La prière de Hanna, cœur de la prière juive, par Charles Baccouche

Le juif enveloppé de son Taleth se tient debout, droit, pieds joints, seules ses lèvres sont animées du mouvement des paroles silencieuses de la « AMIDA » dite le « Shmona esserei »

Ou les dix huit bénédictions.

publicitÉ


Il s’agit de l’essence même de sa présence à la synagogue, planté face au coffre saint, qui enferme les rouleaux de la loi, eux mêmes enveloppés de tissus choisis, pour protéger les lettres qui écrivent la vivante THORA.

Pour nous, la THORA renouvelle le récit de la création et la Loi à chaque instant, chaque matin, chaque midi, chaque soir du temps que l’Eternel ouvre pour le Monde subsiste.

Le jour de Rosh Hachana, date de la création de l’univers, on lit l’histoire de Hanna

Le même récit qui en fait, révèle les faces encore ignorées de notre Histoire dont la mémoire se déploie dans le futur comme dans le passé. Lorsque je parle je suis déjà dans le futur et ma parole se love immédiatement dans le passé.

Lorsque je te regarde je ne vois de toi qu’une image passée, et il me reste à découvrir ton devenir, pas facile !!!

 

Que vient faire Hanna dans cette drôle d’affaire ? Hanna est la mère de Shmouel Anavi, Samuel le Prophète, un prophète si grand qu’il se hisse quasiment au niveau de Moshé Rabinou, Moïse qui fut le seul à parler face à face avec l’Eternel, ni dans les rêves, ni par allusions ou par des inspirations, mais « Panim el Panim », « Face à Face » «comme un ami parle à son ami » dit la Thora, est le prophète de la sortie d’Egypte et de la liberté, le Porteur de la Loi.

Shmouel est le prophète de la conquête de la terre de Canaan, du pays des hébreux, qui sont le seul peuple au Monde qui est contraint de conquérir sa propre patrie.

(Cf. Manitou l’hébreu du 20ème siècle)

Shmouel est sévère et juste, il porte la Parole du Maitre du Monde et n’en dévie pas, il choisit contre sa propre conviction, un Roi pour Israël, à la demande expresse des Bné Israël que le Dieu du Ciel dans sa bonté suprême, leur accorde.

Shmouel leur dit que leur seul Roi règne au Ciel qu’il ne leur demande rien, ni impôts, ni soldats pour ses guerres, ni jeunes filles pour ses nuits royales.

Mais, ils veulent ces aveugles, être comme les autres peuples, ils veulent un Roi, que leur Dieu finalement leur concède, comme il a accordé la manne dans le désert, les colonnes de feu la nuit et de nuées le jour, les prodiges et les signes pendant quarante passés au Désert,

Cette concession se fait sous le contrôle vigilant et intègre de Shmouel,

Samuel est prophète mais il est aussi Nazir, c’est-à-dire qu’il est consacré à Dieu avant même sa naissance, il devra ni boire d’alcool, le fer de la lame ne touchera pas son visage et il agira selon la volonté souveraine de Dieu. Pourquoi cette vocation? Pourquoi cette grandeur et cette charge à vie pour Shmouel ?

C’est Hanna, une femme simple qui va sortir de sa routine de femme au foyer qui va lancer une révolution.

Hanna est mariée à un homme de bien Elkanna, et partage sa couche avec Pninna qui est plusieurs fois mère mais qui dédaigne Hanna femme aimée mais stérile.

L’histoire juive déborde de femmes aimées et stériles depuis Sarah épouse aimée et stérile d’Abraham, Rachel aimée de Jacob, stérile face à Léa tellement féconde qu’elle sera la mère de six tribus sur douze et enfantera Dinah.

Hanna n’a pas d’enfants et se désole même quand son mari lui répète pour la consoler :

«  Ne suis-je pas pour toi  comme dix enfants » Non, il n’est pas pour elle comme dix enfants, elle est une femme hébreu et ne mélange pas l’amour de son mari avec sa vocation de mère.

Il ressort de notre longue route dans le temps, que la stérilité est une épreuve que Dieu met sur la route des femmes vertueuses, pour que ces dernières en les surmontant, ouvrent de nouvelles voies à l’Histoire des hommes.

