Pâques – Pessah ou le saut de Dieu, par Charles Baccouche

Dire le mot Pessah, c’est d’emblée entrer dans une belle agitation, en effet, le nettoyage de printemps réveil traditionnel dans le monde normal, prend dans les maisons juives des proportions monstrueuses.

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Les femmes ne dorment plus, les enfants sont ballotés d’une chambre à l’autre ou sont vivement invités à ne pas trainer dans les jambes des adultes, les hommes sont expulsés de leurs maisons et se retrouvent penauds dans des bistrots ou heureusement, la chaleur et la solidarité masculine, aidée par quelques boissons « d’hommes » leur rend des couleurs et un entrain admirable, anisettes, boukha, vodka !

Pendant ce temps, les femmes juives n’ont carrément plus la tête à elles, elles font, défont et refont les lits, secouent les matelas, les draps et couvertures cent fois, même si toute la literie est neuve, elles vident les tiroirs, tous les tiroirs, isolent la vaisselle quotidienne pour qu’elle ne pollue pas la vaisselle de pessah qui est encore rangée à l’abri de toute atteinte depuis l’année dernière. Tout ce qui a été nettoyé devient cacher, plus même, sacré pourrait on dire.

On lave les murs, et pour être sures, certaines n’hésitent pas à refaire les peintures. Mais le résultat évidemment, n’est jamais à la hauteur du but recherché, c’est-à-dire de chasser complètement la moindre miette de pain (hametz) qui naturellement, se fait un malin plaisir à se dissimuler dans les endroits les plus inattendus, par exemple (il n’en manque pas) sous le pied d’une chaise, pourtant étroitement surveillée et continuellement nettoyée comme tant d’autres endroits a priori innocents.

Pourtant, la femme, la mère de famille, l’épouse, bref le pilier de la famille, passe tout ce temps à épier et à poursuivre ces poussières résistantes, comme animées d’un malin plaisir à la faire enrager.

Enfin, arrive le soir de SEDER, une maison immaculée (ou presque parce que la mère n’est pas totalement sure qu’elle a vaincu la poussière et le hametz, deux adversaires de taille qu’elle combat sans répit) accueille la famille propre et nette dans ses habits de fête, enfin réintégrée après les tribulations du « Nettoyage de pâque »

Le seder en français: « ordonnancement » ou « mise en ordre », pas facile de rendre sa résonnance exacte, mais en fait, il s’agit du plateau sur lequel sont posés les éléments, chacun à sa place : L’os (agneau du sacrifice) l’eau salée, le harosset (dattes écrasée mêlées à du vin), les deux sortes de salades, l’une qu’on jette avec le mal par la fenêtre et l’autre qu’on mange avec la harosset entre deux matsot (le sandwich), trois grandes matsot et trois petites matsot, les unes servent aux bénédictions avant de manger les divers ingrédients et une autre pour fendre la mer en deux, pour laisser passer le peuple de l’Eternel qui sort de la servitude. Nous brisons cette matsa avec une aisance surprenante, pour que la cérémonie se déroule en grande pompe.

Une ou un volontaire se lève et soulève le plateau découvert, l’élève et le passe au dessus de la tête des convives tandis que l’on chante « hier nous nous étions esclaves, aujourd’hui nous sommes libres, l’année prochaine à Jérusalem … libres » Il est vrai qu’ainsi c’est un peu plat et que cela rend mieux en hébreu avec la mélodie en plus, alors imaginez l’ambiance! « Etmol ayinou avadim hayom bné horim… »

Ensuite, les enfants portant une serviette transformée en besace contenant un morceau de matsa, miment autour de la table, les hébreux transportant les lourdes pierres du pharaon bâtisseur de Pit’hom et Ramsès (avoda kacha, soit dur travail), bien sur, les adultes les flagellent sous les rires, alors que tous chantent « avadim aïnou lé pharo …. » ( Nous étions esclaves de Pharaon )

Puis le plateau est remis sur la table, avec son os sans qu’on sache exactement la raison, que le récitant de la hagada est sensé connaitre, mais ne soyons pas trop exigeants.

On avance dans la lecture de la hagada, c’est-à-dire de l’Histoire des hébreux qui sortent d’Egypte, la maison d’esclavage par « la main forte et le bras tendu » du Maitre des Mondes, multipliant les miracles et les prodiges qui font que « cette nuit est différente de toutes les autres nuits » et que nous les descendants de la génération du désert, nous la revivons en famille, avec nos amis, pris par le récit à en oublier la prière du matin, comme dit le texte qui entend les élèves allant secouer les maitres rabbins, pour les rappeler à la prière de chakhlit qu’on dit le matin.

Après les quatre verres de vins obligatoires, qui correspondent aux quatre fils du début, la maitresse de maison et ses aides, mues par un mystérieux signal se précipitent dans la cuisine alors qu’on enlève le plateau pour de bon cette fois, assiettes et couverts hyper cachérisés, se placent presque sans aide, devant chacun des convives, lorsque les plats odorants arrivent les uns derrières les autres.

