Conflit du Proche Orient ? Lequel ? Par Kalman Schnur

Tout est dans la parole… Mal nommer les choses augmente le malheur du monde.

Voyons donc comment évolue l’appellation de la discorde principale, sinon unique, entre juifs et musulmans.

Pour la désigner on parlait jadis du « conflit du proche Orient » ; définition dont le Quai d’Orsay est toujours friand, tentant encore de pêcher en eaux troubles en présentant cela comme la source de tous les maux.

Israel-PalestineQue peut-on désigner ainsi actuellement ? Sinon la confrontation millénaire intra-musulmane entre chi’ites et sunnites, avec les chrétiens comme principales victimes collatérales, sans oublier les innombrables autres engeances belligérantes arabo-musulmanes qui y sont mêlées, tantôt victimes, tantôt bourreaux ?

Et pas de juifs dans l’équation….

On parlait jadis aussi du conflit « israélo-arabe ».

N’en déplaise au Quai tel n’est plus le cas. Un exemple parmi d’autres pour illustrer l’évolution sémantique : la célébrissime guerre « des 6 jours » de 1967 : Israël se trouvait face à 3 pays arabes : l’Egypte, la Syrie et la Jordanie.

Quid de la situation actuelle ? Deux des trois pays, l’Egypte et la Jordanie, ont signé des accords de paix avec Israël, échange d’ambassadeurs compris. Et ne nous laissons pas dire que c’est une « paix froide ». Certes mieux vaut une paix froide qu’une guerre chaude ; mais surtout, il existe une collaboration économique soutenue entre ces trois pays ; et évidemment une coordination militaire et sécuritaire étroite, peu médiatisée naturellement, au point de les rendre interdépendants.

A bien y regarder force est de reconnaitre que l’entente tripartite citée est bien plus active que celle qui existe entre de pays arabes voisins ; voir la méfiance qui règne au Maghreb et dans la péninsule arabique parmi ces «frères » qui se regardent en chiens de faïence par-delà les barbelés de leurs longues frontières communes.

Et le troisième, la Syrie ? Ce pays n’existe plus, sans qu’Israël ait quoi que ce soit à voir avec sa disparition. Et de notre vivant à tous nous ne le verrons pas renaitre ; pour de multiples raisons indéniables qu’il serait trop fastidieux d’énumérer ici.

Sans oublier que la paix tripartite fait tache d’huile. Sur fonds de craintes « iraniennes » Israël se trouve, certes officieusement, en position d’allié objectif du bloc sunnite ; d’où ses récents liens, toujours peu médiatisés, avec de monarchies de la péninsule arabique.

D’où le silence tonitruant israélien lors de la vente de « Rafale » français à l’Egypte et au Qatar, l’absence de toute véritable contestation, passés inaperçus dans la presse. A tort.

Ces évolutions et d’autres démontrent le rétrécissement du périmètre du « conflit ». Le « conflit général » dit « du Proche Orient » a perdu en périmètre pour devenir « israélo-arabe » pour encore perdre en périmètre et en intensité pour devenir « israélo-palestinien ».

Et le périmètre continu à se rétrécir vu l’animosité intra-palestinienne et l’enchevêtrement désormais inextricable des économies (Israël, Gaza et l’AP) qui transforment la viabilité d’un Etat Palestinien réellement souverain en chimère.

Rendons nous compte que désormais les frères ennemis à Gaza et à Ramallah n’ont qu’Israël pour trait d’union et pour rempart contre l’invraisemblable chaos qui menace de balayer le monde arabo-musulman si ce n’est déjà fait.

Qu’au fonds de leurs cœurs ils sont de plus en plus nombreux à voir la Jordanie, pays à majorité palestinienne, vaciller, à constater le sort réservé à la Syrie, à l’Iraq, à la Lybie, au Yémen, bientôt au Liban voire à la Tunisie (liste hélas tout sauf exhaustive) ; à commencer à avoir l’idée d’indépendance en horreur et privilégier celle d’une autonomie limitée sous le parapluie israélien.

La question d’un Etat Palestinien réellement souverain est en voie d’obsolescence ; encore un petit rétrécissement du périmètre sémantique et on n’en parlera plus.

Kalman Schnur

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Publié dans Proche-Orient

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