Ils se sont invités à notre table de Noël. Par Sarah Cattan

Alors que chacun vaquait à ses occupations, se préparait à accueillir Noël et se trouvait affairé à l’essentielle et récurrente question de savoir si cette année ce serait chapon ou dinde et à celle, nouvelle mais non moindre, de savoir ce qu’on proposerait à ces casse-couilles de végétariens et autres vegan, ne voilà-t-il pas que, surgis du tréfonds, les Gilets jaunes arrivèrent et mirent le pays à sac.

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Inaudibles au tout début, inorganisés qu’ils étaient par essence, voulant inventer un porte-parolat digne de ce nom mais ne sachant pas trop comment opérer, ils se firent entendre par la force et parfois la terreur. Celle qui métastase toujours sur ce type d’opérations.

Au bout d’un temps, et plus précisément après un samedi de carnage, même le Gouvernement prêta oreille à leurs revendications.

Nous aussi, qui nous branchâmes un peu plus que d’accoutumée sur quelque radio ou chaîne en continu que ce fût et voulûmes écouter.

S’Ils parlaient mépris et humiliations dont ils disaient le temps désormais révolu, Ils nous faisaient part, les travailleurs pauvres, de l’injuste sort qui était le leur, et nous racontaient leurs impossibles fins de mois.

Ce matin, celle-ci lista, à un euro près, le montant de ses dépenses : Assurance, mutuelle, loyer, électricité, eau, essence : elle ne s’était pas, disait-elle, acheté un vêtement depuis 20 ans, s’efforçant d’habiller ses enfants grâce aux vide-grenier. Le coiffeur ? Vous plaisantez. L’Oréal Parce que je le vaux bien : ça n’était pas pour elle et jamais ne le sera. Nourrir ses petits et faire face aux imprévus : telle était sa gageure.

Elle fait partie de ces cousins éloignés. Ceux qu’on a fini par perdre de vue : les travailleurs pauvres. Qui rappellent ce soir le temps des révoltes contre la taille. Et la gabelle aussi.

Un Prévert aurait du mal à tous les recenser.

Ce sont les retraités qui n’y arrivent plus.

C’est aussi ce chef d’orchestre Directeur de Conservatoire Aujourd’hui sans emploi qui s’est positionné à leurs côtés

Ce médecin

Ces commerçants

Ces ouvriers

Les paysans ? Ils arrivent. Le temps de faire garder veaux et cochons.

Les enfants ? Regardez : ils sont déjà hors lycée.

Pris au collet, le Gouvernement s’efforce de détricoter ce qu’il croit être l’objet de la fureur. Et que je te promets un moratoire sur la hausse des taxes sur le carburant. Et que je t’annonce généreusement qu’elles n’auront pas lieu, les augmentations de janvier.

Electricité. Lois alimentation et ordonnances s’y afférant. Même que Bernard-Henri y voit une génuflexion dévote.

Paroles Paroles Paroles Chantait Dalida

Les sans dent, les illettrés et autres ô combien souvent humiliés rétorquent avec un bon sens, un à propos et un savoir indiscutables que ce compte-là décidément n’a rien de réel. Te rappelant cette scène où dans L’Avare, Frosine se met en tête de lister à Harpagon ce que l’économe Marianne, objet de son amour, ne dépensera guère, et de lui en faire un compte chiffré :

Cinq mille francs au jeu par an,

Et quatre mille en habits et bijoux,

Cela fait neuf mille livres ;

Et mille écus que nous mettons pour la nourriture

A quoi notre avare amoureux rétorque que ce compte-là n’a rien de réel.

De même, lorsque, pressé, attendu, épié, soupçonné, aculé, notre Premier Ministre lista ses propositions à la France pauvre, celle-là répliqua que ce compte-là n’avait rien de réel.

C’est que ces Gilets jaunes, ils répétaient d’expérience qu’on n’allait pas les duper une fois encore. Ils en avaient soupé de la théorie du ruissellement. Chaque mot méprisant avait imprimé sa marque et ils n’entendaient plus qu’on les appelât encore une fois une seule Les Sans dent. Les illettrés.

Internet faisant, ça les avait gavés plus que de raison qu’à l’Elysée on s’occupât à changer la vaisselle et puis encore la moquette. Parfois même la colère faisait qu’ils outrepassaient les bornes. S’en prenant au prix du manteau de la première Dame. Ou au fait que le PM fêtât son anniversaire en ce samedi noir. Ils ne savaient pas encore que le PR aussi était né en décembre.

