Un Café avec… Maître Szpiner. Francis Szpiner nous dit… Par Sarah Cattan

Celui dont il fut dit, au moment du Procès d’Ilan Halimi, qu’il avait franchi le Rubicon en traitant les avocats du Gang des barbares de Connards d’avocats bobos de gauche me reçoit ce soir. Il n’avait pas dit que ça. Et ça l’avait-il dit comme ça. On l’avait encore accusé d’avoir appelé à une justice d’exception. On avait dénoncé son communautarisme. Lui. On lui reprocha d’avoir donné une tribune à un monstre.

L’accusant bientôt de la rage, ses pourfendeurs devaient lui reprocher, dans un inventaire à la Prévert, de lancer des cris d’orfraie sur Youssouf Fofana alors qu’il avait défendu un Jean-Bedel Bokassa. D’avoir politisé l’affaire. D’avoir voulu glisser vers une justice dépendante du pouvoir politique. C’est que Francis Szpiner avait annoncé que, s’il devait trouver le verdict trop clément, Il mettrait toutes ses forces à obtenir du Garde des Sceaux un appel.

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Lui récusait ses accusateurs, arguant qu’ils avaient sorti ses propos de leur contexte.

Lui qui eut raison trop tôt. En fustigeant ceux qui regardaient la banlieue avec les yeux de Chimène : J’ai souligné, tout au long du procès, l’importance des droits de la défense. Connards et avocats bobos de gauche étaient deux propos séparés. Pendant le procès, des blogueurs tenaient sur leurs plates-formes des propos au sujet de la banlieue et de l’affaire Halimi en général que j’ai trouvé effrayants. C’est eux, et certains commentateurs, parce qu’ils racontaient des choses inexactes sur la banlieue, que je désignais par le terme de connards qui regardaient la banlieue avec angélisme.

Maître Francis Szpiner s’était encore vu affubler dans un article du Nouvel Obs des qualificatifs de franc-maçon et de très politique. L’hebdo, dans une métaphore filée un zeste grotesque, évoqua le travail de sape du pénaliste qui se retrouva D’un coup D’un seul Mercenaire de la Raison d’Etat. Comprenez qu’il s’agissait déjà de L’Obs et d’un ténor qu’on disait l’avocat de Chirac… N’avait-il pas eu sa carte du RPR. Celle de l’UMP. N’avait-il pas fait partie du Cabinet noir, la cellule juridique chargée de déminer pour le pouvoir les dossiers sensibles… Ne s’élève-t-il pas aujourd’hui[1] contre la France qui se déshonore en ne portant pas secours à ceux qui la servirent au péril de leur vie : peu parlèrent de l’assassinat à Kaboul de Quader Daudzai. Celui qui fut un des interprètes de l’armée Française.

Je suis avocat, aime-t-il à dire, la couleur politique de mes clients m’indiffère.

Qui n’aurait eu envie, dans la France de 2018, de Le rencontrer, celui qui en voulait déjà alors à cette gauche, naïve, hypocrite mais encore bien-pensante qui déjà partageait cette vision volontairement erronée de la société française.

Qui n’aurait eu le fervent désir d’entendre celui qui voulut faire de la lutte contre l’antisémitisme une cause publique. Qui pointe nos compromissions générales. Et qui se retrouve aujourd’hui l’avocat des enfants de Sarah Halimi.

Sarah Halimi. Un crime antisémite

D’emblée Il part de l’Affaire Ilan Halimi : Finalement, il y avait une espèce de premier mouvement On disait C’est un crime antisémite. Un premier mouvement qu’après, certains, par intérêt, voulurent minorer.

Mais aujourd’hui, ce crime, celui de Sarah Halimi, est un crime antisémite. Et il y a une espèce de refus, Mais qui est en réalité dans l’air du temps. Aujourd’hui on ne vous dit pas un islamiste fonce dans la foule, On vous parlera d’un camion fou. Comme si le camion était autonome. En réalité, il y a le refus de regarder la réalité en face. Pour des raisons multiples et variées.

