Mes kurdes, nos kurdes, notre remord à jamais, par Sarah Cattan

Kurdes. Comme des lâches, nous tournâmes tous la tête. Kurdes. Pardonnez nos lâchetés. Nos indignations sélectives.

Afrin. Lecteur, Imagine. Tu te retrouves immobilisé. En diète de news. Lorsque t’es un peu mieux, celui qui t’aime t’aura mis en sourdine cette radio, tu sais. Même que la nuit parfois un morceau vient t’éblouir Te déchirer l’âme. Que tout ça est ponctué de ces bouts de riens du tout. La Neige, the new white terroriste. Les aventures du petit Nicolas. Toi tu traduis Ushuaïa. Que t’as même pas envie de les savoir. Que tu te dis que t’aimerais pas y écrire dans Ebdo le media tout pourri Qui s’honore pas à propager la rumeur La rumeur. Le hashtag tout pourri Balancetonporc. Les News quoi. Les JO…  Evidemment qu’ils n’en diraient rien de la conversion forcée en Corée.

Et toi là dans la nuit tu te disais que t’étais un peu comme eux. Afrin. Est-ce que Toi t’en avais parlé Ben non. Et ton journal Ben lui non plus. Et Tu pourras jamais prétendre un je ne savais pas. De mot d’excuses T’en as même pas l’ombre d’un. Certes Mohamed Louizi. Certes Bensoussan. Mais Afrin. Au nord-ouest de la Syrie.

Afrin. Qui hante tes nuits. 

Ce fut Toi, Alain Attal, qui ce matin-là décrivis ta colère froide dans laquelle je me reconnus. Précis tel le scalpel doit l’être. Disant l’heure : 04h08. Que les F15  les F16 bombardaient Afrin. Tu précisas, pour ceux qui sauraient pas :  Vous savez, la Turquie, qui fait partie de l’Otan ? Et tu nous écrivis que Honte à nous tous qui pendant ce temps détournions les yeux. Tu nous rappelas la trouille. Celle de Chamberlain. Celle de Daladier, en 1938, lorsque Hitler envahit la Tchécoslovaquie. Tu osas à raison la comparaison avec celle de Macron aujourd’hui : La même peur, ne vous inquiétez pas, un jour ce sera la Grèce, et encore nous ne dirons rien, pourvu que nous continuions à acheter du Nutella. Il n’y a pas dans ce putain de pays, celui de Jean Moulin, une femme, un homme, qui dira avec force que les Kurdes Syriens nous ont protégés avec le sang de leurs combattantes, celles, rappelez-vous, que nous vîmes à la Une de Paris Match. Du Point. De L’Express. Et tu concluais, glacial : Honte à nous. Tranquillou. Super. Plus d’attentats. Aucun merci à ces kurdes, qui ont empêché de nouveaux massacres. Rien. Quand De Gaulle disait que nous étions des veaux, je ne suis pas loin de le croire. 

En même temps, Le Figaro nous faisait savoir que le PR se disait rassuré par la Turquie concernant la nature de l’offensive militaire en cours contre les Kurdes dans la région d’Afrin en Syrie. Rassuré. Je ne retire rien, précisa-t-il lors d’une conférence de presse à Tunis : Je note que la réaction du Ministre des Affaires étrangères turc signifie sans doute qu’il ne s’agit rien d’autre que de la sécurisation des frontières et que la Turquie n’entend pas aller plus loin que les positions qu’elle occupe aujourd’hui, ni rester durablement dans la région.

Toi, t’as honte.

Même si en même temps, le PR il avait mis en garde son homologue Recep Tayyip Erdogan contre toute tentative d’invasion du nord-ouest de la Syrie, où l’armée turque combattait depuis le 20 janvier la milice kurde YPG, et s’il avait appelé Ankara à se coordonner avec l’Europe et ses alliés.

Même que Mevlüt Cavusoglu, le chef de la diplomatie turque, avait pas bien apprécié ces propos qu’il comprit comme des insultes. Vu que cette opération, qu’il disait, eux la menaient en accord avec le droit international. Que eux, ils usaient de leur droit à la légitime défense. En accord avec les décisions du Conseil de sécurité de l’ONU : il ne s’agissait pas d’une invasion. Ben non : si on te dit que c’est une opération ? Tu comprends pas ? Essaie. Ou alors bouuuuuuuge .