Tout le monde désormais de s’en mêler.

Certains de sortir du bois.

De Donald à MAM en passant par certains qui jadis conseillèrent le Président et qui dire aujourd’hui s’être montrés circonspects face à la suppression de l’ISF… Tous de s’exprimer avec prudence. Sinon avec décence.

D’autres, célèbres et un brin fortunés, répondirent, lorsqu’ils furent interpelés sur ce qu’on a tant de mal à nommer, qu’il s’agît d’une jacquerie, d’un nouveau mai 68, d’une insurrection, et le firent avec un intérêt non feint. Finkielkraut expliquant que même si, de par sa propre vie, il ignorait ces préoccupations qui étaient celles des travailleurs pauvres, il se croyait capable de les comprendre et qu’in fine, il se revendiquait bien plus proche de ceux que d’aucuns avaient qualifiés de ploucs que de ses relations bobos. Francis Szpiner ? Appelant l’Etat à démâter devant cette mer déchaînée . citant De Gaulle et son appel à marcher la main dans la main pour refaire ensemble la chère grande et libre France, il fila la métaphore médicale pour fustiger les réponses apportées : il y a des gens qui vous disent On est en train de crever. Ils ont besoin d’un traitement d’urgence. Et le docteur Macron répond que l’important est d’avoir une vision globale de la santé publique. Qu’il va refaire les hôpitaux. Et puis aussi une grande conférence sur les droits des malades. Le malade mourra guéri.

Jusqu’à un Jean-Michel Jarre qui estima que Jacline Mouraud disait des choses qu’un Chinois, un Russe, un Portugais pourraient dire et qu’in fine les Gilets jaunes envoyaient un message au monde. Un Xavier Niel qui se déclara prêt à le payer, l’impôt sur la fortune.

En écho, cette France qui craint pour ses Louis d’or

En même temps, essaie de se faire entendre cette France qui a peur. L’autre. Celle qui appelle au calme. Qui se moque et vous dit Ô C’est beau C’est grandiose

Qui vous prévient que Le chaos aussi sera grandiose

Qui vous morigène : Prendre parti ! Sans savoir où ça mène !!!

Et qui ajoute que, au vu du bordel général engendré par les Gilets, tout relai de leurs propos est… hasardeux… pour le calme.

Concluant que si la détresse des travailleurs pauvres est incontestable, l’heure pourtant n’est plus à la compassion. Que la route est ouverte pour casser le plafond de verre.

A ceux-là et à leur argumentaire si mal structuré mais ô combien indécent, je dis : Aux abris. Et qu’ils n’enterrent point leurs louis d’or dans le jardin : Un Coquin Un faquin Un La Flèche vêtu de jaune pourrait surgir et finir de les assassiner en dérobant la prunelle de leurs yeux

Expertises

Pendant que des courageux LREM affrontent encore les plateaux, offrant aux français stupéfaits le visage d’une Députée qui ignore le montant du SMIC ou l’intolérance de telle autre qui ne cesse de lever les yeux au ciel devant ces Gueux sortis d’on ne sait où, le Général Pierre de Villiers, dans son ambitieux essai Qu’est-ce qu’un chef ?[1], écrit que Notre pays a besoin de dirigeants aimant davantage les responsabilités que le pouvoir.

 

Le même demande Comment accepter l’écart de salaire de 1 à 300 entre certains PDG de grands groupes internationaux et leurs ouvriers, et compare cette hérésie avec l’écart de 1 à 8 qui existait dans l’armée, signe d’une authentique fraternité d’armes.

Déplore que la technicité des textes semblât l’emporter sur leurs conséquences réelles pour le citoyen.

Ajoute, parlant du Chef, que S’il n’écoute pas et surtout s’il n’entend pas, il y a fort à parier qu’il eût rapidement tort.

Ajoute que La recherche du bien commun, du beau, du bon, de la vérité, est meilleure que le relativisme, le luxe et la mollesse du chacun pour soi.

Conclut que Le mal l’emporte souvent par l’inaction de ceux qui devraient être des hommes de bien.

Noël, que l’on réussit si longtemps à célébrer, en fermant foooort les yeux sur ce qu’on n’avait décidément pas envie de voir, aura un goût particulier cette année.

