La danse électrique de l’Israélien Hofesh Shechter, par Marie-Pierre Ferey

Hofesh Shechter s’est habitué à être qualifié de « chorégraphe israélien », même s’il vit à Londres depuis 15 ans . « C’est peut-être parce que tout ce qui sort d’Israël ne peut être qu’intense, dramatique », sourit-il.

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Hofesh Shechter

Intense, son travail l’est assurément. Sur le plateau du théâtre des Abbesses, où sont données deux pièces de ses débuts et une création mondiale, les jeunes danseurs semblent habités d’une énergie électrique, secoués des tensions qui traversent un monde moderne plutôt hostile.

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« Il y a des éclaircies, mais oui, le monde est plutôt sombre » dit-il, juvénile dans son sweat à capuche en dépit de ses 40 ans. « On parle beaucoup de liberté, surtout dans nos sociétés occidentales, mais il me semble que les gens vivent plutôt dans la crainte, dans l’insécurité émotionnelle ».

Les deux pièces emblématiques de ses débuts présentées jusqu’au 20 mai au Théâtre de la Ville (salle des Abbesses), « Fragments » (2003) et « Cult » (2004) « évoquent le fait de se protéger, de se cacher, de s’abriter », comme si un événement terrible était survenu et que les individus se repliaient sur eux même pour se sécuriser, décrit-il.

La création « Disappearing Act », formidablement portée comme les deux autres pièces par huit jeunes danseurs brillants qu’il forme depuis à peine deux mois, montre « un groupe de personnes s’évertuant à faire corps pour donner du sens à leur vie ».

Si la danse d’Hofesh Shechter ne raconte pas à proprement parler des histoires, elle est directement branchée sur la vie moderne, avec son rythme syncopé, ses inquiétudes, ses tensions.

Né en 1975 à Jérusalem, formé à l’Académie de danse et de musique de la ville et accueilli à la prestigieuse Batsheva Dance Company à Tel Aviv, Hofesh Shechter dit avoir trouvé dans la danse « une issue dans une vie dont je ne savais pas vraiment ce que j’allais en faire », une « porte ».

Il mène parallèlement des études de batterie et de percussion, y compris à Paris. En décembre dernier, la recréation de son succès « Political Mother » à la Grande Halle de La Villette avec 40 danseurs et musiciens, un public en partie debout et force décibels et fumigènes résonnait comme un concert rock.

 » BARBARIANS « 

Après plusieurs grandes pièces, il veut désormais revenir à des créations plus intimes, pour retrouver « une relation plus étroite avec les danseurs et expérimenter, sortir de ma zone de sécurité ».

 La trilogie qu’il prépare pour le Festival d’Avignon (12 au 15 juillet) est composée de trois pièces pour respectivement six, cinq et deux danseurs. La première partie traitera d’amour, avec un mix de musique baroque et de sa propre invention, la seconde explore la face noire, étrange, de l’underground, la troisième est encore dans les limbes. L’ensemble est titré « Barbarians ».

« Parce que nous sommes des barbares », dit-il en éclatant de rire dans sa courte barbe. « Les zones de guerre sont intéressantes pour cela: il n’y a plus vraiment de règles, et l’être humain s’y révèle horrible ».

ISRAËL FAIT PARTIE DE LA SOUPE

QUI ME CONSTITUE

Lui-même n’a pas connu la guerre, bien qu’ayant grandi en Israël. Il  garde de son enfance le souvenir de déménagements incessants: « On a déménagé 12 fois à Jérusalem avant que j’aie 18 ans. Mes parents se sont séparés, il y avait toujours un problème… »

Aujourd’hui ses souvenirs d’enfance en Israël « tiennent dans une boîte dans le grenier de mon père ». « Israël fait partie de la soupe qui me constitue, sourit-il, mais n’est aucunement un ancrage ».

Artiste associé au théâtre Sadler’s Wells de Londres, Hofesh Shechter voyage dans le monde entier avec sa compagnie, fondée en 2008. « Je transporte ma maison sur mon dos comme la tortue » dit-il, plutôt satisfait de son sort de « vagabond » d’un monde incertain.

« La danse est ma thérapie, si cela peut soulager certains spectateurs, tant mieux, et si cela en dérange d’autres, tant mieux aussi! »

par Marie-Pierre Ferey

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