Les talibans de la rue Saint Guillaume. Par Jacques Tarnero

La France semble être une terre d’élection pour les sectes idéologiques. A la fin des années 60, des maoïstes avaient pris possession de la rue d’Ulm, au sein de l’Ecole normale supérieure. Il en reste encore quelques fossiles distingués. Cependant au pays des Lumières, on n’est jamais à l’abri d’un nouvel éclair d’intelligence tant l’esprit reste vaillant, debout la nuit, contre toute attaque fasciste. Vigilants contre tout retour à l’ordre « réac » divers groupes y veillent, le nouveau concept affuté. Se réclamant de l’antifascisme militant, de la gauche antiraciste, d’un féminisme radical, de l’indigénisme décolonial (sic) ils savent déceler dans une pièce de théâtre tout signe d’un retour du racisme anti nègre. Avides de justice et de vérité, ils imposent leur loi, par la violence, contre tout ce qu’ils estiment fasciste, raciste, machiste, sexiste, colonialiste. Dans ces jaillissements, on distingue mal ce qui l’emporte de la stupidité ou du fanatisme idéologique ou bien des deux à la fois, en parfaite harmonie complémentaire.

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Depuis Robespierre, certains en France aiment se payer de mots dont le réel épuise la grandiloquence. Que veulent tous ces vigilants de papier, ces Résistants de Nuit debout, est-ce éprouver le frisson de la lutte anti fasciste ? Comme ils l’espèrent ce fascisme tant désiré ! Comme ils l’attendent ce moment béni pour enfin pouvoir agir en antifa digne de ce nom. Quelles sont ces âneries que certains ont joué il y a quelques années au plateau des Glières pour s’inventer une Résistance de pacotille. Cette imposture a déjà été jouée en son temps par la Gauche prolétarienne dans une lamentable pantomime maoïste au Mont Valérien. De quelle liberté ont-ils été privés pour s’affubler ainsi de ce masque usurpé de Résistant ?

Et il y a des professeurs, des intellectuels pour souffler sur ces braises ! Il y a toujours des Pol Pot aux petits pieds pour jouer à la haine de classe alors qu’ils sont fonctionnaires, payés par cet Etat détesté pour mieux cracher dessus. Cette guerre civile qu’ils appellent de leurs vœux, elle pourrait bien arriver un de ces jours, tant cette indigence prend des formes violentes. Prend-on la mesure de cette menace? Prend-on la mesure de la dangerosité de ces bonimenteurs?

L’air du temps n’est déjà pas assez saturé de nouvelles effrayantes qui nous viennent du Sri Lanka pour que l’on s’interdise ici, d’être inquiets des ferments de cancers identiques. Quand la haine imbécile et sectaire se drape dans les mots de l’émancipation c’est qu’il y a péril dans la demeure. Ce procédé a eu son heure de gloire : à Durban, en Afrique du Sud, en aout 2001, dans une conférence de l’ONU, censée statuer sur l’état du racisme dans le monde, on assista à une déferlante de haine antijuive, proférée au nom des droits de l’homme. Les « Mort aux Juifs » autant que les « mort à l’Amérique » furent scandés quelques jours avant l’attaque contre les tours du World Trade Center.

C’est à un petit Durban rue St Guillaume, qu’Alain Finkielkraut, a récemment été confronté. Invité à donner une conférence, l’auteur de la « Défaite de la pensée » fut interdit d’entrer à Sciences Po. Dans ce temple de l’analyse politique, des étudiants antifascistes ont estimé que ce « raciste » n’avait pas le droit de s’exprimer. Faire du Juif le nouveau nazi, c’est bien la sinistre ironie de l’histoire présente. Expulsé par des nuitdeboutistes de la place de la République ou menacé par des gilets jaunes en keffieh, Finkielkraut cristallise contre lui toutes les haines progressistes du temps présent, tant ces vigilants ne supportent pas d’être démasqués pour ce qu’ils sont : des esprits bornés, en manque de boucs émissaires pour leurs frustrations. Qu’est-ce que cette affaire signifie pour nous tous ? Que cet homme devrait faire attention, que sa liberté de parole devrait être entravée ? Qu’il devrait vivre sous la menace permanente ? Ce serait aussi cela la France du Grand débat ?

A la Sorbonne, dans cet autre temple des Arts et lettres, la représentation de la pièce d’Eschyle, Les suppliantes, n’a pu être donnée au prétexte que les acteurs portaient des masques noirs. Même Toutankhamon tombe sous le coup de cette vigilance progressiste qui veut avant tout célébrer la négritude chez ce pharaon africain, abusivement blanchi par l’esprit colonial. Ces phénomènes récurrents font système et le pire est à venir comme le dit si bien le Parti des Indigènes de la République, tant ces renversements trouvent un succès chez tous ces antiracistes qui ont fait de la « race » l’alpha et l’oméga de leur pensée.

On reste accablé devant ce que produit aujourd’hui l’UNEF dont le racisme anti-blanc constitue désormais l’axiome de ses mots d’ordre « décoloniaux ». Quand à ce torrent de niaiseries s’ajoute la vulgarité des appréciations sur l’incendie de Notre Dame traitée de tas de bouts de bois, car « vous l’aimez trop votre identité française alors qu’on s’en balek… C’est votre délire de petits blancs » on peut estimer que c’est Dieudonné qui a gagné.

Ces âneries malheureusement ont une histoire mais le niveau de bêtise actuelle devrait provoquer un sursaut, une réaction civique, à moins qu’il ne soit qu’une étape de plus vers l’avenir radieux de la talibanisation de l’espace autant que de l’esprit public.

