Et il en sortit… un D E B A T. Sarah Cattan

Schiappa et Hanouna sur un bateau. Non sur un plateau. C’était hier soir.

Elle, elle est la Secrétaire d’État à l’Egalité entre les femmes et les hommes. Lui, il est animateur et producteur à succès d’émissions po pu lai res : TPMP ou Balance ton post, c’est Lui.

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Le dit Baba, certes, il n’était pas là par hasard : On l’appelle le trublion du Paf. Ce grand bosseur, outre qu’il a inventé un rendez-vous quotidien avec ses fanzouzes, comprenez Son public Jeune, Fidèle, Inconditionnel, lui qui fut jadis sanctionné par le CSA, avait dès le début senti ce petit quelque chose de jaune et fut le premier à ouvrir son plateau aux Gilets. Et ça, Marlène, elle le remarqua.

Ils scellèrent accord. Qu’une ministre en exercice fît de la télé n’avait rien de si inédit qu’il fut dit durant les jours qui précédèrent The Emission. Jours où tout fut dit. Où on en oublia de parler plus avant du feuilleton Benalla.

D’un côté du ring, y aurait donc Marlène. Qui défendait bec et ongles l’affaire. C’était un réflexe de Pavlov. Dès que l’on faisait quelque chose qui sortait des codes, Dès que l’on faisait autre chose que d’aller sur un format classique, les gens s’indignaient, rétorqua-t-elle sur Europe 1[1].

Et que voulez-vous répondre à ça : C’était le sans dot de Molière. 

Je ne vais pas animer le show, je viens avec mes paperboards, mes feutres, on va faire un atelier constructif, Poursuivait la donzelle. Chahutée jusqu’au Sénat lors des questions au gouvernement, elle rétorquait avec aplomb qu’Il n’y avait pas de citoyens de seconde zone. […] Qu’on ne répondait pas à des problèmes politiques de 2019 avec des réponses politiques de 1999. Prends-toi ça dans les dents, vieille chose.

Car elle se battit jusqu’au bout, Elle qui avait loupé le débat auquel elle participa le 5 décembre sur BFMTV avec des Gilets jaunes: Tout ce qu’on peut dire, tout ce qu’on peut faire, rien ne va vous satisfaire en réalité (…). Ça ne vous va pas, ça ne vous va pas, ça ne vous va pas ! S’était-elle ce jour-là mise à crier, excédée, ajoutant qu’elle n’était pas venue… dans un tribunal…

Lui, Il disait tout pareil : Que d’aucuns auraient voulu confisquer le débat…. Le réserver pour eux… Notre Plaideur expliqua à Elkabbach himself que Marlène Schiappa serait là pour être la médiatrice entre les Français et le gouvernement.

Si à l’annonce de l’improbable tandem, je pris moi aussi des airs outrés, J’en sais qui s’étranglèrent : What ! The niveau ! LOL. On ne parla plus que de ça. Ce type infréquentable et ses vannes toutes nases. Son public à l’avenant.

Mais Un beau matin, lorsque l’élite des amuseurs firent mine de donner une leçon de modernité à France Inter alors qu’en réalité ils crachaient, dégoûtés, sur le prolétariat, je tendis l’oreille : nos 2 amuseurs[2], dits de l’agence Win-Win, donnaient à la France des leçons d’élégance morale. Mais encore de modernité. Ce fut la fête à Hanouna et Sébastien. Qui n’étaient guère ma tasse de thé. Mais les 2 donneurs de leçons et de bonnes manières non plus. C’était quoi mon problème. C’était qu’une ministre en exercice vînt animer TPMP. Qu’un animateur se mêlât de politique. Moi qui n’avais pas mais alors pas du tout apprécié qu’un humoriste vînt conclure La Grande Emission…

Ça devait être

A : mon côté rigide

B : mon côté rigide

C : mon côté rigide.

Je dus concéder que ni la Ministre, ni le présentateur n’avaient donné le La. Qu’ils n’avaient pas inventé la politique-spectacle. Me rappeler que d’autres avant eux étaient venus. Qui pousser la chansonnette. Qui accepter de se faire laminer chez Ruquier. Simone Veil était bien allée chez Christophe Dechavanne. Elle y avait même défait son chignon[3]. Denisot n’avait-il pas cédé en 2007 la co-présentation du Grand journal aux 2 candidats en lice. Belattar ou Charline Vanhoenacker avaient bien été invités à ponctuer, conclure L’Emission politique.

Et, cerise sur le gâteau, dans ce total balagan, notre Baba en personne ne fut-il pas l’invité à 7h20 sur CNews… de Jean-Pierre Elkabbach, laquelle case d’ordinaire était réservée à… un invité politique.