Essaie de suivre : la Turquie est colère, elle qui considère les YPG comme une émanation du PKK, en lutte depuis 1984 contre le gouvernement d’Ankara. Le PKK, que la Turquie considère comme une organisation terroriste. Les Etats-Unis et l’Union européenne aussi.

Sauf que. Sauf que là, t’as la France et les Etats-Unis qui, du bout des lèvres, plus que timidement, faisaient mine de soutenir les YPG, ces miliciens kurdes des Unités de protection du peuple, face aux djihadistes du groupe EI en Syrie.

T’y retrouves-tu ? Je sais, c’est pas évident, tant le dit soutien, il ressemble à rien. Eldar Khalil, vétéran de la rébellion kurde, nous expliqua, de passage à Paris dans le cadre d’une tournée européenne d’explication de la cause kurde, que les Kurdes faisaient partie intégrante du territoire syrien et exhorta en conséquence Damas à intervenir contre Ankara, qu’il accusait Ankara de collusion avec les djihadistes de Daech : Alors que la guerre contre Daech en Syrie était presque terminée, Erdogan vient au secours de Daech pour nous attaquer, dénonçait-il.

On n’était pas nombreux à l’invitation de la représentation des Kurdes syriens à Paris. Une guerre atroce nous est livrée, résuma Eldar Khalil, accusant l’aviation et l’artillerie d’Ankara, appuyées par des rebelles syriens anti-Assad, de mener des frappes contre civils, écoles et hôpitaux, tout ça autour d’Afrin, ajoutant que Jaidaris par exemple était décimé. Comme d’autres villages souvent peuplés de Yézidis.  

Le bilan s’alourdissait. L’Observatoire syrien des droits de l’Homme pointait la visite, près du front, du tyran. Lequel promettait de mener à terme cette offensive. Cette opération quoi.

Voilà où on en était. Alors qu’ils mènent en même temps sans répit la guerre contre Daech sur le front de Der Ezzor, plus à l’est, les combattants kurdes doivent désormais se mobiliser contre l’ennemi turc à Afrine : L’agression turque met en danger les opérations de libération contre Daech, martelait Eldar Khalil pour que ces sourds entendent un soupçon du désastre. Pour qu’ils ouvrent les yeux. Ne détournent pas le regard.

Nous faisons partie intégrante du territoire syrien, plaidait Eldar Khalil, en écho de quoi Othmane al-Cheikh Issa, coprésident du Conseil exécutif de l’enclave kurde d’Afrine, exhortait l‘État syrien, avec tous les moyens qu’il avait, à faire face à cette agression et déclarer qu’il ne permettrait pas aux avions turcs de survoler l’espace aérien syrien.

Qui lui prêta oreille à Paris ?

François Hollande, ami de la cause kurde, nous dit-on . Et puis aussi de hautes autorités. Toi t’essaies de traduire. Non il n’était pas déçu, te répondait-il, par la réaction assez tiède de Paris face à l’offensive turque : Les Français ont promis de faire des efforts pour que les combats cessent, finit-il, non sans répéter à l’assistance qu’il s’agissait bien d’une alliance commune contre Daech et sans déplorer que toutes les puissances de la coalition internationale contre Daech, conduite par les États-Unis, ne renforcent pas davantage leurs positions contre la Turquie.

Toi tu bronchais pas. Mal à l’aise que t’étais. Tu te demandais si ses alliés américains n’étaient pas en train de négocier dans le dos des Kurdes la cession d’Afrin à la Turquie en échange du déploiement autorisé par Ankara d’une force de 30.000 garde-frontières formée par les États-Unis.

Et là, il te répondait  plus, Eldar Khalil, convaincu qu’il était que l’offensive turque ne s’arrêterait pas à Afrin et se poursuivrait plus à l’ouest vers Manbij: Manbij est menacé. Si le projet turc aboutit, le plan de la coalition anti-Daech s’effondrera.

Ça sonnait comme une menace. Non Plutôt une mise en garde.