Sarah Halimi, ajoute-t-il, c’est la boucle bouclée de l’Affaire Ilan Halimi. Quand j’avais dit au moment de l’Affaire Ilan Halimi qu’Ilan avait été victime d’une certaine culture antisémite des banlieues, on m’avait dit : Vous stigmatisez la banlieue C’est scandaleux.

Francis Szpiner, Il revient sur ce refus en réalité de voir qu’aujourd’hui se développe un antisémitisme qui a muté : Il y a toujours l’antisémitisme d’extrême droite. Mais il y a un antisémitisme des quartiers populaires dû souvent à une certaine culture de l’islam qui est antisémite. Sans aller jusqu’à ce que dit Bensoussan : Georges Bensoussan commet l’erreur de tomber dans la généralisation, Ce qui n’est pas acceptable. Szpiner revient sur le fait que la Licra se soit constituée Partie civile dans l’Affaire Bensoussan. Admet qu’il y a là matière à débattre, avant de conclure : La Licra l’a été. Ça n’était pas illégitime qu’elle le soit

Charia light

Bensoussan. Il trouve ça d’autant plus grave que la maladresse dans l’expression est venue d’un homme cultivé. J’objecte le fait qu’il s’agissait d’une citation : Citer quelqu’un c’est se réfugier C’est reprendre à son compte.

Je cite la dédicace[2] Pour une femme arabe au cœur de ma vie. Il m’objecte, déterminé, que Tout antisémite a son bon juif Tout raciste a son bon noir Son bon arabe.

Et conclut : Georges Bensoussan a dit ce qui aurait pu être une vérité s’il n’avait pas fait cette généralisation.

Maître Szpiner préfère en référer au Rapport Obin. En 2004 l’Inspecteur général y constatait, entre autres, qu’en Ile de France notamment on ne pouvait plus scolariser d’enfant juif. Il ne me convainc guère. D’autant qu’en 2015, Jean-Pierre Obin confiait au Figaro[3] qu’à sa sortie, le dit Rapport sur les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires lui avait valu d’être taxé d’islamophobe. Et que donc ce rapport commandé par Ferry et remis à Fillon et qui avait été enterré vite fait, mal fait, restait décidément aujourd’hui d’une cuisante actualité.

Mais Francis Szpiner trace. Il a déjà embrayé. Me dit qu’aujourd’hui les profs commencent à parler Ils ne peuvent plus enseigner la Shoah Qu’ils ne peuvent plus ci Qu’ils ne peuvent plus ça.

Le voilà qui ajoute que même Davet et Lhomme, du Monde[4], journal pourtant complaisant, reconnaissent que aujourd’hui, même au sein des forces de l’ordre, y a des problèmes.

Je lui demanderai une fois prochaine ce qui est neuf ici, chez les Dupond et Dupont de l’investigation, par rapport aux Territoires Perdus, sortis en 2002… En réalité la lâcheté n’est pas le monopole de la Gauche ni de la Droite, poursuit Francis Szpiner : il y a des maires dans toutes les villes qui achètent la paix sociale en pactisant avec les associations musulmanes. Lesquelles font régner une charia light.

Je propose : Peur de la rue arabe ?

 Non ! Répond-il C’est simplement que ces maires veulent la paix sociale. Ils savent que certaines organisations la maintiennent grâce à l’autorité de l’âge par exemple. En échange de quoi, elles touchent des subventions. Elles se font une clientèle au sens romain du terme et l’utilisent : Toi ta boucherie sera hallal Toi ton magasin ne vendra plus d’alcool Toi Tu ne peux sortir vêtu comme ça. Il conclut en anaphore : C’est la charia light.