Perplexité. Pause. En somme, il semblait surtout qu’il ne convenait pas de parler avec Cyril Hanouna, lequel fut pourtant Le sujet de discussion de tout l’Hémicycle une semaine durant.

Elisabeth Lévy nous raconta dans Causeur ce festival d’indignation exacerbé par une étonnante dépêche de l’AFP : ne voilà-t-il pas que le 22 janvier, dès potron-minet, le maire de Colombey-les-Deux-Eglises fut prévenu par la gendarmerie que des EDI[4] avaient été observés aux alentours de la tombe du général de Gaulle : Le soulèvement limité mais régulier de la dalle, accompagné de légers mouvements de terrain. C’était comme si le Général s’était retourné dans sa tombe. Le rapport se garde bien cependant d’établir un lien de cause à effet entre cette nouvelle et les mouvements inexplicables ayant affecté la sépulture du premier président de la Ve République, raconta la Patronne du magazine, rappelant que ni Schiappa ni Hanouna n’avaient inventé le mariage entre la politique et le divertissement, c’est-à-dire l’absorption de la première par le second. Et que cela datait à tout le moins du jour où un humoriste a demandé à un ancien Premier ministre si sucer c’était tromper.

Et de comparer ceux qui, avec leurs grands airs, intentaient à Hanouna un procès en vulgarité à… une mère maquerelle qui défendrait la vertu.

Pendant que nous avions le dos tourné, notre ministre ne fit pas dans la dentelle et alla se comparer à …Galilée[5] : Après tout, on est en 2019 les amis ! On ne répond pas à des problèmes politiques de 2019 avec des réponses politiques de 1999. […] Ce n’est pas parce que la majorité des personnes pensent que c’est une mauvaise idée, que ça l’est. Je vous rappelle que Galilée était tout seul face à la majorité pour dire que la Terre était ronde et qu’elle tournait. […] Je vais dans cette émission pour parler politique avec un grand P et pour ramener dans le débat public ces 700 ou 800.000 personnes qui sont devant l’émission de Cyril Hanouna.

Lui, Casque bleu médiatique d’un pays déchiré[6], il poursuivait[7], déter, expliquant aux incultes comme moi que la différence était majeure entre son émission quotidienne, théâtre de dérapages en tout genre, et son hebdomadaire, Balance ton poste : Les gens pensent qu’elle va venir dans Touche pas à mon poste. Ils n’ont rien compris… Elle vient dans Balance ton post, qui a toujours été une émission de débat. […] Peut-être que je me trompe mais j’ai trouvé qu’elle n’avait aucun mépris. Quand elle m’a appelé pour me proposer cette émission, elle m’a semblé sincère. Lui dont tout le monde savait qu’il aimait bien le Président[8] : Je m’entends bien avec lui, il m’a dit qu’il regardait TPMP. J’aime le côté fonceur qui casse les codes, il a tout explosé. La jeunesse vous suit et vous regarde, avait dit Emmanuel Macron lorsque l’animateur lui souhaita, en direct, son … anniversaire.

L’animateur dut donc rassurer[9] ceux qui supputaient une quelconque connivence: On n’est pas du tout au service du gouvernement ! Au contraire, on est au service des téléspectateurs, donc des Français, du peuple et des Gilets jaunes.

On nous expliqua le Jour J le principe de l’émission

On nous expliqua le Jour J le principe de l’émission. Des Français sélectionnés pour participer au débat télévisé soumettraient des idées à la ministre, qui se chargerait d’en porter la voix auprès du gouvernement. L’initiative, venue de la Ministre, était, disait-on, soutenue à 100% par le Président. Le Débat national lancé le 15 janvier étant supposé durer jusqu’au 15 mars et chacun avait charge de s’y coller.

L’émission prit le caractère de Spéciale pour l’occasion. Intitulée La parole aux Français, elle devait être enregistrée sur le site granddebat.fr

Retraités, infirmiers, demandeurs d’emploi, commerçants, enseignants, agriculteurs seraient sur le plateau pour témoigner de leur quotidien.

L’émission ne serait pas un débat politique mais un échange citoyen avec des propositions concrètes.

Les chroniqueurs habituels de l’émission seraient présents et 15 Français se succèderaient sur le plateau. Un vote du public sur Twitter, via le hashtag #BTPGrandDébat, désignerait sept propositions

La Ministre devrait répondre en s’assurant de la cohérence démocratique et de la faisabilité de ce que proposaient les Gilets.

Dans le détail, trois thèmes devaient être abordés : Economie. Questions sociétales. Questions démocratiques.

Comme pour… The Voice, pour… Danse avec les Stars ou encore… Miss Monde, les téléspectateurs voteraient en direct pour retenir … sept idées qui seraient transmises au gouvernement.