Pendant que toi tu pensais Sens de l’honneur. Valeur de la Parole donnée, les media titraient pudiquement Inquiétude après l’offensive turque contre les Kurdes en Syrie. C’était ça : Tu t’inquiétais. Et puis tu continuais ta life.

Bon c’est vrai y avait des images. Tu te disais ça craint grave. Puis tu faisais comme tous. Ou presque tous. T’avais qu’à pas les regarder. Tourner la page. Alors on leur fait quoi à nos potes à dîner ce soir ? Une raclette encore ? Tu crois ? C’est sûr c’est pratique. Ça laisse l’opportunité de rester à table. On parlera … d’Afrine. Mais non… J’rigoooole. Viens dîner. Aie pas peur. Moi aussi je suis lâche. Pile poil comme toi. 

C’est qu’elles finissaient par être de mauvais goût, ces images qui revenaient obstinément. Combats à Afrine. Ankara avait même baptisé son opération. Rameau d’olivier que ça s’appelait. L’armée turque avait franchi la frontière.

L’armée turque encercle Afrin.

Et là, Tu la sais la chanson : A la demande de Paris le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra lundi des consultations sur la situation en Syrie. C’est que Recep Erdogan, il espérait conclure en très peu de temps la dite opération.  Qui commençait à se voir. A susciter l’inquiétude de nombreuses capitales. Paraît-il. 

Dans ton cerveau ça s’éclaircit : des trois territoires du nord de la Syrie contrôlés par les Kurdes, Afrine, Kobané et Djézhiré, Afrine, c’était un front ouvert dans la guerre en Syrie. Un front qui opposait la Turquie, membre de l’OTAN, aux Kurdes des YPG ou Unités de protection du peuple, le bras armé du PYD, Parti de l’Union démocratique, qui contrôle les territoires kurdes au nord de la Syrie et par conséquent une large part de la frontière. Ankara, tout logiquement, souhaitait sécuriser sa frontière. Alors accuser le PYD d’être la branche syrienne du PKK, Parti des travailleurs du Kurdistan, formation séparatiste kurde de Turquie, ça l’faisait.

C’était parti : ils tombaient, les communiqués. L’artillerie d’Ankara pilonnait sec et touchait des terroristes. Des civils, répondait l’écho. Après Afrine, ce serait Manbij, ajoutait le dictateur, dont le projet était de débarrasser le pays jusqu’à la frontière irakienne de cette croûte de terreur qui essayait  de les assiéger, qu’il disait.

Croyez-vous que tout ça, ça gênât aux entournures ceux qui, alliés à Ankara dans le cadre de l’OTAN, soutenaient les Kurdes dans le cadre de la lutte contre Daech. Ceux-là qui osaient user d’un lexique mal approprié, exhortant la Turquie à faire preuve de retenue. En somme, faites-la vite fait, votre guerre, et qu’on passe à autre chose. Aux affaires courantes, quoi. Déconnez pas, les mecs.

Cas de conscience quand même. C’est que les Kurdes, ils avaient fichtrement aidé dans la guerre contre les djihadistes de l’État islamique. Raqqa. Déjà zappé ? Et pourtant ! Raqqa ! C’était quand même un peu la honte, non ? 

What a balagan.

Et qu’on invite Verisk Maplecroft. Que avec un nom comme ça, il pouvait être que analyste d’un cabinet de consultants en risques. En même temps, les développements en cours dans l’enclave kurde d’Afrine se poursuivent. Normal ! Puisque en face de ceux qui veulent revenir à l’essentiel, la lutte contre le terrorisme, t’as les autres, qui compatissent et embrassent l’intérêt légitime de la Turquie à assurer la sécurité de ses frontières.

What a balagan. Bachar affirme qu’Ankara soutient des groupes extrémistes[1], et son armée, aidée par l’aviation russe et aussi par l’Iran, avance et reprend le contrôle de bases aériennes perdues. Elle veut, après Alep, la peau du fief d’Al-Qaïda.