 Le Professionnel sait où il veut en venir : Finalement, on en revient à ce que une partie de la classe politique de Gauche comme de Droite confondues se dit : Y a un vrai électorat musulman. Il conteste cela : C’est comme le mythe du vote juif. Il n’y a pas de vote juif. Sur les 600 000 Juifs en France, la moitié sont en âge de voter. Si on compte les abstentionnistes qui existent dans toutes les communautés… On est à 0,80 % du corps électoral. Avec les divisions longtemps Une partie de la Communauté a penché bêtement vers la Gauche, pensant que elle était parée de toutes les qualités. En réalité le vote juif est une absurdité. Le vote musulman aussi est une absurdité : parce que l’Islam de France, Ça n’existe pas. Il y a des musulmans d’origine algérienne, qui sont en conflit avec ceux qui sont d’origine marocaine. Il cite à l’appui l’affaire du Polisario. Le dossier du Sahara. Sur fond de tensions. Le contenu idéologique et diplomatique d’un éternel bras de fer d’Alger avec Rabat.

Il y a aussi des musulmans turcs. Des chiites. Des sunnites… En attendant se développe toute une culture qui n’est pas acceptable…

Je respecte cet homme

Cette culture pas acceptable le ramène à ce fait divers : J’ai été l’avocat de la famille de la petite Sohane. Brûlée vive. Aspergée d’essence, en 2002, avant que son bourreau ne l’enflammât. Dans un local à poubelles. Sohane. 17 ans. Vitry-sur-Seine.

Je respecte cet homme. Francis Szpiner. Qui plaida contre la barbarie. Qui plaida pour que fût banni le mot accident. Un mot insupportable, avait-il plaidé : Ce local à poubelles n’est pas un lieu extraordinaire pour avoir une conversation amoureuse. C’est un petit réduit où ça sent la pisse et les ordures. Non, si Derrar entraîne Sohane, c’est parce qu’il y a dissimulé une bouteille d’essence, qu’il veut lui faire un truc de ouf, comme l’ont rapporté plusieurs témoins.

Je me souviens qu’Il avait alors tenu à faire circuler une photo que les jurés se passèrent de main en main sans pouvoir s’y attarder.

Il me parle de la fille en banlieue. De la place de la femme : Aujourd’hui je constate que depuis l’affaire d’Ilan Halimi les choses se sont aggravées et ont empiré et que finalement le réflexe républicain est de moins en moins affirmé. Aujourd’hui – à part Charlie – Et encore le livre de Todd est très intéressant sur la sociologie des gens qui étaient Charlie – A part Charlie aujourd’hui, quand un Juif est tué, ce sont surtout les Juifs qui manifestent. Majoritairement.

 Je respecte cet homme. Lorsque je l’écoute regretter, dans la lutte antiraciste, ce communautarisme en train de se mettre en place.

Pour Sarah Halimi, reprend-il, je regrette franchement tous les errements qui ont été commis par certains avocats. Je pense que ce sont des affaires trop graves. Si on veut que ces affaires aboutissent Ce ne sera pas en battant des estrades – Le juge était parti pour faire son travail. Je pense que tout ce qui a été fait fut contre-productif, assène-t-il. On y arrivera.

C’est que dans l’Affaire Sarah Halimi, Maître Szpiner veut bien concéder que, au tout début, il y a peut-être eu omerta, mais à son sens, après, l’affaire était sur la place publique. Le voilà qui m’explique, – mal- que d’ailleurs c’était plus le Parquet qui dans cette affaire aurait pu avoir une attitude critiquable, mais que in fine le Parquet avait pris des réquisitions. Que in fine la juge avait estimé devoir les suivre. Et que Si il devait y avoir un procès, IL – Traoré- serait poursuivi pour cette circonstance aggravante de l’antisémitisme

 Maître Szpiner a recours au conditionnel ? Il sera poursuivi. S’il est renvoyé aux Assises – sous réserve de… – Et Si la Chambre de l’Instruction l’y renvoie. Après, il y aura un débat. Qui est à la fois simple et compliqué. La scène de l’aide soignante… Simple ! Il aurait pu tuer l’aide-soignante. Il ne l’a pas tuée parce que sa sœur, inquiète, a commencé à le suivre et à faire en sorte qu’il n’y touche pas. Mais elle aurait parfaitement pu mourir dans l’après midi Donc ça veut dire que la victime – et là c’est un débat dans lequel je ne suis pas entré parce que ça aurait compliqué les choses – mais c’est une vraie question – La réalité c’est que Traoré est un petit voyou comme on en rencontre plein. Qui se radicalise. Et qui aurait pu tuer n’importe qui en criant Allah Akbar. Au motif que c’était une infidèle.