Ce que j’en vis

L’animateur rendit l’antenne à 1 h 49, samedi 26 janvier, après trois heures et quarante minutes de D E B A T. En mode sérieux, à mille lieues des blagues potaches, outre que nulle insulte ne vint troubler l’exercice, celui qui, dès le 20 novembre, vit l’ampleur du phénomène et fit découvrir à la France Maxime Nicolle s’imposa en maître de débat, attentif, respectueux, et géra l’entretien comme un grand…

Il écouta. Didactique, il expliqua, seulement lorsque c’était nécessaire, les tenants et les aboutissants des sujets abordés. Le cahier des charges qu’il s’était fixé, il le respecta, donnant la parole à des Français en souffrance.

Elle ? Nous passerons sur sa tentation vite retenue de moquer ce pays qui aimait bien se plaindre : rendons à celle qu’Erwan Bruckert dans Le Point appela à raison le couteau suisse de Hanouna qu’elle mit très vite ses pas… sur les pas de son pote, s’appuyant sur l’épaule de Nadia Hai, la députée LREM des Yvelines toujours prête à dégainer pour défendre les lois votées par la majorité. Devenue la veille de l’exercice l’une des responsables du pôle Idées de LREM, elle promettait d’explorer d’autres voies et le fit derechef.

En sortit un exercice inédit à la télévision : un atelier de discussions.

Emergèrent 7 idées :

Zéro TVA sur les produits de première nécessité.

Peine plancher pour les fraudeurs fiscaux.

Révision des cycles horaires de la police.

Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi.

Retour de l’ISF.

Augmentation de 2 à 4 % du budget des hôpitaux.

Une huitième idée pour la soif lorsque surgit Youssef, avec sa proposition de créer une brigade anti-discrimination. Il parlait, Youssef, des discriminations à l’embauche. A l’entrée en boîte de nuit. Au logement. Et caetera. Top là, qu’Elle répondit : Ça ne passera pas par les votes, créons-la, on prend rendez-vous en sortant, vous venez au ministère, on le fait.

Sic. Juste Elle a pas dit Tope là.

L’histoire ne dit pas à ces doux rêveurs qu’une fois les dites idées relayées auprès de l’exécutif, elles passeraient à la moulinette. Suivant le protocole.

Sarah Cattan

[1] 22 janvier 2018.

[2] Guillaume Meurice et Charline Vanhœnacker.

[3] Toutes folles de lui. 1986.

[4] Evénements difficilement identifiables. Selon les procédures de la Gendarmerie nationale.

[5] Grandes Gueules. RMC. 22 janvier.

[6] Excellente image de Dominique Albertini et Jérôme Lefilliâtre. Libération. 24 janvier 2019.

[7] 20 Minutes.

[8] Le Monde. Juillet 2017.

[9] CNews.

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5 commentaires pour “Et il en sortit… un D E B A T. Sarah Cattan
  1. Jean-Victor dit :

    De mémoire Adorno, je crois :  » L e propre de cette société n’est pas seulement d’avoir inventé la camelote, mais de fabriquer [j’aime le choix de ce verbe !] le consommateur qui va avec. »
    … Je vous parle d’un temps etc… la télé, l’info, le débat, c’était Desgraupes, Dumayet, Lazareff ; aujourd’hui c’est Hanouquier et Runa. Quel choix avait-elle ?
    Certes il y eut débat. So What…

  2. Jean-Victor dit :

    De mémoire Adorno, je crois :  » Le propre de cette société n’est pas seulement d’avoir inventé la camelote, mais de fabriquer [j’aime le choix de ce verbe !] le consommateur qui va avec. »
    … Je vous parle d’un temps etc… la télé, l’info, le débat, c’était Desgraupes, Dumayet, Lazareff ; aujourd’hui c’est Hanouquier et Runa. Quel choix avait-elle ?
    Certes il y eut débat. So What…

    • Sarah Cattan dit :

      C’est pas du jeu cher Jean-Victor
      Vous parlez d’une époque que les moins de vingt ans
      Ça, mon cher, c’etait Avant. Il y avait 5 Colonnes à la Une
      Du théâtre le vendredi soir
      Maritie et Gilbert Carpentier
      Simone Veil et pas Agnès Buzin ou Lady Marlène
      De très belles plumes vous racontaient tout ça
      Je fais partie de ceux qui aimaient beaucoup – – –

      • Jean-Victor dit :

        J’évite de cultiver la nostalgie (peut-être un peu trop fragile…). Je me contente de constater un gap et, avec Adorno, je pense que l’écart se mesure en toutes choses. Dans la télé, dans le public, dans les ministères… Et donc, toutes choses égales par ailleurs…
        Meilleures Pensées, et Bravo pour vos billets

  3. josaphat dit :

    Merci Sarah pour votre article, votre démarche et votre style, personnellement je ne les retrouve nulle part ailleurs!
    Bien à vous.

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