Mais les Kurdes. Eux, ils la paient cher, la résistance à l’offensive turque et la guerre frontale aux islamistes. Tous appelés à prendre les armes pour défendre Afrine. Et pas que. Volontaires de tous pays. Qui aviez combattu à Raqqa notamment. Tous invités à prêter main forte aux kurdes qui avaient déjà payé le tribut que l’on sait dans la lutte contre Daesh. Cette résistance kurde que notre PR et ses amis européens qualifient de terroriste.

En même temps, t’as le porte parole des FDS, Gabriel Qilo, qui adresse aux chrétiens un appel à l’aide urgent pour Afrin, leur rappelant comment, avec leurs alliés kurdes et arabes depuis 2013, avec les Etats-Unis et la Coalition Internationale, lui et les siens ont vaincu Isis et combien cette victoire est garante  de la sécurité de tous. Il rappelle que Afrin est l’une des trois régions composant la dite Fédération Démocratique et qu’existent là-bas des églises pour les Kurdes et les Arabes qui se sont convertis au christianisme : Nous avons vaincu Isis, nous avons apporté la Liberté, nous avons souffert et nous avons gagné. Nous avons sacrifié des milliers de martyrs. Et maintenant, la Turquie nous attaque, avec l’aide d’Al-Qaïda et d’autres extrémistes islamistes, rappelle-t-il.

La honte pour nous qui savons que c’est vrai.

Il ajoute : Allez-vous vous taire maintenant que la Turquie nous attaque ? Allez-vous permettre que nous soyons tués par Al-Qaïda ? Ou bien allez-vous vous dresser avec nous et dire à vos gouvernements que la Turquie doit cesser immédiatement son action ? Priez pour nous, mais, je vous en supplie, ne vous contentez pas de prier. Dites à vos parlementaires, dites à vos Premiers Ministres ou Présidents que cette attaque contre la Liberté doit cesser.

La honte pour nous qui savons qu’il dit vrai.

Erdogan tente de parachever le génocide des Chrétiens, dont 2 millions furent mis à mort dans l’Empire Ottoman en 1915.

La honte pour nous qui savons qu’il dit vrai.

Nous croyons que notre Liberté est votre Liberté. Je vous en supplie, soutenez-nous.

La honte pour nous qui ne faisons rien.

L’écrivain Patrice Franceschi met en garde contre l’inaction de la Nation face à l’intervention turque sur les Kurdes en Syrie : c’est la sécurité des Français qui est en jeu, le djihadisme pourrait bien se réinstaller. Ne pas s’élever contre l’intervention turque est une faute morale et politique.

Pourquoi ce silence complice devant la politique de désinformation de la Turquie, qui traite les Kurdes de terroristes, ce régime inspiré des Frères musulmans qui craint moins les islamistes, auxquels il n’a cessé d’apporter de l’aide, qu’il ne déteste les Kurdes, nos alliés dans la guerre contre le terrorisme.

Comment comprendre ce silence face à l’invasion turco-islamiste.

Des voix s’élèvent. Inaudibles. Parlant de faute morale impardonnable. Du prix qu’un jour nous aurions à payer pour notre lâcheté insigne. Après avoir reçu à l’Élysée les Kurdes de Syrie, vainqueurs à Kobané, les lâcher donc ? Les kurdes. Qui doivent dégarnir leur front contre Daech pour faire face aux exactions turco-islamistes à Afrine. Se taire ? Regarder ces femmes, combattantes kurdes, se faire torturer, éventrer, savoir qu’ils tranchent les seins ? Nous sommes déjà comptables devant l’Histoire. Pour abandon des Kurdes de Syrie qui étaient en train de bâtir une société démocratique respectueuse de pluralisme ethnique et confessionnel et de l’égalité entre les hommes et les femmes.

Kurdes de Syrie : Conférence de Presse à Paris[2] : Nous, le peuple français, devons jouer notre rôle politique. Dans ce combat, qui est tout simplement celui de la démocratie et de la laïcité contre l’islamisme, les Kurdes de Syrie se retrouvent soudain seuls.

