Olivier Rubinstein l’audacieux

Longtemps éditeur après avoir été libraire, Olivier Rubinstein crée son agence littéraire, qui représentera auteurs reconnus et talents émergents.olivier-rubinstein-2

A-t-il apprécié, au cours de sa carrière d’éditeur, d’avoir affaire aux agents ? La question ne se pose plus pour lui qui, après cinq ans comme directeur de l’Institut français de Tel-Aviv, revient à Paris pour créer sa propre agence de représentation. L’autre côté de la barrière de ce qu’il conçoit comme le même métier : l’attention aux auteurs et aux textes.

« Le monde évolue, les relations contractuelles se complexifient, plaide Olivier Rubinstein. Je n’aborde pas cela comme une bagarre à mener mais comme une facilitation. M’intéresse particulièrement le plaisir de la découverte, repérer des écrivains que j’aurais publiés moi-même. Ainsi je représenterai aussi bien l’historien Élie Barnavi que l’Iranien Ramin Parham, auteur d’un premier roman. Des auteurs de non-fiction et de fiction ».

Le libéral libertaire

Il a tout fait ou presque dans le domaine du livre : ouvert sa librairie à Amiens à 20 ans, « Cobra » (« en hommage au mouvement »), été représentant dans le groupe Gallimard. En 1984, il fonde avec un groupe d’amis, aujourd’hui dispersés, les Éditions du Dilettante. Son approche d’amateur éclairé perdurera à Climats, à Quai Voltaire, puis en fondant Mille et une nuits et ses premiers livres à 10 francs.

En 1998, celui que ses confrères surnomment « Rubi » prend la direction de Denoël, publie dans les domaines français et étranger : Just kids de Patti Smith, Épépé du Hongrois Ferenc Karinthy, initie la publication des œuvres complètes d’Irène Némirovsky, alors inconnue, obtenant pour Suite française un Renaudot posthume, en 2004. Des trésors cachés, expression des inclinations de ce libéral libertaire cultivant le goût de l’aventure potache.

Un costume d’agent littéraire

Et d’aventures en entreprises, il n’y a qu’un pas pourvu qu’il soit inventif et franchi entre amis. Pour un peu, cet audacieux, dont le seul diplôme est un CAP en bâtiment, pourrait s’improviser coach d’artisan doué ou décider d’importer en Europe le meilleur de l’ingénierie japonaise.

Formé par le politique et le situationnisme, il a été lecteur de Breton, Perret et Aragon, de Kafka et Grossman, d’Isaac Babel et Roberto Bolaño, ou encore de la partie la plus grisante de l’œuvre de Claude Ollier.

« Et d’œuvres monstres qui embrassent l’histoire, notamment celle du XXe siècle, tous continents confondus. Des œuvres qu’on ne peut pas enfermer dans un genre, c’est cela qui me plaît. » C’est aussi dans sa pratique littéraire que s’exprime une part centrale de son identité : « J’ai publié beaucoup de livres autour de la judéité, des œuvres enfouies et oubliées, certaines traduites du yiddish. C’est constitutif de ce que je suis ».

Son imperméable beige siérait au plus rusé des agents secrets. Dans le milieu littéraire s’entend. Connaisseur de ses rouages depuis le début des années 1980, Olivier Rubinstein est bien placé pour endosser le costume d’agent littéraire. Ça tombe bien, après 35 ans de mariage : « Des noces de Rubi. »

Sabine Audrerie

Source lacroix

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