Tribune Juive

Gérard Kleczewski. Une plaque à côté d’elle-même

Le 9 novembre, à Nogent-sur-Marne la ville où est née en novembre 1951 Lucie Attal, devenue Sarah Halimi (zal), où elle a vécu toute sa jeunesse, a été inauguré un jardin en son honneur et en celui de Mireille Knoll (zal), assassinée un an après elle.   

Sur la pierre grise du jardin Sarah Halimi et Mireille Knoll, réunies à jamais dans ce lieu de mémoire, est écrit : « Jardin Sarah Halimi 1951-2017 et Mireille Knoll 1932-2018 » et en dessous : « Lâchement torturées et assassinées parce que Juives. Victimes parmi toutes les victimes d’un islamisme radical, de la haine antisémite et de l’obscurantisme ». 

Pourquoi, alors qu’on pourrait être heureux et reconnaissant que ces deux femmes assassinées et torturées « lâchement », comme le dit le texte, soient honorées, une véritable gêne peut nous envahir à la lecture de ce texte sonnant visuellement comme une épitaphe ? 

Mes explications. 

Il y a « Victimes parmi toutes les victimes » d’abord qui sonne bizarrement. Comme si elles avaient été sélectionnées, choisies parmi toute une liste possible de victimes de la barbarie. 

Puis vient l’expression « un islamisme radical ». Décomposons cette expression. 

Car le mieux est ici comme toujours l’ennemi du bien, et vouloir trop en faire en pensant faire plaisir ne fait pas in fine forcément plaisir et n’apporte rien au moulin du combat « sisyphien » contre la haine des juifs.

Alors oui à un jardin Sarah Halimi et Mireille Knoll. Oui à honorer leurs mémoires et à considérer qu’elles sont les victimes de la barbarie islamiste et antijuive. Mais pas plus ! C’est déjà énorme. 

Ce texte imprécis m’a fait penser, en moins grave certes, à la grille du parc Simone Veil inauguré récemment à Ermont. L’enseigne, heureusement retirée à la suite de la vague d’indignation qui s’était élevée sur les réseaux sociaux, par sa forme ondulée faisait immanquablement penser au « arbeit macht frei » du camp d’Auschwitz Birkenau…

On me dira que nous autres Juifs sommes hypersensibles à ces questions de forme. Qu’on pourrait juste se contenter d’être respectés et honorés. Oui, peut-être, mais en ces questions comme en tant d’autres, il faut conserver à l’esprit cette fameuse maxime : « L’enfer est pavé de bonnes intentions ». 

© Gérard Kleczewski

Gérard Kleczewski est citoyen et journaliste

Quitter la version mobile