C’est quoi cette France qui hésite. Qui tergiverse. Qui est en train de doubler une faute morale d’une faute politique. Vos frères et soeurs d’Afrin vous demandent d’exiger de vos gouvernements d’engager des actions pour faire cesser les attaques turques, redit Gabriel Qilo. Allez-vous vous taire maintenant que la Turquie nous attaque ? Allez-vous permettre que nous soyons tués par Al-Qaïda ? Et nous, Chrétiens ou non, on ferait les sourds ? On laisserait Erdogan parachever le génocide des Chrétiens ? Les Kurdes réclamer seuls la libération de leur chef historique Ocalan ? On ferait les naïfs ? On ferait semblant de croire qu’on ne sait pas que Damas proteste contre la violation de son territoire par l’aviation turque mais qu’en réalité il laisse faire en sous-main ?

On leur dira quoi à nos enfants ?

Qu’on n’avait pas pigé qu’Assad n’entendit jamais laisser prospérer le Rojava. Ce modèle unique de démocratie laïque dans la région. Le Rojava qui, loin d’être une parfaite démocratie, avait pour principale originalité d’aligner pour tous les postes clés un binôme homme-femme. Et que ça, le boucher de Damas, il aimait pas. Nous ? On allait laisser à jamais Poutine, le parrain du Moyen-Orient, face à la lâcheté de Paris et Washington. On allait se contenter de mises en garde. 1,5 millions massacrés par les turcs au siècle dernier : on laisserait l’Histoire se répéter. Sans réagir. Pire : en nous couchant devant ce Hitler auquel nous avions permis de prospérer. Devant ce pogrom en live. Aller à Manbij nettoyer d’autres secteurs kurdes, promettait le fürher.

What a dossier. Bonjour le slalom. Où la priorité allait évidemment au réalisme. Qui le prendrait, le risque de mécontenter Erdogan. Realpolitik. Cynisme. Lâcheté. Hypocrisie. Il était où l’intérêt général. Priorité aux intérêts particuliers.

Épidémie de surdité

Sourds : Les autres savent-ils que nous existons ? interrogeait cette infirmière[3] depuis la Ghouta orientale syrienne assiégée et bombardée depuis fin 2013 : Ce n’est pas une guerre. Cela s’appelle un massacre. Le massacre du 21ème siècle. Si le massacre des années 1990 était Srebrenica, et ceux des années 1980 Halabja, Sabra et Chatila, alors la Ghouta orientale est le massacre de ce siècle en ce moment même. Une fois j’ai demandé à une de mes voisines : Sommes-nous vraiment en vie ? Les autres savent-ils que nous existons réellement, et que nous sommes en vie dans ces sous-sols ?

Sourds : Le chef de la délégation de l’opposition aux négociations de Genève, Nasr Hariri, parla à la presse réunie à Bruxelles de la Ghouta orientale comme d’un enfer sur terre. Evoqua des crimes de guerre. Un déluge de feu venu du ciel. Des bombardements incessants du régime syrien, aidée par les forces aériennes russes.

Sourds : L’ambassadeur français au Conseil de sécurité de l’ONU, François Delattre, évoqua, lui, un siège digne du Moyen Âge. Pas de vivres, pas de médicaments, rien. Et pas d’espoir de secours international, malgré les appels.

Que faisait l’Union européenne ? Pourquoi ne remettait-elle pas en cause la légitimité du régime turc. Pourquoi se contentait-elle des promesses de Mogherini , lorsqu’elle évoquait une aide à la reconstruction de la Syrie, conditionnée à des améliorations sur le terrain. Prétendre souhaiter une opposition unie face à Assad, et ajouter n’avoir aucune influence, aucun contact avec le régime syrien. Se contenter de peser de manière indirecte en s’adressant à ceux qui pouvaient avoir de l’influence sur Damas afin que le régime s’engageât de manière crédible dans les discussions de Genève ? Bof. Des discussions lancées en 2012 et qui depuis piétinent. Faute de désir d’arriver à une solution politique.

En finir sur le terrain : il était là, l’argument de ce théâtre diplomatique soutenu par les Nations unies.

Voilà où nous en étions. Après nous être contentés de dénoncer l’humanité qui saignait à Afrin. Les massacres des Yézidis, traités de porcs par les sicaires d’Erdogan et leurs alliés djihadistes.  Des combattants kurdes qui disaient leur hâte d’abandonner le front est-syrien contre le groupe EI pour venir en aide à leurs frères d’armes et protéger leur communauté abandonnée de tous. Les entendre dirent, enterrant leurs frères tombés au combat dans un des derniers réduits djihadistes : Ils auraient dû mourir à Afrine.