Car Le compte décidément n’y est pas. Et face à ceux-là qui s’invitèrent à nos tables et qui répètent à l’envi que définitivement ils n’ont rien de rien à perdre, celui que l’on appelle Le Monarque à la tête d’une start up risque bien aujourd’hui… le régicide.

Vers qui alors se tournera le Peuple de France ? Un Général peut-être ? Dressez l’oreille : les Gilets sont nombreux à plébisciter… Pierre de Villiers. Vous savez ? L’auteur de … Servir[2].

 Sarah Cattan

[1] Fayard. Novembre 2018.

[2] Fayard. Novembre 2017.

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Publié dans société
6 commentaires pour “Ils se sont invités à notre table de Noël. Par Sarah Cattan
  1. Claude dit :

    Composition édifiante ! Merci à vous Sarah

  2. Claude dit :

    Mon premier message n’étant semble-t-il pas passé, je le réitère en félicitant l’auteur pour ce texte plein de sensibilité et d’intelligence. Merci sarah.

  3. SARAH GOLDMAN dit :

    Sarah Catan:

    Je ne peux m’empecher de vous demander: « etes-vous vraiment une journaliste »? Sans vouloir vous offenser, je trouve votre prose extremement mal ecrite, avec d’enormes fautes de francais et d’orthographe, et surtout « EXTREMEMENT GROSSIERE ». Vous dites: « casse.c….? Je n’ai jamais vu cela de ma vie. Il est vrai que je suis certainement plus agee que vous, mais tout de meme, qu’il est triste de comparer l’education actuelle a celle que jai connue? Finalement l’education de la France d’aujourd’hui est totalement en harmonie avec les attitudes vulgaires, violences, manque de respect envers les autres, etc… La France? est un pays FINI.

    • Sarah Cattan dit :

      Ma chère Sarah,
      Je pourrais vous répondre que vous êtes un zeste sévère, à jeter le bébé avec l’eau du bain, mais il me sera difficile sur ce papier précisément de plaider ma cause:
      Oui je vous le concède
      Oui j’ai outrepassé les limites
      C’est que, voulant alléger quelque peu le climat ambiant, je me suis octroyé – à tort puisque je vous si choquée – quelque licence, et j’ai cru pouvoir le faire en guise … d’humour-
      Car Sarah Ne me dites pas que vous ne pestez pas, vous, devant la complication engendrée par la diversité de nos hôtes sur le sujet. Végétalien Végétarien No gluten Vegan et j’en passe –
      It was a joke, Sarah, et ça n’etait guère méchant.
      Je sais écrire, Sarah, et même user des subjonctifs et de la concordance des temps.
      Je ne crois guère qu’il s’agît là d’une question d’age.
      Pas plus de quelque vulgarité
      Encore moins de violence
      Sarah, mon très grand tort aura été de mettre un brin de langage parlé dans un texte écrit
      Ne criez pas!!!!! Non je ne parle pas comme dans le 9/3!!!!
      C’était du jeu!!!
      Sarah Si le coeur vous en dit, TJ vous donnera mon téléphone et je pourrai vous expliquer pourquoi je joue avec la langue. Laquelle je respecte infiniment
      PS: avec humilité … je détaillerai pour vous mon bagage de linguiste

  4. josaphat dit :

    Sarah,
    sans doute trop intelligente pour être comprise, votre article est un message à sublimer mais réservé aux « aristoï ».
    Plus simplement, pouvons nous poser trois questionnements.
    Si le déferlement de samedi 8 décembre est un risque de renversement de la République comme il est dit par le gouvernement, pourquoi ne l’interdit-il pas de facto?
    Pourquoi les jeunes de banlieues qui téléportent leur haine de la Res Publica au sein de Paris ne sont pas cités par le gouvernement?
    Macron président d’une démocratie uniquement et seulement représentative avec un parlement croupion n’a-t-il pas pour dessein à court terme d’utiliser l’article 16 qui lui donnera la légitimité par le haut au contraire de celle qu’il a perdue par le bas, non pardon « le peuple »?
    Les réponses seront dans demain et les autre jours? Bien à vous Sarah.

    • Sarah Cattan dit :

      Merci. Merci d’etre La. Toujours. J’en suis très touchée.
      Oui Demain…
      En attendant Qui en France pour se réjouir de la violence.
      Il faudrait être si léger. De cette légèreté qui confinerait à l’extrême bêtise
      Pour autant, je persiste et je signe: bien sûr que ce mouvement est fondé.
      Tristement
      Justement

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