Serge Hajdenberg, une vie de militant. Un mensch, par Sarah Cattan

Serge Hajdenberg, c’est pas un people. Que c’est rassurant et que ça fait du bien lorsque, Lecteur, voulant rencontrer L’Homme qui est derrière La Voix qui te livre chaque vendredi un édito Une analyse percutants, tu vas sur le net, et … Tu trouves … rien. Enfin, si ! Serge Hajdenberg est dans le Who’sWho…   Il a juste 40 ans lorsque, en 1981, il fonde avec des militants du Renouveau Juif Radio J dont il devient le Président. Ça, c’est parallèlement à d’autres fonctions : Serge Hajdenberg, il a plusieurs casquettes. Il gère pendant un temps une maison d’éditions, puis un groupe immobilier. Nous, bien sûr, c’est le journaliste qui nous intéresse. Radio J ? Tout le monde connaît. Pour les Nuls, Radio J est la 1ère radio juive de France. Elle commença à émettre le 17 juin 1981 à 22 heures. Ses premiers animateurs furent, outre Serge Hajdenberg son Président, désigné à ce poste par les membres du Renouveau Juif, Suzy Hajdenberg, Jean-Michel et Yves Sokol, Guy Rozanowicz, Jacqueline Frydman ex Klugman. C’était alors un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Le monopole d’État régnait sur les ondes françaises. Au moment où les 4 radios juives pirates durent se regrouper sur la même fréquence, Radio J avait à elle seule 4 fois plus d’auditeurs que les 3 autres radios réunies[1]. Radio J, qui émet sur 94,8 MHz en FM et partage sa fréquence avec Radio Shalom, Judaïques FM et RCJ, se lève tôt. De 4 h 30 à 8 h et 14 h à 16 h 30, les émissions de la Station, qui se positionne strictement au centre de l’échiquier politique et revendique son indépendance, reposent sur l’information et le politique, la culture et le cultuel. L’information communautaire juive et l’information sur le Proche-Orient occupent la plus grande partie de ses journaux. Son émission dominicale, le Forum Radio J, est une des 3 émissions politiques nationales les plus suivies du week-end et est reprise régulièrement par la presse. Les principaux dirigeants du pays, majorité ou opposition, y sont régulièrement reçus. De même, les responsables politiques et analystes politiques israéliens de tous bords, sont interviewés soit dans des émissions régulières, soit dans des journaux selon l’actualité. Le rédacteur en Chef d’IsraelValley y anime depuis plus de cinq ans, le lundi matin, une chronique hightech. Haïm Sitruk, ancien grand rabbin de France, y tenait chronique hebdomadaire le vendredi. Tous les lundis, depuis des années, Serge Hajdenberg a un invité israélien et chaque vendredi, il nous livre un édito pointu. Je ne vais pas vous filer la grille de Radio J mais en qualité d’invitée comme en qualité d’auditeur, j’aime la modernité de la station, son Forum politique, son traitement de l’information sans concession, son soutien inconditionnel à Israël… Un peu comme Tribune juive LOL Dans la partie culturelle, les judéo-langues tiennent une part importante avec une émission en yiddish, une en judéo-espagnol et une en judéo-arabe. Enfin, les émissions cultuelles juives sont surtout orientées vers l’initiation et la connaissance des traditions. Radio J, association à but non lucratif, compte une dizaine de salariés et une quarantaine de bénévoles et ses revenus sont assurés à 95 % par la publicité. Les dirigeants, tous parisiens, sont totalement bénévoles.

Serge Hajdenberg, il n’hésite pas à se positionner : clairement. Sans ambages.

Serge Hajdenberg, il n’hésite pas à se positionner : clairement. Sans ambages. Au lendemain du débat qui opposa Emmanuel Macron et Marine Le Pen, le journaliste n’hésita pas à évoquer l’incapacité intellectuelle de Marine Le PEN d’être au niveau du débat pour devenir présidente de notre République et diriger une équipe de soudards à la tête de la France, à parler d’une femme qui partait à la dérive, et, pour ne pas couler, s’accrochait à des radeaux crevés qui se dégonflaient lentement au point de la rendre un peu folle voyant la noyade approchée. Il dénonça que la candidate eût pu avoir dans son entourage des hommes et des femmes qui, encore en 2017, défendaient des thèmes négationnistes avec les arguments les plus pitoyables et qu’elle pût, après les dénis d’un Laval, d’un Pétain ou d’un Brasillach, tenter de cacher sous ses panneaux électoraux les fêtards de la collaboration. Serge Hajdenberg concéda que la partie la plus importante du fonds de commerce de celle que j’appelle depuis le débat La mégère était sa lutte contre l’islam. Mais intelligemment il analysa ensuite la stratégie frontiste qui se prétendait laïque et enjoignait … les Juifs à de menus sacrifices : rien, presque rien… Renoncez juste au port de la kippa et puis, tant qu’à faire, cessez de pratiquer votre abattage traditionnel. Et puis oui… Juste un petit sacrifice de Rien du tout Rien du tout : Cessez de faire souffrir vos garçons avec la pratique barbare de la circoncision. Elle nous l’avait bien énervé, notre éditorialiste, qui mouilla la chemise devant ce grand danger et demanda de voter MACRON, o-bli-ga-toi-rement.