Tant on ne peut mourir deux fois.

Nous pouvons affronter les Turcs sans l’aide de la coalition, nous disent-ils fièrement. Nous affronterons les Turcs comme nous l’avons fait avec Daech.

La solitude d’un peuple abandonné

Seuls. Sans nous. Sous nos yeux qui feignent de regarder ailleurs. Raphaël Pitti, formant les chirurgiens syriens à la médecine d’urgence, nous aura assez alertés sur le sort des civils[4] exposés sous nos yeux à l’utilisation d’armes chimiques au chlore : Si des relevés biologiques prouveront difficilement l’utilisation de chlore, car il s’agit d’un produit commun et très volatile, en revanche, les victimes sont la meilleure preuve d’emploi d’arme chimique, dès lors que les secours constatent un afflux massif de personnes blessées présentant les même symptômes, en provenance du même endroit, à un temps donné, témoigne Pitti, ajoutant : C’est le régime syrien qui mène le jeu et qui refuse toute entrée de convoi à l’intérieur de La Ghouta.

Voilà. Après les Arméniens. Les Juifs. Les Tutsis. Les Yézidis. Les Chrétiens d’Orient. Y a les Kurdes. Ben quoi ? On va pas contrarier un allié objectif n’est-il pas.

Sauf qu’il conviendrait, quitte à se conduire sans morale, de le faire sans brandir l’antienne des dits Droits de l’Homme et ne les respecter jamais.

Parce que ça la fiche mal. Que Trump, lui au moins, il te sort les choses crûment. L’éthique, il a pas ça en magasin. Alors il fait pas semblant.

Nous ? Sous nos yeux, on a un tyran qui martyrise son peuple et massacre les Kurdes. Au vu et au su du monde. Recep Tayyip Erdogan. Celui qui assit une enfant à son bureau et provoqua l’éclat de rire unanime de ses collaborateurs en disant à la fillette, en guise d’allusion à l’ancienne formule de déférence pour le sultan, qui disposait du droit de vie et de mort sur ses sujets: Maintenant tu as le pouvoir, si tu veux pendre, tu pends, si tu veux couper, tu coupes.

Ce tyran qui martyrise son peuple. Détruit les Kurdes. On ne l’attaquera jamais frontalement : les intérêts sont trop grands : L’Europe a fait un pacte avec le diable. La même Europe qui fournit des armes à l’Arabie saoudite Ça fait autant d’emplois en France On va pas renoncer à un marché si juteux D’autant qu’on sait tous que si la France renonçait, un autre s’y collerait.

Welcome dans la realpolitik.

Là où l’on moquera un Trump mais où on lui déroulera le tapis rouge foulé par Khadafi et où jamais on ne l’attaquera frontalement.

Là où notre PR n’aura jamais en Chine le mauvais goût d’aborder le sujet des Droits de l’Homme. En privé, vous dira-t-on.

Welcome dans la realpolitik.

Là où pas un seul homme au monde qui soit aux affaires ne renoncera, pour sauver des vies, à un marché financier : ça n’existe pas.

Là où tous franchirent ce qu’ils nommèrent les lignes rouges.

Là où l’on ne détruisit pas les forges du Reich qui collaborèrent sous nos yeux avec les nazis. Où nous assistâmes sans broncher à cette féérie de l’horrible[5].

Là où on se partagea tous les criminels nazis.

Aujourd’hui c’est la fête aux Kurdes. Nos alliés d’hier. Auxquels on répond à présent Débrouillez-vous on ne bougera pas On peut pas On va quand même pas faire une guerre avec la Russie On l’a pas fait pour l’Ukraine

Voilà. C’est tout. Un soupçon de Droits de l’Homme viendra te saupoudrer tout ça Un bémol Un cynisme à peine déguisé On ne va pas risquer un marché. Voire une guerre. Kim Jong-un peut à loisir lancer ses missiles : le monde émettra des menaces verbales.