Le terrorisme low cost

Il en convient : Ce qui est compliqué dans les affaires de terrorisme aujourd’hui, c’est ce que j’appelle le terrorisme low cost.

Traoré n’était pas un assidu de la mosquée Jean-Pierre Timbaud. Ceux qui ont fait Saint Etienne du Rouvray passent à l’acte en 48 heures ! Ils ne se connaissent pas. Ce qui est compliqué dans les affaires de terrorisme aujourd’hui low cost, c’est que vous avez deux crétins qui ne se connaissent pas, qui se montent le bourrichon entre eux, et qui vont égorger une gamine dans une gare à Marseille, un prêtre dans son église, et celui-là, je pense qu’il s’est radicalisé tout seul. Il était prêt à tuer la malheureuse aide-soignante parce qu’elle n’était pas musulmane. Sa sœur l’a retenu. Et c’est tombé le soir sur Madame Halimi. C’est un crime antisémite. Même s’il n’est pas sûr que l’antisémitisme soit à l’origine de l’acte.

Le rapport d’expertise de Daniel Zaguri parlait pudiquement … d’une pulsion

Le procès, reprend Maître Szpiner, sera un peu plus compliqué. Si il y a procès. Sinon il y aura une audience : Pour les gens qui ne sont pas en état d’être jugés, il y a quand même une audience.

La BAC Le RAID Le GIGN

Les policiers de la BAC locale. Combien ces gens tirent-ils de cartouches par an ? Renseignez- vous. Je crois qu’ils ont droit à 3 séances de tir pour un chargeur. Ce ne sont pas des policiers d’élite face à une prise d’otage. Je préfère avoir 6 membres du GIGN que 30 agents de la BAC locale hein. Vous avez une situation Où on vous dit qu’il y a une prise d’otage Vous ignorez si l’individu est armé ou pas. Vous ne savez pas Qui il détient en otage. Vous n’avez pas le plan de l’appartement : Vous ne montez pas une opération de libération d’otage en 40 minutes Ça n’est pas vrai. Regardez comment le RAID a eu du mal avec Merah. Il a réussi à sortir et à revenir. Et Ils ne l’ont pas pris vivant. Et c’était le RAID !

Alors moi je veux bien tout Mais si vous interrogez des spécialistes, Qu’Ils m’expliquent ! Ils sont à la place. Que font-ils ? Il faut une autorité pour ouvrir le feu. Si j’ai un tireur d’élite à ma disposition et que je suis face à quelqu’un de menaçant, je peux demander l’ordre au Préfet. Sauf qu’un tireur d’élite vous l’avez pas en dix minutes sous la main… C’est la nuit Il faut des lunettes de visée nocturne Faut qu’on arrête de raconter des conneries

Bien sûr 40 minutes ça semble énorme Ajoute-t-il devant ma mine perplexe. On l’entend hurler Sarah Oui Mais qu’est-ce que vous faites ? Voilà ! Il vous faut un tireur d’élite avec des lunettes de visée nocturne et avec l’ordre de tirer.

Et de conclure, réaliste : Une société où vous êtes garantis à 100% de l’insécurité Ça n’existe pas Et même quand vous avez les meilleurs. Un des chefs d’œuvre du GIGN… Le Paris-Alger. Vous vous rappelez L’assaut donné par le GIGN ? Bon ! Au moment où Balladur – PM – convoque avec le Ministre de l’Intérieur le patron du GIGN et lui demande : Quels sont les risques ? L’officier a répondu répond : Ça dépend. Si ça se passe bien Il peut y avoir 2 morts, éventuellement parmi les otages, Si non Il peut y avoir 6 ou 8 morts. Parce que c’est pas une science exacte. Parce que si les pirates disposent d’une grenade, ça change tout.

Je ne pense pas. Je constate

Maître Szpiner, Il n’accepte pas que je lui demande s’Il pense que la police a laissé faire. Il me coupe la parole : Je ne pense pas. Je constate. Ou Je ne constate pas. Que des gens s’interrogent, il le conçoit, mais que des avocats poussent la famille à déposer plainte contre la Police : non.

