Frédéric Picard. Il n’y a rien de plus sain que de rire aux éclats de ses propres croyances, convictions et certitudes…

Ce matin, quelques souvenirs me reviennent.

J’ai passé une partie de ma vie dans une maison du sud de l’Alsace, et notamment toute ma première et ma terminale.

J’étais un lecteur assidu de “Charlie hebdo“. A cette époque tout comme maintenant, les religions y étaient bien brocardées. Et cela me faisait rire aux éclats.

C’est à cette même époque que chaque dimanche j’allais à la messe. En premier lieu parce qu’étant de confession protestante réformée, il n’y avait pas de temple dans ce village. Ensuite parce que le prêtre de la paroisse était formidable. Il s’appelait Romain Simberlin, parti trop tôt. Romain, vous nous manquez…

Enfin parce que j’ai mes croyances et que je n’ai pas à me justifier.

C’est donc de mon plein gré et sans la moindre contrainte que je me rendais à l’office dominical du village.

Et oui, je m’esclaffais aux dessins de Charlie se moquant copieusement des religions, alors que j’étais un paroissien assidu. Ce qui semblait dérouter quelque peu mes parents…

Cela ne me m’apparaît pas le moins du monde incohérent.

Parce que quelqu’un qui se sent attaqué par l’humour visant sa religion et qui ne le supporte pas est bien fragile dans sa foi.

Faut-il qu’il y ait peu de foi pour répondre à un crayon par une arme à feu ou une arme blanche.

Faut-il qu’il y ait peu de foi et des croyances fragiles voire même inexistantes pour considérer que l’humour féroce vis-à-vis desdites croyances met celles-ci suffisamment en danger pour faire mériter la mort à leur auteur.

A l’époque certes les représentants religieux pouvaient se sentir offusqués. Mais leur représailles se limitaient à un droit de réponse, à des réactions médiatiques, voire à des actions en justice. Personne ne tuait pour des dessins.

Jamais nous ne pensions que la rédaction de Charlie serait un jour attaquée et qu’une partie d’entre eux perdrait la vie pour de tels motifs, un peu moins de quarante ans plus tard.

Parce que des adeptes de l’une des religions monothéistes ont décidé que ceux qui ne pensaient pas comme eux méritaient la mort.  

Chaque religion a ses extrémistes. Les extrémistes chrétiens, pour ne parler que de ceux de ma religion, sont pénibles et même franchement gonflants. Mais ils ne tuent pas. Comme quoi la différence tient juste à une omission. Excusez du peu…

Ceux qui tuent disposent de deux types de soutien :

– des doctrinaires ou pseudo-sachants qui leur expliqueront sans rire qu’il rendent service à Dieu en tuant et en semant la terreur. Ces savants de pacotille constituent le véritable danger car ils fournissent une armure idéologique aux exécutants (dans tous les sens du terme) qui se sentent ainsi invulnérables.

– ces doctrinaires voient leur pouvoir fortement consolidé par des soutiens provenant de certaines tendances politiques bien identifiables : en dressant la liste des partis dont les représentants ont participé à une manifestation le 10 novembre dernier pour la liberté de la femme (sic) : PCF, EELV, LFI, NPA, plus des soutiens à titre individuel émanant des autres formations.

C’est lors de cette manifestation qu’a été arborée une petite fille voilée avec une étoile jaune, et que paradaient fièrement ce qui se faisait de mieux en matière d’obscurantisme.

Cerise sur le gâteau, des “féministes” participaient à ce torrent d’indécence. Je me demande comment Caroline de Haas, pour ne citer qu’elle, ose encore écumer les plateaux télé pour y proférer sa doctrine…

Il y a huit ans et demi, un certain mm perpétrait une vague d’assassinats de militaires et de juifs dont trois tous jeunes enfants. Parmi les victimes, le caporal-chef Abel Chennouf, fils d’Albert et de Katia, que nous avons eu l’honneur, Béatrice et moi, d’assister lors des sept ans de procédure judiciaire. Il apparaît rétrospectivement que le périple de ce monstre froid annonçait clairement la vague d’attentats qui allait suivre, il en était même l’acte fondateur. A-t-on tiré suffisamment d’enseignements des attentats terroristes de mars 2012 ?

Avant-hier, un enseignant a, comme nous le savons tous, été décapité, pour avoir montré des dessins de Charlie à ses élèves. On appréciera les condamnations et manifestations compassionnelles provenant de ces camps-là.

Le choix sera entre l’éclat de rire, la nausée, ou les deux à la fois, ce qui est mon cas.

Pour ce qui me concerne je continuerai à me rendre au temple réformé de temps en temps. Et lire Charlie.

Car il n’y a rien de plus sain que de rire aux éclats de ses propres croyances, convictions et certitudes…

© Frédéric Picard

Frédéric Picard est avocat au Barreau de Versailles.

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2 Comments

  1. Caroline de Haas, Virginie Despentes, Daniele Obono, Clémentine Autain etc…Autant de raisons de détester cette chose horrible qu’est devenue la France.

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