Musée juif de Bruxelles. 82 secondes. 13 tirs. 4 morts. Ce serait un complot juif. Par Sarah Cattan

Il y a quelque 30 mois, je publiais L’avocat du diable[1]. Nous venions alors d’apprendre Qu’il allait défendre Salah Abdeslam : Sven Mary, déjà baptisé l’avocat des crapules par la presse belge, se retrouvait vilipendé sur les réseaux sociaux. Agressé physiquement. Promu avocat du diable[2]pour avoir accepté de défendre celui qui était soupçonné d’être impliqué dans les attentats les plus meurtriers[3] que la France eût jamais connus.

Certains les appellent les avocats du diable. Ces pénalistes capables, alors que la charte de déontologie inclut une clause de conscience permettant de refuser un dossier quand la cause heurte trop leurs convictions pour bien défendre l’homme, de défendre des criminels contre l’humanité, des tueurs d’enfants, des terroristes politiques, aujourd’hui un Mehdi Mennouche et demain un Salah Abdeslam[4].

Rappelez-vous : alors que personne ne voulait du dossier de Patrick Henri jugé indéfendable par la corporation, Maître Robert Badinter s’y colla et de surcroît le sauva de la peine capitale[5], rompant toute tentation d’amalgame entre le client et son Conseil.

Celui-là avait fait de l’abolition de la peine de mort la cause de sa vie quand un Jacques Vergès, avocat de Klaus Barbie aux assises de Lyon en 1987, de Pol Pot ou Slobodan Milosevic, semblait s’être spécialisé dans les causes indéfendables, établissant lui encore un distinguo entre le crime et son auteur. Nous expliquant que c’étaient les gens dits indéfendables qui avaient besoin d’être défendus[6] et prétendant donc qu’il aurait défendu Hitler. Un Francis Vuillemin qui plaida à 26 ans pour Maurice Papon, expliquant qu’un avocat qui refuserait un dossier n’en serait pas un et le comparant à un chirurgien à qui on amènerait un homme éventré et qui déciderait de ne pas l’opérer parce qu’il serait une crapule[7]. Un Jacques Vergès Expliquant dans Les Sanguinaires[8] que les poseurs de bombes étaient des poseurs de questions.

Plus récemment un Eric Dupond-Moretti qui affirma qu’il défendrait un négationniste. Et en rien le négationnisme. Ajoutant : Je défends des Hommes, pas des causes.

Des Jean-Yves Liénard. Et tant d’autres encore.

Certains devant donc faire le sale boulot… Il faut pourtant qu’il y en ait qui disent oui. Il faut pourtant qu’il y en ait qui mènent la barque. Cela prend l’eau de toutes parts, c’est plein de crimes, de bêtises, de misère… […]L’équipage ne veut plus rien faire […] Pour dire oui, il faut suer et retrousser ses manches, empoigner la vie à pleines mains et s’en mettre jusqu’aux coudes[9].

Sommés en leur âme et conscience de défendre le diable sans pour autant devenir son instrument. Faisant du droit et non de la morale[10]. Appliquant la loi, laquelle d’évidence était faite sur la base de la morale et se référait à sa conception du juste. Laquelle était en outre protégée par ces deux textes qu’étaient la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 et la Convention Européenne des Droits de l’Homme de 1950.

Nous disant et nous redisant encore que le procès, c’était pour expliquer les choses, sinon on n’avait qu’à dresser la guillotine. Que défendre un Salah Abdeslam C’était prouver que nous nous vivions dans un État de droit, une République, une démocratie, bâtis sur ces fondements que chacun avait le droit à une défense.

Dans ce papier j’interrogeais naïvement l’homme. Pas l’avocat, non : juste l’humain en lui. Celui qui le matin devant le miroir se raserait en s’interrogeant. Forcément. Celui qui irait réveiller son enfant, qui croiserait ce regard clair, qui déjeunerait avec les siens, écouterait comme vous et moi les news à la radio, se mettrait peut-être au piano, inviterait ses amis à un barbecue, et je me demandais comment diantre cet homme le réaliserait, cet équilibre fragile au point d’en être impossible, cet équilibre entre L’homme Le père L’ami L’amant Et le pénaliste qui allait défendre un monstre, qui aurait à croiser au Tribunal les regards des survivants et celui des familles des victimes.

Je demandais à Sven Mary comment il allait faire s’agissant de ce terrorisme qu’il qualifiait de dernière génération, ce terrorisme duquel il disait que ses habits idéologiques étaient plus que légers, Comment il allait faire après nous avoir expliqué que ce n’était pas la Cour d’Assises de Paris qui devrait juger ces gens qui avaient commis des actes de guerre, mais une Cour Pénale Internationale. Et comment il allait défendre ce client qu’il prétendait mépriser, ce petit con de Molenbeek issu de la petite criminalité, plutôt un suiveur qu’un meneur. Qui avait l’intelligence d’un cendrier vide, était d’une abyssale vacuité. L’exemple parfait de la génération GTA -Grand Theft Auto- qui croyait vivre dans un jeu vidéo. Qui avait réussi avec ses potes à rendre antipathique toute une religion.

Les Dupond et Dupont du Barreau 

Il avait, disait Sven Mary, adopté une stratégie : faire de son client… un repenti.

Nous étions alors loin, si loin des projets d’un Sébastien Courtoy ou d’un Henri Laquay, les défenseurs de Nemmouche, accusé d’être l’auteur des coups de feu qui, en 82 secondes, tuèrent quatre personnes le 24 mai 2014 au Musée juif de Bruxelles.