Je lui demande si les enfants de Sarah Halimi seraient – comme on le dit – drivés par leur yeshiva : Moi je ne suis pas religieux. Ça se saurait. Moi je suis pour un devoir de vérité. Si on raconte des histoires qui desservent la cause que l’on veut défendre… Des gens ont desservi cette cause. Moi je leur ai dit que j’étais contre cette plainte. Que je ne m’y associerais pas.

J’espère qu’il pourra y avoir un procès

La tension est présente. Et là, Francis Szpiner est Vrai : J’espère qu’il pourra y avoir un procès.

Il y a toujours une reconstitution ?

Ça n’est pas vrai. Il n’y a pas toujours une reconstitution. Les reconstitutions sont de plus en plus rares. Encore faut-il qu’elles soient utiles… Moi j’ai été contre la reconstitution. Qu’on m’explique ce que la reconstitution apportera. Voilà. Je vous écoute ? Dites-moi ce que ça apporterait ! On n’a pas quelqu’un qui conteste les faits. Une reconstitution C’est quand vous avez plusieurs versions différentes des faits Et que vous voulez justement les reconstituer. C’est quand vous voulez mettre la personne en contradiction avec ce qu’elle a dit. Là, vous avez un type qui ne conteste pas les faits. Avec des gens qui ont quasiment assisté. Qu’est-ce que vous voulez que la reconstitution apporte. Sinon de l’agitation.

Et le Ténor, un très brillant en son domaine, de finir : Moi je ne suis pas têtu. Je reste très scolaire : Faut qu’on m’explique. Si on m’explique que la reconstitution va apporter quelque chose ? Mais là, je ne vois pas. Il est coupable. Ça n’est pas contestable On sait comment il a fait. Donc la reconstitution va vous amener quoi ?

Une troisième contre-expertise tout de même ? Si le juge a le sentiment d’avoir face à lui un zombie Je comprends que le juge demande une contre-expertise. Quand il est bon, le Juge instruit à charge et à décharge. Ici, Si Elle a le sentiment que le type en face d’elle n’est pas en état d’être jugé, Si elle pense que la reconstitution peut aggraver son état…

Je tente un La Juge a dit que…

Non La juge Elle ne dit rien. La loi en matière criminelle impose une expertise psychiatrique. Un examen médico psychologique dans le cadre de l’enquête du curriculum vitae. Eh bien Elle l’a ordonné. Les questions posées à l’expert-psychiatre c’est évidemment – je simplifie car la loi a changé – Est-ce que Monsieur X, au moment des faits, disposait de sa capacité de discernement. Ou est-ce que son esprit était altéré. Totalement ou Partiellement.

Szpiner : One point

Et là, Il marque one point : Parce que on part du principe que dans un pays civilisé on ne juge pas les gens qui sont incapables de comprendre ce qui leur est reproché. La première expertise a conclu qu’il était responsable de ses actes. Là dessus, son état – on a affaire à un gros consommateur de cannabis- les gens dans certaines générations en sont restés à l’eucalyptus – ce qui en 68 était une sorte de Marlboro parfumée qui leur permettait de planer- Aujourd’hui les teneurs en THT sont particulièrement hard et ça abime beaucoup plus le cerveau.

La Juge, Elle n’a pas pu lui notifier sa mise en examen de la circonstance aggravante de l’antisémitisme : Il n’était pas en état. C’était un légume. Quand Elle l’a trouvé dans un créneau où il pouvait à peu près comprendre Elle lui a notifié. Là-dessus Elle doit refaire un interrogatoire et se trouve en face d’un mis en examen dont l’état s’est aggravé : Il est normal qu’Elle redemande une expertise.

Débat

Ce qui pose une question : Est-ce que l’expert doit répondre : aujourd’hui il n’est pas en état de se défendre Parce qu’il est abruti Ou est-ce qu’ à l’époque des faits il l’était.

