
Il y a des présidents qui dirigent, d’autres qui improvisent,
et puis il y a Macron, qui improvise en se croyant metteur en scène.
Il se rêve en Jupiter, mais le tonnerre lui échappe des mains
et nous, spectateurs consternés, oscillons entre tendresse , de moins en moins , irritation, exaspération et fou rire nerveux.
Le génie autoproclamé
Macron entre sur la scène du monde avec cette assurance du premier de la classe
qui confond toujours son exposé avec un moment d’Histoire.
Chaque phrase sonne comme une révélation, chaque geste comme une leçon.
Il est capable de vouloir donner des leçons de conduite à un un pilote de Formule 1
Mais à peine a-t-il pris la pose que le décor s’écroule :
le micro tombe, le rideau se coince, Poutine ne décroche plus.
Et lui, imperturbable, sourit comme Clouseau après une explosion : persuadé que tout s’est passé comme prévu.
Le tragédien du “en même temps”
Lui seul peut condamner la guerre et louer la diplomatie du tyran dans la même respiration.
Un contorsionniste verbal d’un talent rare, un équilibriste sans filet
qui finit souvent la tête dans le tambour — mais toujours avec style.
Il cite Camus à Alger, Freud à Jérusalem, et se cite lui-même partout ailleurs.
Les chancelleries prennent des notes, non pour apprendre, mais pour savoir où il va encore tomber.
L’effet Clouseau à l’étranger
À Berlin, on rit jaune ; à Washington, on respire fort ; à Jérusalem, on se demande s’il plaisante.
Partout, on retrouve cette France qu’on adore et qu’on ne supporte plus :
arrogante, brillante, sentimentalement universaliste,
celle qui veut sauver le monde avant l’apéro, quitte à confondre la carte et la nappe.
Il provoque la même émotion qu’un Clouseau en mission secrète :
on sait que ça va mal tourner, mais on ne peut pas s’empêcher de regarder.
En bref :
Emmanuel Macron, c’est le Clouseau de la Ve République :
un homme convaincu que tout le monde l’imite,
alors qu’on le regarde trébucher avec un mélange d’affection, de lassitude et de fou rire.
Il veut incarner la France des Lumières, mais trébuche sur l’interrupteur.
Et au fond, c’est sans doute pour cela qu’on lui pardonne —
parce qu’au-delà de l’arrogance et des postures, il reste furieusement, délicieusement français :
brillant, fatiguant, et impossible à ignorer.
© Paul Germon