Jacques Tarnero

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17 commentaires pour “Les talibans de la rue Saint Guillaume. Par Jacques Tarnero
  1. Nelson Melody dit :

    Alain Finkielkraut cristallise contre lui les haines de touts les racistes, antisémites et militants d’extrême droite (dont l’UNEF) de France et de Navarre. Et non des progressistes. Le PIR possède toutes les caractéristiques de l’extrême droite la plus radicale et du suprémacisme. Le terme « racisé » est devenu l’équivalent d »aryen » dans les années 30, et les indigénistes croient réellement en la « supériorité raciale » et la « lutte des races » ou la « pureté de la race » comme jadis les nazis hitlériens. Ce qui m’inquiète en outre, et je ne sais pas si d’autres partageront mon avis, c’est que la LICRA semble de moins en moins portée à lutter contre ce nouveau visage de l’extrême droite. Alain Jakubobowicz avait me semble-t-il une ligne beaucoup plus claire et ferme que Mario Stasi.

  2. Julius dit :

    Hélas,hélas, le sursaut risque de se faire attendre encore un peu, car nous n’avons pas encore atteint le fond de la bêtise et de l’ignorance. A moins que notre amour propre ne soit piqué au vif lorsque nous prendrons conscience que les étrangers, et même, parmi eux,(vexation suprême!), nos amis belges, commencent à nous prendre pour des déficients mentaux.

    • Nelson Melody dit :

      Sauf qu’il ne s’agit pas d’un phénomène franco-français. Le même phénomène existe aux USA, en Grande-Bretagne, au Canada et peut-être même aussi en Belgique (sauf erreur de ma part). Le nouveau visage du fascisme et de l’extrême droite, à l’échelle internationale.

  3. Jean-Victor dit :

    Bravo !
    Pour le fond, bien sûr, et pour la forme (de si pertinentes formulations !)
    Bravo, et hélas…Brrrr

  4. Lilian P. dit :

    Alain Finkielkraut cristallise contre lui les haines et de la droite et de la gauche, bien confondues. Si cela choque, mettons l’adjectif « extrême » avant droite et avant gauche. On a peur d’avoir mal, en France, si on regarde la réalité… Mon expérience, à moi, est: chaque fois que les gens perçoivent qu’il y a un intérêt quelconque pour Israël et/ou les juifs, je constate immédiatement juste un petit retrait presque invisible.

  5. Peyraud dit :

    Je suis entré à l’ENS en 1959 et je peux dire que le terrorisme sartrien d’extrême gauche pimenté d’althuserisme était omni-présent chez les littéraires mais heureusement pratiquement absent chez les scientifiques.
    Je dois dire que, à titre personnel, je n’ai jamais compris comment une telle aliénation mentale a pu prospérer au mépris de toute réalité objective.

  6. Lacan dit :

    Excellent Tarnero.

    Sauf que dire « au pays des Lumières, on n’est jamais à l’abri d’un nouvel éclair d’intelligence tant l’esprit reste vaillant, debout la nuit… » c’est ne rien avoir compris, dès lors qu’on connait « La Nuit Débout » de ce malade de Ruffin.

    Comment oublier que « la lumière » n’est qu’une forme de ténèbres ? Le « pays des Lumières » n’étant donc qu’une vue (nostalgique) de l’esprit… du passé.
    Existait-il seulement ailleurs que dans son orgueil démesuré ?

    Et finalement, c’est encore Lacan qui a déjà dit tout ça et bien mieux car plus concis (1968, dans la foulée des évènements de mai) :
    « La chose à laquelle vous aspirez en tant que révolutionnaire est un maître. Vous l’aurez ».

    • Nelson Melody dit :

      Les nazis incultes décoloniaux représentent l’antithèse absolue des Lumières, de Voltaire à Goethe en passant par Diderot et Sade. Ils pourraient à la rigueur se réclamer du pleurnichard Rousseau, mais à condition de travestir sa pensée comme ils travestissent tout le reste.

  7. Calimero dit :

    Il faut être clair, l’antisémitisme, la haine et la barbarie se trouvent à l’extrême gauche et pas à l’extrême droite. CQFD

  8. Nelson Melody dit :

    L’extrême gauche n’est rien d’autre qu’une extrême droite rouge-brune.

  9. Lilian P. dit :

    Où est l’anti-sémitisme? à gauche ou à droite? c’est une affaire de vision et même de « sentiment ». On ne peut supporter de voir que…
    L’anti-sémitisme traverse le temps des mentalités en France. Faisant le go-between depuis assez longtemps, je crois le percevoir dans tout le spectre politique français. Je poserais la question autrement: qui n’est pas anti-sémite en France? Très, très peu…

    • Nelson Melody dit :

      On peut formuler la question autrement : la gauche existe-t-elle politiquement aujourd’hui ? Qu’est-ce que le PS, la FI, l’UNEF,le PCF, le Labour, le parti démocrate US, etc..,ont à voir avec les valeurs de gauche ? Si l’on considère tous ces partis et associations prétendument de gauche comme des impostures absolues (ce qu’ils sont effectivement), on ne s’étonne plus de leurs dérives nauséabondes, antisémitisme y compris.
      Les étiquettes ne veulent rien dire, et il m’a toujours semblé que Simone Veil ou même Philippe Séguin étaient beaucoup plus « à gauche » que la plupart de ceux qui aujourd’hui se présentent sous cette étiquette dans le débat public.

  10. Nelson Melody dit :

    La seule excuse de la gauche, c’est qu’elle n’existe pas.

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