L’Héritage au Théâtre : Sarah Cattan rencontre Annick Perez

Sur les colonnes Morris, on te parle encore de L’Héritage ? Non !!! Il ne s’agit pas de la guerre au sein du clan Hallyday ! Regarde de près : Au prestigieux Théâtre Ranelagh, L’Héritage, d’Annick Perez, revient, avec une nouvelle distribution.

Oublie le triste héritage de notre Johnny national, dont la presse nous gave. Viens voir la pièce d’Annick Perez, une vraie Proposition théâtrale : à l’auteur, un père a vraiment laissé en héritage… une Rock Star.

Annick Perez ? Oui, c’est elle, l’écrivain déjà nominée pour le Prix du 1er Roman. La Finaliste du Prix Closerie des Lilas. La voilà qui récidive, sa pièce Alinéa-Rose, plébiscitée tant à Paris qu’en Israël, n’avait-elle pas fait dire à Patrice Leconte qu’il avait découvert une œuvre peines de couleurs, chaotique, brillante, étonnante. Annick Perez revient nous raconter … son Héritage.

Tout ce qu’on invente est vrai. C’est comme ça que j’écris, que je pense et que je peins, m’explique empruntant à Flaubert la jeune femme rencontrée au Flore.

TJ : Annick ? Quel est le Pitch de L’Héritage?

Annick Perez : Samuel Fuller a dit qu’un film ou une pièce c’était une bonne histoire, une bonne histoire, une bonne histoire. Ça tombe bien, L’Héritage est une bonne histoire. Ana, une jeune styliste joyeuse à l’avenir prometteur, va recevoir de son père, Julius, ancien prix Nobel, un mystérieux héritage : seule une boite contenant des documents. Ce génie des mathématiques de père qui l’avait pourtant déshéritée sous les ordres de sa seconde femme et de son fils tente-t-il ici de réparer quelque chose ?

Une énigme à résoudre sous forme d’algorithmes : voilà donc ce qu’il aurait laissé en guise d’héritage à sa styliste de fille.

Se faisant enquêtrice, Ana découvre que son père  a passé sa vie à vouloir influencer le réel pour atteindre le secret de l’intelligence artificielle. Cette découverte fera basculer Ana dans le monde parallèle de Julius, voyage qu’elle fera aux côtés d’une rock star planétaire des années 70.

TJ : Anna… Une Rock Star laissée donc aussi en héritage?  Cette Rock Star ? Juste un hasard ?

Annick Perez : Cette pièce, rappelez-vous, était destinée à être jouée dès le 8 janvier et dut être annulée. Voilà qui me permet de dire que toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé etc. etc…

TJ : Annick, le spectateur, assistant à vos répétitions, se croit face à un OVNI ?

Annick Perez : Dans cette pièce résolument moderne, rien en effet de ce qui est attendu dans le théâtre habituel. L’actrice principale est la musique. Je voulais être proche de la comédie musicale… J’ai toujours eu l’intime conviction que certaines voix guérissaient. Qui vous dit que la voix d’un esclave noir africain qui guérissait les esclaves  ne se serait pas réincarnée chez Gary Brooker en 1967, lorsqu’il fit, avec a Whiter Shade of Pale, le gros tube que l’on sait… Et si c’était lui, Gary Brooker himself, le lien entre Ana et son père. Et si Gary était l’héritage d’Ana…


TJ : La mise en scène flirte avec le cinéma ?

Annick Perez : C’est exactement ce que je voulais faire. Le spectateur s’égare dès le lever de rideau : charge à moi de le conduire où je souhaitais le transporter : dans un monde sans souffrance, celui de la musique, de la réparation, de l’enfance et de la vie. Un monde onirique et pourtant tellement réel : Et si Ana nous contait juste la vérité ? Si elle n’avait pas été déshéritée?

TJ : Annick, Vous parlez avec un enthousiasme communicatif de cette nouvelle distribution ?

Annick Perez : Ana est interprétée par Natasha Mashkevich, actrice russo-franco-israélienne, l’inoubliable maman de Sarah dans  Elle s’appelait Sarah. Si gracieuse dans L’Héritage. Sans affect. Puissante et fragile. Franche. Natasha ? Elle a la fraîcheur d’une source.

Pauline Devinat, qui fut assistante sur Art de Yasmina Reza et joue Lise, l’amie d’Ana, est… une Isabelle Huppert blonde. J’aime la comparer à une toile blanche à laquelle des émotions magnifiques donneront vie.

Dans le rôle de Tim, Alain Sportiello n’est pas sans rappeler un Lucchini jeune, facétieux, ébouriffant. Enfin, Jean-Louis Tribes, professeur à l’Actor Studio,  incarne un Gary bouleversant, dur, tendre, blessé, immense.

Une pièce so british

Voilà, Lecteur. Pour accéder à la vérité, pour vérifier comment parfois la réalité rejoint la fiction,  pour savoir où tout cela va conduire Ana, l’héroïne, cours voir cette pièce à l’intrigue prenante et au casting époustouflant. Des dialogues sur le fil, justes et souvent drôles, donnent du cachet à l’ensemble, et une mise en scène sobre à dessein met en valeur le formidable travail des comédiens. Tu vivras cette succession de révélations et de coups de théâtre quiètement installé dans ce calme et ce charme so british et donc à nul autre pareils.

Tu auras envie d’en savoir davantage sur l’auteur, pour laquelle ce texte sonne comme une … réparation ? Sache que celle qui confie n’aimer que le calme, cet état auquel elle aspire, qui donc privilégie les lacs, le tea-time, les hôtels de Luxe, précise : Même si je n’y vais pas ! Moi j’écoute Matt Simmons, Gary Brooker ou Procol Harum. Ils me guérissent de ce monde en folie.

Encore ? Alors écoute : lorsque, invitée à livrer à Dominique Larue, en 2017, huit  mots choisis au hasard, elle répliqua : Silhouette. Et précisa: Même un visage a une silhouette.  La fatigue a une silhouette, la jeunesse aussi. La chance a une silhouette. 

Du 25 au 29 juin 19h30 au Théâtre Mélo d’Amélie[1]

A partir du 3 juillet 20h30 heures Au Théâtre du Ranelagh[2]. Paris.

[1] 4 rue Marie Stuart. 75002. Paris.

[2] Théâtre du Ranelagh. 5 rue des Vignes. 75016. Paris

Propos recueillis par Sarah Cattan

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Publié dans spectacles

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