Bon. 2ème expertise. Il est normal qu’Elle demande aujourd’hui une troisième expertise avec un Collège d’experts. Le temps qu’ils le voient tous les trois. Qu’ils discutent, comparent leurs notes, qu’ils regardent quand même ce qu’a dit Zaguri. Les experts judiciaires savent qu’ils doivent ménager la carpe et le lapin. Ils aboutiront à une conclusion du style partiellement altéré au moment des faits. Et il y aura un procès.

Mais La question qui se pose C’est la capacité à comparaître… Ce qui est une deuxième question… La question du discernement au moment de l’acte est une chose celle de la capacité à comparaître en est une autre…

Ça change quoi ?

Ça change qu’à un mec bourré de médicaments et incapable de répondre Vous ne pouvez faire de procès.

Clair, net, sans contorsion aucune, Francis Szpiner dévoile la profonde intégrité qui décidément le caractérise. Je lui demande ce qu’il pense du Prix Ilan Halimi. Inspiré du Prix créé en 2004 par le Conseil départemental de l’Essonne pour promouvoir les actions menées par des jeunes gens luttant contre l’antisémitisme et le racisme Et devenu, cette année, national : Que quelqu’un devienne le symbole de la lutte contre l’antisémitisme et qu’on récompense quelqu’un qui par son action… Qu’on commémore la mémoire d’Ilan, oui. Mais Le côté Prix… Vous l’aurez compris : lui aussi, il aurait préféré un Prix de la Fondation Ilan Halimi ou un Prix de la mémoire d’Ilan Halimi. Dans une société d’analphabètes ça n’est pas étonnant qu’on fasse des propositions de ce type, conclut-il.

 Je l’interroge sur l’indépendance de la Justice. Quand le PR crut devoir se mêler de l’Affaire Sarah Halimi, Ce 17 Juillet 2017, jour de la cérémonie Commémoration du Vel’ d’Hiv, Ça a suscité chez les Magistrats un réflexe de résistants. Parce que le pouvoir exécutif s’était immiscé dans une affaire judiciaire à l’instruction. C’était une maladresse. Précipitée dans une volonté de vouloir bien faire.

La Juge Anne Ihuellou ? Je ne fais aucun procès au Juge. Ça m’est arrivé d’en faire. Mais Je connais cette Juge. J’ai de l’estime pour Elle. Elle fait son travail : Elle l’a mis en examen dès qu’Elle l’a pu. Elle envisageait même à moment donné de le mettre en examen pour assassinat : j’espère qu’à l’arrivée, elle ira jusqu’au bout.

La complexité d’un dossier que l’on disait … limpide 

Maître Szpiner me redit la complexité du dossier : La préméditation C’est compliqué quand même Parce que le déroulement des faits, ça peut être de la préméditation comme ça peut être contesté. Si je veux tuer quelqu’un, est-ce que je reste aussi longtemps dans l’appartement. A discuter avec la famille malienne. Etc…

Francis Szpiner ? Le voilà qui s’interroge à haute voix : Et à part pouvoir le traiter d’assassin plutôt que de meurtrier… Oui… Au niveau de la peine ? Puisque la circonstance aggravante de l’antisémitisme ne peut rebasculer.

Est-ce que on pourra discuter d’une autre requalification… D’actes de torture et barbarie ayant entraîné la mort ? Ça peut se discuter. A un moment donné, le Juge d’Instruction rendra ce qu’on appelle un article 175. Une ordonnance où Elle expliquera que pour Elle l’instruction est close. Au Procureur et aux Parties d’adresser alors dans le délai imparti réquisitions ou observations. La juge aura-t-elle d’ici là suggéré des requalifications : Le temps de la justice n’est pas le temps des media Et heureusement d’ailleurs, finit-il.

Il s’occupe de l’Affaire Sarah Halimi avec Caroline Toby. Pour l’instant, Ils n’ont rien à communiquer : Quand On parle C’est qu’On a quelque chose à dire. Parler à tort et à travers ? La parole rare a plus de poids. Il faut parler quand on estime que quelque chose ne va pas. Moi, au travers du dialogue que j’ai eu avec la Juge d’instruction – c’est quand même elle qui décide donc c’est ce qui compte – je n’ai jamais douté que in fine Il serait mis en examen avec la circonstance aggravante de l’antisémitisme. Ce qui a été fait. Et mon but, c’est ça : C’est qu’il soit jugé pour ce qu’il a fait. Ça n’est pas d’aller agiter.