C’est le triomphe de la realpolitik. Maquillée de pudiques cris exhortant à la modération. La solution tu l’as pas. De politique européenne il n’y a guère avec nos deux ou trois Europe. Les enjeux La complexité Le capitalisme new style

Quoi l’éthique ? Tu rigoles ? On va pas renoncer à des milliards pour que triomphe une idée.

Alors on va continuer

Faire des pressions.

Ça sert un peu On fera encore du donnant-donnant

On dira aux Russes L’Ukraine on s’en tape Prenez l’Ukraine mais en échange cessez votre truc On vous donne ça, faites votre puissance, Faites vos affaires, Mais renoncez à ça. Bombardez ici mais pas là Faut pas que ça se voie trop les gars

Mais si ! De l’éthique Y en a encore mais en arrière plan Juste un vœu pieux Avec parfois de menus résultats. On se rattrapera sur le plan local On y mettra davantage du truc, là, l’éthique. On ouvrira la porte au mariage homosexuel A l’Euthanasie Ça coûte pas, ça.

Mais Cesse de fantasmer De croire que le PR il va aller trouver Erdogan Lui dire ça suffit

Quoi la ligne rouge  Si la Chine veut de grands marchés, eh bien elle essayer de moins montrer

Quoi t’es furibard parce que, en même temps, T’as Zeid Ra’ad Al Hussein, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, qui appelle l’Etat hébreu à stopper ses crimes de guerre. Entends ses activités liées à la politique d’implantation. Et vlan que le 19 mars aura lieu au Haut-Commissariat aux droits de l’Homme le énième procès israélien pour violations des droits de l’Homme.

Alors voilà. T’as pigé ? Si tu y es plus, aux affaires, Si tu y es pas, tu fais comme Mélenchon. Hollande. Tu demandes la création d’une no fly zone au-dessus des territoires kurdes. Tu reçois Khaled Issa, le représentant en France du Rojava. Tu lances au PR que si la Russie de Vladimir Poutine est menaçante, eh bien elle doit être menacée. Tu parles de limites à fixer. Tu dis qu’il urge de tenir tête à Moscou. Que la France ne peut pas laisser Platov avancer ses pions sans réagir.

Et tu te prends une beigne Comme quoi Il est aisé de donner des leçons. Lorsque parfois on a décidé la même chose. Et même que le PR il a obtenu, lui, des concessions de la Russie. Une trêve. De quelques heures. Permettant l’accès à certains convois.

Que cesse l’impunité en Syrie, s’écrie tel autre. Fustigeant une communauté internationale impassible[6], comme résignée, face à ce scénario monstrueux. Cette vaste opération de nettoyage confessionnel et/ou social à laquelle on assiste depuis quelques années, de Homs à Alep en passant par la Ghouta, afin que la dynastie des Assad soit en mesure de gouverner éternellement la Syrie dite utile. Le tout sous l’aile protectrice de l’Iran et de la Russie. Dénonçant des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies violées aussitôt votées. Pointant du doigt ce désir profond de ne pas voir les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Les tortures. Viols de femmes dans les prisons. Liquidation de détenus par milliers. Cette hypocrisie consistant à avoir fait d’un des grands parrains du terrorisme celui qui en était un allié : Les voir demander tantôt à la Russie tantôt à l’Iran, les deux puissances qui occupent la Syrie et sont conjointement et directement responsables des crimes qui y sont commis, de modérer leur protégé fait rire – ou pleurer.

[1] Communiqué diffusé par l’agence de presse officielle Sana.

[2] Organisée par Caroline Valentin et Khaled Issa

[3] Bereen Hassoun.  Propos recueillis par Kareen Shaheen, Suzanne Lehn et Marcell Shehwaro pour Global Voices. Mardi 27 février 2018.

[4] Va où l’humanité te porte. Un médecin dans la guerre. Raphaël Pitti. Editions Tallandier. Mars 2018.

[5] La guerre mondiale. Jules Huret. Gallica Bnf. N° 746.

[6] Tribune de Subhi Hadidi, Ziad Majed et Farouk Mardam Bay. Le Monde. 12.03.2018

Sarah Cattan

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Publié dans Moyen-Orient

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