
La semaine dernière, le Grand Rabbin de France Haïm Korsia a exprimé son opinion quant au courrier du Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou à l’adresse du Président français Emmanuel Macron.
Il a marqué son désaccord quant aux propos dans ce courrier, car cela remettait en cause ceux qui s’activaient au sein des pouvoirs publics, tels que les préfets, les policiers, les gendarmes, les renseignements territoriaux…
On peut ne pas être en accord avec cette opinion, dans le fond et dans la forme, c’est cela la richesse du pluralisme, mais je suis très gêné quand l’opinion contraire s’exprime au travers d’insultes, de mensonges et toutes les horreurs qui accompagnent ce florilège de haine.
La fonction de Grand Rabbin de France appelle à une certaine réserve, car elle gère aussi la protection des juifs de l’Hexagone.
D’ailleurs, quand le 2 juillet 2012, le Président Jacques Chirac fit un esclandre à Jérusalem, le Grand Rabbin de France, Joseph Haïm Sitruk, grand est son mérite, n’avait pas réagi publiquement.
Quand De Gaulle affirma en 1967 que le Peuple Juif était « sûr de lui et dominateur », le Grand Rabbin Kaplan demanda juste (si l’on peut dire) une audience explicative.
Que ce soit en 1967 ou en 2012, le contexte était malgré tout plus serein pour les juifs de France… et comme souvent la fermeté se joue en coulisses. Une boite de tsédaka qui fait du bruit est souvent peu remplie de pièces de monnaie. Les cris de haine sont l’apanage des faibles.
On dit souvent de Haïm Korsia qu’il ne soutient pas Israël, certes ce n’est pas un directeur de l’Agence Juive et son rôle n’est pas non plus de distribuer des flyers de projets immobiliers en terre sainte.
Pour autant, j’aimerais rappeler quelques faits et ces derniers sont têtus. [TJ répondra]
En 2016, lorsque la France a apposé sa signature de la résolution adoptée par le Conseil Exécutif, « Palestine occupée », en déniant le droit d’Israël sur le Mur Occidental, Haïm Korsia a écrit une tribune relayée par plusieurs médias intitulée « Pour Jérusalem, je ne me tairais point ». Il ne se gêna pas non plus en décembre 2024 pourcritiquer avec humour la décision du Pape François de revêtir le Petit Jésus dans la crèche d’un keffieh palestinien.
On parle de son silence depuis le 7 octobre, je pense que ceux qui critiquent veulent être sourds.
Le Grand Rabbin de France s’est rendu à minima à trois reprises en Israël, une fois en délégation, une deuxième avec une délégation de Rabbins français… où il a rencontré des familles d’otages ainsi que passé Chabath avec des réfugiés de la guerre au Nord de l’Etat Juif. Plus récemment en 2025, il était en Israël, le jour de Yom Haatsmaout, autour d’un barbecue avec des habitants du Sud.
Haïm Korsia n’a pas manqué de marquer son désaccord avec le Président Macron quant à une reconnaissance d’un Etat Palestinien, il suffit juste d’écouter la Radio, notamment ses interventions régulières sur RCJ.
« Je n’ai absolument pas à rougir de ce que fait Israël… » – « Israël fait le sale boulot » (2024). Ces mots de Haïm Korsia lui ont valu un procès, gagné fort heureusement. Une tribune de libération indiquait même qu’un Grand Rabbin ne devait pas justifier les massacres à Gaza.
Si j’ai un reproche à faire au Grand Rabbin de France, c’est peut-être de ne pas assez exprimer et dire ce qu’il fait.
La Torah nous dit : « La bénédiction est dans ce qui est caché ». Possible, voire même certain, pour autant il faut dire davantage les choses, c’est ce qui me pousse à écrire et encore on ne peut pas tout raconter.
« Le faire sans le dire », devise des Rothschild, est très difficile dans notre contexte sociétal, aujourd’hui il faut crier pour exister, c’est ce qu’on fait beaucoup de ceux qui ont priorisé l’insulte face au Grand Rabbin de France.
On peut ne pas aimer une personne, ou approuver sa manière de faire, mais on ne doit pas agir en meute, et surtout essayer de comprendre, comme me l’a enseigné mon Maître le Rav Avraham Mimoun, qui d’ailleurs aimait beaucoup Haïm Korsia.
Le débat doit rester de mise, mais on doit tous faire en sorte d’être respectueux et circonspects en particulier à l’approche de Roch Hachana.
« La témérité des jugements que nous portons sur les autres est en raison directe des illusions que nous avons sur nous-mêmes » (Proverbe Indien – Swami Prajnanpad).
Le combat que nous portons contre l’antisémitisme, le terrorisme etc… ne peut se pratiquer avec des bons sentiments, mais plutôt avec une « lucidité armée » (R. Aron).
© Paul Fitoussi
Paul Fitoussi est auteur