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Serge Hajdenberg, un lanceur d’alertes

Regardez les dates. Voyez comme déjà, en 2010, il avait tout compris : Dans son édito du 2 juin 2010, à 7 h 45, Serge Hajdenberg annonçait la naissance d’une nouvelle espèce : l’humaniste-terroriste. Plus beau qu’un louis d’or, Miss Monde ou le gagnant de l’Eurovision, tout le monde l’aimait, tout le monde l’adorait : il ne fallait pas lui faire de mal, à ce nouveau veau d’or. Il fallait l’aider à croître et à se multiplier : Comment osez-vous même tenter de l’empêcher d’accomplir sa noble mission : détruire Israël et jeter ses habitants juifs à la mer et par la même occasion les druzes et les chrétiens avec. Le fin analyste avait bien sûr tout saisi. Ne nous disait-il pas : Humano-terroristes de tous les pays, unissez-vous, manifestez de toutes vos forces, utilisez la démocratie, Internet et votre fric pour essayer de détruire la barrière de sécurité, cette saloperie qui vous empêche d’assassiner les israéliens. C’est devenu insupportable, vous ne pouvez plus tuer tranquillement. Elle était partie, la courageuse diatribe contre le club d’amis du nouveau-né :

  • Les russes qui avaient tué la moitié de la population tchétchène, et qui en étaient aux finitions.

 

  • Les anglais, éternels donneurs de leçons, qui avaient pendu en Palestine des résistants juifs quand ils ne réussirent pas à noyer ceux dont ils repoussaient les flottilles de rescapés miraculés des camps d’extermination épargnés. Par négligence ou hasard.

 

  • Mais aussi les turcs, les plus forts, eux qui avaient inauguré les grands massacres du 20 ème siècle avec ce million et demi d’arméniens et qui regrettaient de n’avoir pu continuer avec les kurdes : leur fierté était blessée, titrait déjà Libé.

Et Serge Hajdenberg terminait par la France, à laquelle il demandait à quel titre celle-là aussi donnait des leçons, enjoignant Israël à un peu plus de modération face au terrorisme de Sdérot ou Kyriat Schmona. Et il maniait l’ironie, arme redoutable, se livrant à ce calcul improbable qui ferait qu’enfin l’Etat hébreu serait en règle, se battant enfin avec des moyens …proportionnés, l’éditorialiste pointant in fine, dans un réquisitoire sans appel, ceux qui désignaient déjà les coupables, coupables de s’opposer aux pseudos humanistes mais réels terroristes.

La Serge Hajdenberg Touch

Serge Hajdenberg, il dénonça aussi, très vite, très tôt, l’emploi dévoyé et malhonnête de ce lexique médiatique qui nommait protestataires ou manifestants les haineux qui participaient aux manifs anti-israéliennes. Il fut un des premiers. Le 3 juin 2016, il croisa le fer au sujet de la place de l’homosexualité dans notre milieu communautaire. Haïm Sitruk, ancien grand rabbin de France, venait de déplorer, dans sa chronique hebdomadaire du vendredi, l’homosexualité et la Gay Pride à Tel Aviv. Une polémique bien sûr s’en suivit, mêlant postures politiquement correctes, hypocrisie, crainte de s’aliéner un lobby particulièrement actif dans les milieux politiques et médiatiques, ignorance du judaïsme, silence rabbinique, mépris pour l’altérité, et tutti quanti. Radio J s’honora à inviter le Beit Haverim à l’occasion du quarantenaire de sa création, Serge Hajdenberg expliquant que s’il laissait toute liberté à l’ex-grand rabbin de France, il se désolidarisait des propos tenus le 3 juin 2016 et d’ailleurs les condamnait : Le propre du journalisme, dit-il, c’est d’autoriser des opinions différentes dans le cadre de la loi. Et l’ancien grand rabbin de France Joseph Haïm Sitruk a le droit de ne pas être politiquement correct, et de rappeler la position du judaïsme orthodoxe. La chronique disparut du site. Grâce à cette décision courageuse et claire, on ne put plus entendre que la Torah considérait l’homosexualité comme une abomination et un échec de l’Humanité, et que la Gay Pride de Tel-Aviv, qui rabaissait au rang le plus vil Israël, n’était rien qu’une initiative de tentative d’extermination morale de son peuple.