Sarah va donner naissance à Ishaak, le fils sauvé du glaive, qui «  Rira » plus tard, pas tout de suite, Il rira seulement lorsque les Hommes reconnaitront que le Monde a un Créateur et que ce créateur s’occupe de son monde par la voix de la Morale (Manitou), qu’ils reconnaitront enfin le droit de ce peuple Rira à être réuni dans le pays ou coulent le lait et le miel, le pays que Dieu a juré de donner à ses descendants, lorsqu’il vivra en paix au pays de ses pères.

Rahel va donner naissance à Joseph (Le Maitre des rêves) qui nourrira le Monde par son intelligence et sa sagesse, qui sera en fait le premier économiste, et justifie la dispersion du peuple juif dans le monde.

Un temps pour partir, un temps pour revenir.

La preuve est faite que ces femmes stériles, lorsqu’enfin elles enfantent, ouvrent les voies nouvelles à l’Histoire, lorsque celle-ci semble saturée.

Elles sont aussi le signe que l’Histoire a un sens et qu’une volonté supérieure la dirige, car Hanna sait d’instinct qu’un enfant ne se fait pas à deux, qu’il ne suffit pas qu’un homme et une femme se rencontrent dans l’intimité de leurs chairs pour qu’ils conçoivent un Petit.

Il faut une intervention d’en Haut, une bénédiction spéciale, une bonté divine pour que les cellules en fusion se transforment, pour que l’utérus de la femme devienne fécond.

N’est-il pas surprenant que le même mot en hébreu désigne la Bonté divine et l’Utérus,

«  REHEM » Utérus, Rahamanout (Bonté divine).

Sait-on qu’une femme enceinte est pour un hébreu « béréayon » traduire « en idée  »

« Elle est en l’idée d’enfant »

Hanna va à Shilo, haut lieu de sainteté avant que Shlomo le Roi de paix ne bâtisse le temple, A Shilo, officie Eli un grand prêtre et devant l’autel, pieds joints, Hanna murmure des paroles inaudibles, les larmes roulent sur son visage si bien que le vieux prêtre s’agace et la tance, il lui reproche de bouger les lèvres sans qu’aucun son ne les franchisse.

Le Prêtre lui dit « Tu es ivre ! Cesse de boire du vin! »

Non, Adoni… je n’ai bu ni vin ni alcool, j’ai épanché mon âme devant D.ieu…”

Elle réplique qu’elle s’est adressée à l’Eternel « si Tu donnes à Ta servante un enfant, je le consacrerai à D.ieu tous les jours de sa vie… »

Mais puisqu’elle priait sans paroles que sait-on de sa prière ?

Nos sages ont perçu que La prière de Hanna n’est pas une simple demande d’enfant, mais que dans la grande tradition juive, elle se tient droite devant l’Eternel et lui lance un défi :

« Tu m’as fait femme, tu m’as donné des seins, un ventre, un utérus (un Réhem), des organes féminins et tu m’interdis d’enfanter ? »

Le Dieu d’Israël aime que ses enfants lui résistent lorsqu’ils sont intègres (Tamim) Il donne raison à Hanna, et va exaucer son désir, mais Hanna a ajouté que si Dieu ouvre la porte de sa miséricorde, elle pour sa part, consacrera son enfant au Service de Dieu.

Or Dieu a toujours raison, ( Cf. André Néher) il fallait que cet enfant soit exceptionnel et qu’il soit consacré à Dieu par le Nézira, (qui est mise à part) Hanna voulait un enfant mais un enfant prophète. Sa volonté adhère alors à celle de L’Eternel.

Eli lui annonce que dans un an elle sera mère et que sa grossesse est bénie, elle donna le jour à Shmouel « demandé à Dieu » à « EL » Il grandi sous l’enseignement d’Eli et devint le plus grand des prophètes en Israël. Moïse fut le Prophète et le guide de la sortie d’exil, Shmouel inaugure la prophétie des Rois d’Israël au pays enfin occupé par son peuple.

