclame qu’on s’occupe de lui plutôt que de financer le Hamas, le Hezbollah et autres milices armées sanguinaires en Syrie ou au Yémen.
On n’a pas dû en entendre beaucoup parler pendant les réveillons. Normal.
Ce n’est qu’une immense révolution populaire contre une théocratie obscurantiste. Rien qui ne justifie d’interrompre les festivités ou de mobiliser nos redresseurs de torts habituels.
Pourtant, comment, ne pas leur adresser, du fond du cœur, toutes nos pensées et notre soutien ?
Mais il semblerait qu’il y ait des vœux plus délicats que d’autres à formuler, pour des politiques qui ont sans doute souhaité sur les réseaux sociaux « la paix au Moyen-Orient » en pensant évidemment à la Palestine, mais jamais à l’Iran, pour des néo-féministes qui ont probablement formulé des vœux de lutte contre le patriarcat, en visant celui du métro parisien, pas celui qui fouette les femmes à Téhéran ou pour de gentils peoples qui ont certainement souhaité plus de « droits humains » en 2026, mais en oubliant de préciser pour qui.
Ont-ils passé un bon réveillon, ces donneurs de leçons qui trouvent toujours mille nuances dès qu’on parle de la République islamique ? C’est compliqué, voyez-vous. (Tiens, je goûterais une huitre). Il ne faut pas stigmatiser. (Oui, avec du citron, merci). Il faut prendre garde aux jugements islamophobes (les fines de claire, ce sont mes préférées).
Ont-ils savouré leur foie gras, ces journalistes des grands médias qui ont préféré faire leurs gros titres, aujourd’hui, sur l’augmentation du prix des cigarettes et l’entrée de la Bulgarie dans la zone euro ? (Non, pas de pain de mie pour moi, et pas de chutney de figues, juste du pain de campagne).
Ont-elles sablé le champagne, ces associations qui organisent des rassemblements hebdomadaires pour Gaza, mais qui n’ont pas trouvé une heure dans leur agenda festif pour ces jeunes Iraniens qui risquent la mort ? (Juste une petite coupe alors, pour faire passer la bûche, parce que je conduis, après).
Le problème, c’est que cette révolution ne cadre pas avec le narratif habituel. Elle ne permet pas de pointer du doigt l’Occident, Israël ou « l’impérialisme occidental ». Pire encore : elle met en lumière ce que beaucoup préfèrent taire, un régime théocratique criminel, qui opprime son peuple, et particulièrement ses femmes, au nom de la religion.
Pourtant, cette révolution iranienne est radicalement, violemment, merveilleusement progressiste. Elle est féministe jusqu’au bout des ongles, laïque jusqu’à la moelle, antiautoritaire dans chaque slogan. Elle place les revendications de liberté au centre absolu de la vie politique. Elle célèbre les femmes, la jeunesse et la vie. Elle dénonce sans ambages, sans précautions oratoires, l’idéologie islamiste comme instrument d’oppression.
Elle représente exactement, mot pour mot, ce que nos élites prétendent défendre : l’émancipation des femmes, la liberté d’expression, la fin du patriarcat, la séparation de la religion et de l’État, le droit de disposer de son corps.
Le courage des Iraniens devrait nous inspirer. Il devrait susciter un soutien massif, une visibilité dans les médias, des tribunes enflammées dans chaque journal, des rassemblements de solidarité, des pétitions signées par tous ces intellectuels qui ont toujours un avis sur tout.
La cause iranienne est un test de cohérence pour tous ceux qui se proclament défenseurs des droits humains, féministes, progressistes. Un test qui les met face à leurs contradictions les plus insupportables.
Pour l’année à venir, j’avais pensé leur souhaiter de le réussir enfin, ce test et d’ouvrir les yeux.
Mais comme je ne veux pas gaspiller mes vœux pour rien, je vais plutôt les adresser ailleurs, à d’autres gens. Aux gens de Téhéran, Ispahan ou Mashhad.
À ce grand peuple au courage inouï, à qui, du fond du cœur, je souhaite le meilleur pour l’année à venir et pour toutes les autres.
Bonne année, les Iraniens !
© Nathalie Bianco

Une parfaite analyse des lâchetés de nos élites médiatiques ! Face au courage des Iraniens et surtout des Iraniennes on rougit de honte. Rêvons un peu : l’Iran débarrassé des mollahs, un pays démocratique, allez soyons fous, l’Iran qui renoue avec Israël…le cauchemar d’Erdogan, du Qatar, du Hamas et du Hisbollah se réalise…amen, inch’allah , ainsi soit-il !
Animé de la même colère maîtrisée que la vôtre, je hurle : où sont les donneurs de leçons dans cette Europe avachie ? Je m’associe à vos souhaits pour ce pays.