Serge Hajdenberg, il est sur tous les fronts

Au soir de l’anniversaire de la Station, ce 23 novembre 2016, le Président revint sur la montée des périls qui touchaient l’Europe et le monde juif. C’est que Serge Hajdenberg, il est sur tous les fronts : de l’affaire des caricatures à la célébration de la date anniversaire de la mort d’Ilan Halimi. Le 7 janvier 2018, il s’engagea donc en toute logique dans un lent combat pour que soient changées ces plaques commémoratives d’attentats qui ne nommaient pas les choses. Il en est des plaques commémoratives comme des hommes : leurs textes et leurs paroles sont à géométrie variable. Dans quelques années nos descendants pourront les lire sans prendre le risque de verser une larme car elles ne voudront pratiquement rien dire. Allez voir rue des Rosiers a face de l’ancien restaurant Goldenberg la plaque apposée qui rappelle que les noms gravés dans le marbre ont été assassinés par les nazis et ce uniquement parce qu’ils étaient Juifs et, ce, dans les années 42-44, avec la complicité du Gouvernement de Vichy. Voilà : tout l’essentiel est dit et malheureusement on comprend de ce dont il s’agit. Allez voir maintenant la plaque du Bataclan. 3 lignes. En mémoire des victimes assassinées et blessées en ces lieux le 13 novembre 2015. Pas un mot de plus. Vous ne saurez donc pas combien de morts, combien de blessés, pourtant très, très nombreux. Vous ne saurez pas qu’ils étaient des victimes du terrorisme et j’insiste : du terrorisme djihadiste. Voilà : c’est ça, la Serge Hajdenberg Touch : Mais où vivons-nous, dans quelle société pour nous ridiculiser ainsi ? Et, évoquant la mise à mort de l’équipe de Charlie Hebdo, il lança une punchline pour dénoncer que les plaques ne mentionnassent pas les assassins: Incroyable ! Charlie Hebdo nous avait habitués à mieux. Enfin, concernant le magasin Hypercacher, il balança : vous apprendrez que ce fut un attentat antisémite et terroriste mais là non plus, vous ne saurez pas qui l’aura perpétré. Aucun djihadiste à l’horizon.

http://dai.ly/xnmhel

https://youtu.be/Htbxmhvxy3c

Une mémoire du militantisme

Tu vois à présent, Lecteur, que Serge Hajdenberg ne peut être réduit qu’au seul homme de Radio. Cette mémoire du militantisme fut le Président de la jeunesse de la LICA alors présidée par Jean-Pierre Bloch. Il fut des combats des Klarsfeld avec un séjour dans les prisons allemandes. Il fut encore l’organisateur des premiers groupes de sécurité de la communauté. Il fut un des animateurs qui créèrent Les 12 heures pour Israël, manifestation publique lancée par le Renouveau juif fondé par les frères Hajdenberg et qui rassembla jusqu’à 150 000 personnes pour sa dernière édition, Porte de Pantin  Je me demande si on ne doit pas à ce mensch le moment où fut rompue la diplomatie des petits fours chère aux notables des Institutions et peut-être, aussi, ce temps où les Juifs n’eurent plus honte de leur nom[2]. C’est qu’en effet j’ai senti très fort combien, derrière le journaliste, l’Homme était respecté mais aussi aimé : il subit un jour une greffe du cœur et ce combat-là aussi, Serge Hajdenberg, avec une vaillance qui força l’admiration de tous, le mena : Je crois que c’est là que j’appris à le découvrir un peu, lorsque son ami Yves Sokol me donnait des nouvelles du Lion et que je pus mesurer la volonté inhérente à une telle rééducation.

Le Who’s Who, la classe !

Serge Hajdenberg, tu sais quoi, Lecteur ? Il est au Who’s Who depuis 2007 : Le fils de Joseph Hajdenberg, confectionneur, et de Mme, née Macha Melcer, eut 4 enfants de son épouse Suzanne. Ce diplômé de l’Ecole commerciale de jeunes gens de la Chambre de commerce de Paris et de l’Ecole d’organisation scientifique du travail, outre la carrière que l’on sait, trouva le temps d’écrire pour 4-5-6 Editions des textes que d’autres illustrèrent. Ce collectionneur d’affiches politiques s’intéresse au jazz, bien sûr à la presse et quelque chose me dit qu’il suit avec entrain le mondial de foot. Aujourd’hui où nombreux nous nous interrogeons, avec Jacques Tarnero, sur l’illusion d’une communauté juive, aujourd’hui où j’ai moi-même assimilé certains dirigeants aux Juifs de cour qui oublièrent de se positionner sans réserve aux côtés d’un Georges Bensoussan, je dis Total Respect à Serge Hajdenberg. Comme elle convient à ce mensch, cette définition de notre métier, énoncée par Albert Londres : Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. Et comme elle prend son sens, la remise qui lui sera faite, ce 25 juillet, par Serge Klarsfeld, de la Légion d’honneur.

Sarah Cattan

[1] Sondage de Tribune juive.

[2] Le Juif imaginaire. Alain Finkielkraut.

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Un commentaire pour “Serge Hajdenberg, une vie de militant. Un mensch, par Sarah Cattan
  1. n dit :

    N’importe nawak !!! pour les chiffres d’audience, chacun sait qu’ils n’ont jamais pu être calculés pour la fréquence juive qui ne fait pas partie des études Mediametrie…
    Et chacun sait bien que Frigidaire est une meilleure marque que les concurrents !!!

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