Il y a eu unanimité contre Elle. Si vous faites les Procès sur la place publique en mettant en cause la volonté du Juge, il ne faut pas vous attendre à ce que le Juge vous accueille à cœur joie. Je n’ai jamais eu de problème avec cette Juge. On a toujours parlé tranquillement. Elle sait que je n’instrumentalise pas. Au premier interrogatoire de la famille, Elle a dit aux enfants : Moi je voudrais m’attacher à ce qu’on connaisse mieux votre mère. Parce que c’est la victime. Alors On va parler de votre mère. C’est une bonne Juge. Elle sait que les fuites ne sont jamais venues de moi, que je n’ai jamais fait de déclaration à la presse. Qu’elle peut me parler en confiance. Qu’on peut échanger. Et que ça ne date pas d’hier.  

Contre la reconstitution

Elle sait que j’étais contre la reconstitution. Je ne l’ai pas demandée. Il me parle, agacé, de ceux qui firent appel puis se désistèrent du dit appel. Le bâtonnier dira que je ne suis pas confraternel…

Il y a eu une surenchère dans la dénonciation de l’inertie de la Juge Ihuellou. La reconstitution, c’est symbolique. Elle l’a refusée. Personne ne lui a objecté de bonnes raisons d’y avoir recours. Prouvant que tel point du dossier pourrait être éclairci grâce à une reconstitution.

Il me rappelle encore que Le mis en examen n’est pas obligé de s’y prêter en personne. Que selon Lui, Maître Bidnic, un bon avocat, n’aurait de toutes façons pas laissé son client s’y prêter. Qu’un policier aurait alors joué le rôle de Traoré en fonction de PV extrêmement faibles. Et conclut : Ça n’a aucun intérêt.

 Il revient sur ce mauvais procès fait selon lui à la Juge en charge du dossier : Y a des juges avec qui j’ai de mauvais rapports. Mais quand un Juge a le sentiment que les avocats sont davantage là pour leur publicité personnelle Et qu’au fond ils ne traitent pas le dossier, Oui Elle n’a pas forcément de l’estime pour eux. Quand la Juge découvre – C’est Bidnic qui le lui apprend – que DOC a été dans le passé l’avocat de Traoré, Elle a été correcte… Ça n’est pas Elle qui a sorti l’info sur celui qui ne cessait de lui faire la leçon…

Punchlines

Celui qu’au Palais on appelle le Szniper du Barreau décoche des punchlines. Il convient que oui, Il refuse de serrer la main à certains confrères : La lutte contre l’antisémitisme est une conviction, pas un fond de commerce. Quand j’étais Président de la Commission juridique de la LICRA, pour qu’on ne puisse pas dire que cet engagement militant je le faisais pour récupérer des dossiers, je ne me suis jamais désigné comme avocat de la LICRA. J’ai fixé ça en règle : Qu’en tant que Président, je ne me désignerais jamais. Et quand il y a eu l’Affaire Galliano, j’ai choisi Marion Stasi : Je n’ai pas plaidé moi-même. Et j’ai quitté la Présidence à cause de responsabilités politiques que je briguais, pour que ne fût pas dit qu’il y avait collision entre les responsabilités politiques que je pouvais obtenir et la LICRA.

Une profession de foi

Francis Szpiner me toucha lorsqu’il parla avec authenticité. Qu’il ajouta que Tout ça, C’était trop sérieux. C’était un vrai combat. Un combat difficile. Même notre PR n’était pas clair sur la question du communautarisme et sur celle de la laïcité. Tout ça nécessitait qu’au-delà des clivages politiques, les gens, quel que soit leur camp, s’ils sont républicains, n’oublient jamais que Sans la laïcité il n’y aurait pas de République. Que de la laïcité découlaient toutes nos libertés.