Hanna qui n’était pas ingrate, remercie et chante la gloire du très Haut : (Samuel chapitre 2 1):

« Nul n’est saint comme l’Éternel;
Il n’y a point d’autre D.ieu que Toi;
Il n’y a point de rocher comme notre D.ieu.
Ne parlez plus avec tant de hauteur;

Que l’arrogance ne sorte plus de votre bouche;
Car l’Éternel est un D.ieu qui sait tout,
Et par Lui sont pesées toutes les actions.
L’Éternel fait mourir et fait vivre;
Il fait descendre au séjour des morts et Il en fait remonter.
L’Éternel fait le pauvre et Il fait le riche;
Il abaisse et Il élève.
Il retire le pauvre de la poussière,
Du fumier il relève le mendiant
Pour les faire asseoir parmi les princes,
Et Il leur donne en partage un trône de gloire »

La prière de Hanna est devenue la prière juive par excellence, car elle ne se contente pas de demander un enfant pour son plaisir, mais pour qu’elle participe à la sanctification du Nom, elle nous rappelle que « nous aimons L’Eternel notre Dieu, de toute notre cœur, de toute notre âme, de tout notre pouvoir »

Voilà que depuis les temps anciens nous devons la prière qui est « téfila » c’est-à-dire l’attachement de notre âme à l’Eternel, à Hanna.

La prière n’est pas une vaine demande, mais l’appel de la bénédiction divine sur nos familles, sur notre peuple, sur le Monde entier.

Il est des sages qui se limitent à honorer le Nom de Dieu et qui s’interdisent de demander quoique ce soit car sinon ce serait disent-ils, contester l’œuvre divine en demandant de la modifier par une demande personnelle.

Hanna nous apprend que ce que nous appelons la prière, est en fait, l’ouverture du dialogue du juif avec Dieu de l’échange amoureux, pour qu’Il fasse apparaître les éléments encore cachés de sa Création.

Dans nos synagogues, nous évoquons le « Chaaré Ratson » soit les « portes de sa volonté » Ratson est la volonté créatrice, la liberté riante qui est la joie du Créateur, renouvelant chaque jour sa Création, sans la changer mais en l’enrichissement des aspects encore tapis dans les limbes du l’avenir. C’est pourquoi nous lisons cette haftara, le jour de Ros hashana qui signe la création du Monde

Les Anciens textes nous rapportent que l’Eternel riait lorsqu’il créait le Monde, lors du Bérechitb Dans la joie, il a crée l’Univers,

Depuis, on raconte que «  celui qui siège dans les hauteurs, rit »

Il rit chaque fois que ses créatures le découvrent derrière les merveilles du Monde

Hanna ne prie pas, elle parle avec le cœur de son cœur son cœur, lorsqu’elle dit à Eli le grand Prêtre:

וָאֶשְׁפֹּךְ אֶת-נַפְשִׁי לִפְנֵי יְהוָה “J’ai versé mon âme devant HACHEM” Ou “ Je verserai mon âme devant HACHEM” (Il nous joue des tours le vav inversif)

Le juif est debout devant son Dieu, sans oublier l’avertissement inscrit au fronton de la Téba :  « Sache devant qui tu te tiens », il dialogue sans intermédiaire avec l’Eternel et l’Eternel l’écoute, comme écoutent « l’Armées des anges » les armées des Saints qui entourent le Trône de gloire.

Le Peuple d’Israël siège en bas, et sa prière juive monte, traverse les cieux des cieux et s’approche du Trône de l’Eternel, entouré de flammes et de nuées qui lentement se déchirent et laissent passer les rayons de la lumière du Saint qui siège dans les Hauteurs, et qui laisse ses vagues bonté s’étendre et consoler le Monde.

Par la grâce de Hanna, la lente musique des sphères sort des profondeurs du Ciel, fait vibrer l’âme juive et fait danser le Monde.

Celui qui tient l’Archet est le Maitre des Bénédictions.

Charles Baccouche

 

 

 

 

Tagués avec : , , , , , , , , ,
Publié dans Religion
Un commentaire pour “La prière de Hanna, cœur de la prière juive, par Charles Baccouche
  1. Benshalom dit :

    Shalom,

    J’ajouterais que Hanna c’est dans la mesure « qu’elle s’est vidée » de son désir d’enfant devant Hachem qu’elle a été exausée.
    On ne peut être rempli si nous sommes plein soit de nous-même ou de nos attentes, nous devons nous attendre à Hachem.
    Shalom à tous

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Tribune Juive, L’histoire continue…