La grenouille fétiche de l’extrême-droite agite la toile

Cette semaine, on vous raconte l’histoire de la grenouille la plus tristement célèbre d’Internet, passée en quelques années de « mème » rigolo à vecteur de discours racistes ou antisémites. Facebook a même donné des consignes pour la faire disparaître…


Le batracien en question s’appelle Pepe, c’est un adolescent à tête de grenouille tiré d’une bande dessinée, et il préoccupe beaucoup Facebook, en tout cas selon des documents internes révélés par le site Motherboard. On y apprend que le réseau social a émis des recommandations pour ses modérateurs, leur demandant d’être particulièrement attentifs aux images contenant la fameuse grenouille… Quitte à les supprimer le cas échéant. Une première pour un simple personnage dessiné.

Il faut dire que Pepe est devenu, en quelques années, un des porte-étendards favoris de « l’alt-right » américaine, et plus largement de certains mouvements d’extrême-droite, y compris en France. On a aussi pu voir, lors des dernières campagnes présidentielles, des Pepe déguisés en Donald Trump ou en Marine Le Pen.

Or à la base, il s’agit simplement d’un mème, ces petites références visuelles largement reprises et détournées sur Internet (d’ailleurs vous l’avez sans doute sûrement déjà croisé sans le savoir). Mais depuis 2015 environ, la pauvre grenouille est devenue un outil de la droite dure, en particulier américaine, pour insulter, harceler et plus largement provoquer sur les réseaux sociaux…

Naïveté ou sens caché ?

Parmi les exemples cités par les recommandations de Facebook, on voit par exemple Pepe en déguisement de SS devant les portes d’Auschwitz… D’ailleurs le batracien a même fini par être classé comme symbole de haine par une organisation américaine luttant contre l’antisémitisme. Une descente aux enfers pour celui qui n’était au départ qu’un simple ado décontracté et amateur de cannabis. Jusqu’à dégoûter le créateur du personnage d’origine, qui a même fini par le tuer symboliquement.

Et il n’y a pas que Facebook qui s’est inquiété de ce détournement du personnage… Sur l’App Store d’Apple par exemple, Pepe a été banni, considéré comme « contenu répréhensible » en soi, même hors « contexte de haine ». Justement, les mouvements extrémistes ont longtemps joué sur l’ambiguïté autour du personnage : comment savoir, en le voyant simplement passer sur les réseaux sociaux, s’il a été publié juste pour sa tête rigolote, ou en tant que clin d’œil un peu crypté à d’autres militants racistes ou antisémites ?

Facebook semble avoir choisi de miser sur le fond du message, en incitant ses modérateurs à se baser sur le contexte pour décider de supprimer ou non une image de Pepe… Reste à savoir jusqu’où le réseau social étendra cette mise au ban, et si son destin est inextricablement lié à ce détournement. L’année dernière, le dessinateur du personnage a lancé une campagne de financement participatif « Sauvez Pepe » pour tenter de lui rendre son innocence et son caractère apolitique dans un nouveau magazine, lancé en janvier 2018. Pas sûr que ça suffise à faire surmonter à sa création sa crise d’adolescence raciste et intolérante…

Olivier Benis

Source franceinter

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Publié dans médias

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