 Il revint encore sur ses chevaux de bataille. La pollution médiatique. Sa perplexité à l’encontre du MRAP et sa supposée bonne conscience. Sur le fait que critiquer Israël ne faisait de quiconque un antisémite Mais que certaines critiques de la politique israélienne étaient le paravent des antisémites.

 Notre entretien aboutit à une sorte de profession de foi… Le fait que, lorsqu’on est Partie Civile, On est au seul service de la victime. Laquelle veut la Vérité. Il revint sur son credo : J’ai été longtemps l’avocat de SOS Attentats. Nous avions toujours un principe : On ne s’invite pas chez les gens. Et quand par exemple le Préfet Erignac fut tué, de par nos statuts, nous pouvions parfaitement nous constituer Partie Civile. Ce que nous décidâmes de faire Si Et seulement Si Madame Erignac le souhaitait. Elle ne l’a pas souhaité : Nous avons respecté sa volonté. De même, lorsque Ruth Halimi dit qu’elle ne souhaitait pas qu’un avocat, au nom d’une association fantôme, se constituât Partie Civile, Je suis allé jusqu’à la Cour de Cassation. Je l’ai fait rejeter. Pour que rien ne se fît au mépris de la volonté de la famille.

Francis Szpiner convint que certes, certains crimes devenaient des symboles et dépassaient alors la seule famille : En ce sens que ça devient une affaire qui ne concerne plus que Eux. Mais De là à instrumentaliser, à s’approprier l’Affaire, ça n’est pas acceptable. A partir du moment où une famille me demande de la défendre, je ne confisque ni n’instrumentalise l’Affaire. L’Affaire d’Ilan Halimi, C’est resté l’Affaire de Ruth Halimi.

Je lui oppose que l’on pourrait avoir recours à la pédagogie si la presse était autre ? On peut toujours parler à l’intelligence des gens, me répond celui qui fut l’avocat de Dominique Baudis. Mais il faut pour cela des formats longs. Il esquisse une comparaison entre Public Sénat et BFM. Répond, lorsqu’une chaîne d’infos en continu lui demande de commenter l’affaire d’un autre, qu’il n’est pas Léon Zitrone : Ils veulent de l’info-spectacle et sensationnelle. La justice ça n’est pas ça. Je ne participe pas au traitement de la Justice-Spectacle.

Enfin… Si on m’avait dit que j’aurais demandé à ma fille de ne plus porter de maguen David, finit-il. M’expliquant ce sentiment né bien après l’Affaire Ilan Halimi : Les réseaux sociaux ont permis la libération de la parole antisémite. Mais ça n’est jamais trop tard…

Voilà. Francis Szpiner est loin de L’Image que certains aiment hâtivement dresser de Lui. Sur son compte Twitter, On le devine attristé par la mort, ce 9 octobre, du pénaliste Jean-Yves Liénard : Quand je les défends, je les aime, disait[5] l’avocat des parrains, caïds et autres voyous. Une autre fois, peut-être au gré d’une relecture, il citera Camus qui se désolait que Propagande ou Polémique aient remplacé le dialogue[6] et conclura : Et Il ne connaissait pas Twitter…

Sarah Cattan

[1] Le Figaro. 31 octobre 2018. Francis Szpiner.

[2] Juifs en pays arabes. Le grand déracinement. 1850-1875. Tallandier. 2013.

[3] Interview Le Figaro 23 janvier 2015. Le rapport fut remis en 2004.

[4] Inch’Alla, l’islamisation à visage découvert. Gérard Davet et Fabrice Lhomme. Fayard. 2018.

[5] Le Monde. Juillet 2012.

[6] L’Homme Révolté. Albert Camus. 1951.

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Un commentaire pour “Un Café avec… Maître Szpiner. Francis Szpiner nous dit… Par Sarah Cattan
  1. Grand merci, Sarah Cattan, de nous faire connaître – en long et en large – les points de vue de Maître Francis Szpiner sur la triste affaire de Sarah Halimi en particulier et sur les principes qui l’animent de façon générale lorsqu’il défend des justiciables quels qu’ils soient.
    Maître Szpiner est assurément un avocat de référence.

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