Tribune Juive

Lettre ouverte à Raphaël Glucksmann. Par Philippe Bonifaci

Cher Raphaël,

Lors de ton débat d’hier soir face à Éric Zemmour, m’est revenue en mémoire ta déclaration publiée dans Libération le 13 mars 2015. Je te laisserai apprécier toi-même toute l’importance  et la portée de cette date. Tu affirmais alors, et je te cite :  » Le projet de l’extrême droite est politiquement plus dangereux que celui des jihadistes. » Je ne débattrai pas avec toi de ce que représente l’extrême droite dans notre pays. Nos perceptions sont manifestement irréconciliables et tu sembles en avoir une vision trop personnelle et très créative au demeurant. 

Cependant, cette déclaration affirmant qu’un projet politique serait plus dangereux qu’une menace terroriste dépasse la simple maladresse. Elle constitue un grave manquement à la responsabilité que t’impose une position publique. En cherchant à frapper les esprits, tu sacrifies la rigueur au profit du spectaculaire, et tu mélanges volontairement des réalités incomparables pour servir une stratégie de communication.

Ce procédé n’est pas seulement discutable, il est indigne. En banalisant la violence terroriste pour amplifier la dénonciation de l’adversaire, tu réduis la complexité du débat politique à une caricature grossière. Tu instrumentalises la peur au lieu d’éclairer, et tu remplaces l’analyse par la surenchère verbale. Une telle attitude n’a rien à voir avec le courage politique. Elle relève plutôt du réflexe pavlovien qui consiste à agiter le pire pour masquer le manque d’arguments solides.

Tu sais parfaitement que ces comparaisons extrêmes ne tiennent pas debout. Mais tu les emploies quand même, en espérant qu’elles marqueront davantage. Ce choix est révélateur. Il trahit moins l’urgence d’un danger réel que ta volonté de polariser le débat. Et ceci, quelles qu’en soient les conséquences pour la cohérence du discours public.

Une démocratie ne se renforce jamais par l’excès, mais par l’honnêteté intellectuelle. Et lorsque celui qui aspire à gouverner renonce à cette honnêteté, lorsqu’il déforme à ce point les mots et les menaces, il participe lui-même à l’érosion du débat qu’il prétend défendre.

Tu pourrais élever la discussion, mais tu préfères l’enflammer. C’est regrettable. C’est surtout alarmant. Et c’est précisément ce qui a conduit à ta débâcle lors de ce fameux débat sur LCI.

Bien à toi

© Philippe Bonifaci

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