Le repas un peu tardif, il faut comprendre, est un délice de viandes grillées et de succulents bouillons, de galettes pilées (matsot toujours matsot) qui se laissent déguster dans l’allégresse de la famille réunie.

Mais il faut après toutes ces nourritures terrestres, chanter le Hallel, alors là, sauf le lecteur et de rares courageux, alors là, il n’y a plus personne, les enfants se sont évaporés dans leurs rêves, et les adultes somnolent sur leurs sièges en accompagnant le psalmiste par de faibles « amen »

Mais bien avant le repas et le Hallel, il faut se pencher sur la lecture de la hagada

(Le récit) : C’est que ce n’est pas une petite affaire que la nuit de Pessah.

Dieu a passé au-dessus des maisons des hébreux, leur épargnant les plaies terribles qui s’abattent sur les Egyptiens: Les grenouilles, la vermine, l’eau de sang, les ténèbres, la grêle, les sauterelles, les bêtes sauvages, la mort du bétail, les pustules et la pire de toute, la mort des premiers nés égyptiens.

Pendant ce temps de déroute, il faisait bon vivre à Goshen sous la tente des hébreux, dans la lumière et la douceur du temps. Puis Pharaon cède et voilà le peuple esclave qui s’envole vers la liberté.

Pessah est la fête de la liberté découverte par un petit peuple opprimé depuis deux cents dix ans, conduit par le plus puissant des chefs, le Créateur lui-même.

En effet le nom de Moshé notre Maitre pourtant est prononcé une seule fois dans toute la hagada, il a fait pourtant un travail gigantesque, affrontant Pharaon, le plus grand roi et despote de son temps.

Nous apprenons que le peuple hébreu n’a pas d’autre maitre que l’Eternel, le Créateur de l’univers, qui est aussi le Dieu de l’Alliance personnelle avec les Patriarches Abraham, Ishak et Yaakov, et de l’Alliance collective avec le peuple hébreu qui réapprend qu’il est « son peuple ».

En d’autres termes, la nuit de pessah est l’enseignement pratique et renouvelé chaque année, de la naissance d’une Nation.

-Avant la sortie d’Egypte, une masse humaine écrasée de travail et de privations, se souvient vaguement des jours anciens qui virent ses pères découvrir le Dieu unique, au-dessus des étoiles des mers et des montagnes, au-delà du monde et de l’Univers. Ils connaissent encore dans leur misère, le «Très Haut »

Le Dieu d’Israël qui est le Dieu d’Abraham, le Dieu D’Ishak, le Dieu de Jacob se souvient d’eux et a entendu « qu’ils crient vers Moi » Il lui envoie Moshé et Aaron qui sont la Voix du Ciel chacun à sa façon et qui sera la même.

-Avec la sortie d’Egypte au milieu du feu, des fracas dans les cieux, du son du Shofar allant en grandissant, des Voix qui viennent de tous les cotés du ciel et que « l’on voit » la colonne de fumée le jour et la colonne de feu la nuit, c’est l’alliance la brith avec tout le peuple qui se constitue (Vous serez saints parce que je suis Saint, alors je serai votre Dieu et vous serez mon peuple)

C’est que la Transcendance infinie, scelle une alliance avec des créatures mortelles, ce qui à la fois un extraordinaire scandale et une merveille unique dans les temps des temps de l’infinie puissance divine.

La grandeur de Moshé a été de s’effacer de laisser le dialogue se poursuivre entre le peuple hébreu et l’Eternel, lui se limitant à transmettre la Parole de Dieu à l’Homme et la prière de l’Homme à Dieu.

Moshé s’efface devant la Loi qui prendra toute la place dans la vie nationale que les hébreux. sous sa conduite, ils bâtissent le tabernacle, qui a plus de prestige sous le nom de Michkan qui représente l’organisation nationale du peuple des hébreux qui en entrant dans la liberté, accepte la responsabilité d’un projet national original, puisque le don de la Thora par l’Eternel s’accompagne du don de la Terre d’Israël pour la sanctifier et, la sanctifiant, pour sanctifier le Monde en l’ouvrant à la Présence du Saint pour qu’il y réside.

En libérant son peuple petit et opprimé de l’esclavage d’Egypte, L’Eternel a sauté par-dessus les maisons des enfants d’Israël, et les a amenés à sauter dans l’Histoire de l’humanité, lui proposant l’immense projet de connaitre que le Monde a un Créateur qui s’en occupe par sa Loi de justice et de bonté sans laquelle, le Monde ne tiendrait pas même le temps d’un battement d’aile.

La fête de Pessah est l’une des trois fêtes (Shavouot et Souccot) du peuple d’Israël qui monte vers Jérusalem et peut s’approcher de la Shéhina, présence proche et lointaine d’Hachem qui inscrit le nom du Très Haut dans le cœur des juifs.

Charles Baccouche

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