Un article de JAY MICHAELSON
Paru dans le FORWARD du 1er février 2016
Traduit et adapté par VICTOR KUPERMINC
« Les Juifs contrôlent Hollywood ». C’est une affirmation qui, nous le savons bien, contient une part de vérité*.
« Contrôlent » ? Certainement pas, pas dans le sens très péjoratif de « conspiration ».
Mais « en forte disproportion ». Surement.
Depuis la création de l’industrie cinématographique californienne jusqu’à présent, les Juifs ont eu un rôle considérable, comme producteurs, agents, metteurs en scène et auteurs. Ce n’est pas juste un mythe.
C’est pourquoi l’exclusion tout autant disproportionnée des gens de couleur dans l’Académie des Oscars – le phénomène connu sous le nom de # Oscars trop blancs – est devenu un problème juif. Mais aussi, une opportunité juive. Parce que si les leaders juifs prennent l’initiative de résoudre cette « quadrature du cercle » juive, ce serait une puissante avancée vers le changement.
Nous ne pouvons pas savoir combien de Juifs prennent part au vote de l’Académie des arts et sciences cinématographiques, un nom bien grandiloquent pour une simple association professionnelle. Ceci parce que les noms des 5765 votants sont tenus secrets.
En 2012, cependant, le Los Angeles Time révéla 5100 des noms de ces votants. On vit, sans surprise, que l’Académie était aussi blanche que les artistes honorés cette année-là. En 2012, les votants étaient blancs à 94 %, et à 77% du sexe masculin. Les Noirs et les Latinos représentaient chacun environ 2%.
Ceci est honteux, même si les statistiques ont évoluées récemment dans le bon sens.
© Agence / Bestimage
Une autre raison qui explique cette homogénéité raciale est révélée par une autre source. L’âge moyen des votants est de 62 ans. Le droit de vote est concédé à vie. Avec une moyenne de 62 ans, certains de ces votants doivent être, en vérité, centenaires. Cette situation remonte à l’époque où les gens de couleur étaient exclus de la direction de l’industrie cinématographique ; et relégués dans des rôles stéréotypés.
Si l’Académie était réellement une académie, dans le vrai sens du terme, elle aurait reconnu les effets des injustices historiques – ce qu’on pourrait considérer comme le privilège blanc – et aurait entrepris les actions nécessaires. Mais ce n’est pas une Académie ; c’est un club.
Cette situation est en train de changer. La Présidente de l’Académie, Cheryl Boone Isaacs, est une femme de couleur. Et, en réponse aux récentes critiques, le conseil d’administration a pris des mesures importantes : l’abolition du mandat à vie. Et le doublement des participants féminins et des minorités, d’ici 2020. Ces mesures sont honorables, mais le problème est bien plus vaste ; c’est un problème industriel.
Certes, des performances remarquables d’acteurs noirs ont été reconnues, l’année dernière (Idriss Elba et Will Smith). Mais, si peu de rôles de haut niveau ont été disponibles ! Lorsque Viola Davis devint la première femme de couleur récompensée pour la meilleur actrice dans un rôle dramatique, elle déclara : « La seule chose qui sépare les femmes de couleur des autres, c’est l’opportunité. Vous ne pouvez pas gagner un « Emmy Award » pour un rôle qui n’existe pas ! »
Comme le faisait remarquer « Variety » : « si l’industrie du cinéma reflétait la population américaine, il y aurait 150 films dirigés par des femmes, et 95 mis en scène par des gens de couleur. Les chiffre réels sont ridicules. Et c’est là que le leadership juif peut jouer un rôle important.
Supposez que quelques célèbres rabbins de Los Angeles poussent les « mah’ers » – les patrons juifs du cinéma américain – à prendre l’initiative de diversifier l’industrie, et pas seulement l’Académie. Supposez que les personnages influents s’engagent à recruter, à former, plus de femmes et de gens de couleur, dans l’industrie cinématographique, au sens large.
Ceci ne nécessiterait aucun soutien gouvernemental. Imaginez que les Spielberg et Geffen de L.A. soutiennent et financent les étudiants des minorités. Et imaginez qu’ils fassent ceci, en tant que Juifs. En général, des juifs non pratiquants et non religieux. Mais des citoyens appartenant à ce que le Juge Felix Frankfurter qualifiait jadis de « la minorité la plus persécutée de l’Histoire ». Si une alliance des entrepreneurs juifs du cinéma américain, s’engageait personnellement à réparer cette situation bien gênante, cela ferait la différence.
Cela honorerait l’histoire juive de Hollywood. Une histoire plutôt honorable des Juifs exclus du cinéma élitiste et raciste de New-York. C’était le monde de « Autant en emporte le vent » (produit, par exception par le Juif David O. Selznik), avec ses stéréotypes raciaux, et son héroïne sudiste. Sans parler du très ouvertement raciste « Naissance d’une nation » de Griffith, où les héros sont des membres du Ku Klux Klan.
Que cela vous plaise ou non, les Juifs sont impliqués dans # Oscars trop blancs. Et plutôt que mettre # Les Juifs contrôlent Hollywood sous le tapis, nous devons reconnaître la réalité – tout en condamnant l’exagération antisémite. Nous devrions profiter de notre marginalisation pour combattre la marginalisation des autres. Et ce serait un « happy end » à Hollywood.
VICTOR KUPERMINC
* C’est Jean Lacouture qui, naguère, donnait cette définition de MGM : « Mayer Ganzè Mishpouh’è (Toute la famille Mayer, en yiddish) »