Cour d’assises.

Alors que la lecture des quelque 200 pages de l’acte d’accusation décrit avec une précision accablante des assassinats méthodiques, exécutés de sang-froid par un homme qui donna aux témoins l’impression d’être un militaire,

Alors qu’une voix revendique l’attentat et montre un drap frappé d’un emblème de l’organisation Etat islamique,

Alors que l’individu, opposant aux requêtes qui lui furent faites son droit au silence, refusa à ce jour d’expliquer pourquoi, revenu de Syrie, il s’installa à Molenbeek[11], fief des djihadistes qui allaient frapper Paris, et de reconnaître ses liens avec un Abdelhamid Abaaoud ni d’expliquer comment et pourquoi son coaccusé lui avait remis les armes retrouvées en sa possession,

Alors que les parties civiles sont prêtes à démontrer son rôle dans une galaxie djihadiste qui se fait de plus en plus claire.

Ses Conseils, Sébastien Courtoy et Henri Laquay, lesquels comptèrent dans leurs clients un Dieudonné et se virent attribuer en 2012 une quenelle d’or, présenteront leur client comme la victime d’un prétendu complot ourdi pour camoufler l’assassinat ciblé d’Emmanuel et Miriam Riva, le couple d’Israéliens qui trouva la mort ce jour-là.

La thèse complotiste de deux pieds nickelés

Cette thèse lancée par des partisans de l’extrême droite avait prospéré sur les réseaux sociaux dès le lendemain de l’attentat : la fusillade du musée, outre qu’elle ne serait pas un attentat, ne saurait être le fait d’un homme seul. Et d’ailleurs ! L’EI n’avait pas revendiqué l’affaire ! Et encore : les deux avocats allaient nous fournir moult preuves de l’innocence de l’accusé. Si seulement on les laissait produire en guise de témoins ces diplomates israéliens et autres responsables du Mossad qu’ils prétendaient pouvoir faire entendre. Ce qu’on leur refusa. Allez savoir pourquoi…

Mehdi Nemmouche, cerné de trois policiers encagoulés, au centre d’une grande cage transparente dressée dans la salle des assises, les journalistes français enlevés à Alep en 2013 et séquestrés durant dix mois l’identifièrent comme cette brute, ce Tortionnaire, cet égorgeur, cet électrocuteur, ce violeur[12] qui fut leur principal geôlier. Témoignages. Un antisémite qui rapportait au matin les rêves récurrents où avec sa kalach il avait fumé une petite juive. Qui claironnait à l’envi que lui, s’il le fallait, se prendrait… un Dupond-Moretti [13]. En guise de défenseur.

Pour introduire la stratégie de bric et de broc que nos deux lascars s’étaient construite, sans doute allaient- ils d’entrée puiser dans l’enfance de ce gamin sans repères, abandonné par sa famille, happé par la rue bien avant de se laisser prendre, derrière les barreaux, dans les filets de l’extrémisme religieux[14]. Sans doute concèderaient-ils, vite fait mal fait, les vingt-deux délits commis entre 13 et 22 ans qui envoyèrent leur poulain cinq fois derrière les barreaux.

Sans doute chanteraient-ils le goût de l’aventure pour nous vendre l’obsédant désir du gamin de rejoindre la Syrie.

Alors seulement, le ridicule ne tuant pas, ils tenteraient d’embarquer la Cour et déploieraient leur défense : leur client est innocent. Victime désignée d’un complot des services secrets israéliens. D’un règlement de comptes. Lequel aurait visé Myriam et Emmanuel Riva, prétendument agents du Mossad. Bla Bla Bla

Et selon les règles rhétoriques et dans un cocasse cafouillage entre Movere Placere Ducere, ils nous diraient encore l’épreuve que c’était pour le jeune homme d’être présent ici mais toutefois la chance qu’il saurait saisir. Vu que ça faisait maintenant quelques années qu’il brûlait de pouvoir dire sa vérité, de dénoncer enfin ce piège qui lui fut tendu pour commettre ce pseudo-attentat[15].

Je ne pensais pas, au cours de ma vie d’avocate, assister à une telle manœuvre : l’idée d’un complot juif pour induire un jury populaire en erreur. Je ne sais pas si la défense tiendra effectivement cet axe pendant le procès, mais si c’est cela, si effectivement les avocats invoquent un complot juif pour tenter d’induire les jurés en erreur, les mots manquent… témoigna Michèle Hirsch, qui représentera au procès le CCOJB[16].

Cette stratégie odieuse est unanimement dénoncée: Je suis juriste et chacun a le droit de plaider ce qu’il veut, mais en tant qu’homme et dirigeant communautaire, j’avoue que je suis écœuré. […] Nous sommes dans le complotisme le plus odieux, c’est de nouveau la faute des juifs, des Israéliens, du Mossad. C’est juste une façon de détourner la responsabilité de l’accusé. Ce procès doit être exemplaire. Même si on est éberlué de constater que le complotisme règne en maître, nous sommes confiants. Les preuves sont nombreuses, et la thèse de la défense grossière, dit[17] Henri Ben Koski, secrétaire général du comité susnommé.

Les victimes veulent comprendre ce qui s’est passé. Elles attendent autre chose de ce dossier que l’exposition d’une théorie du complot, souligne Guillaume Lys pour l’Association française des victimes du terrorisme : lui entend se focaliser sur les faits, les témoins, les expertises. Autant d’éléments à charge accablants.

D’autres sont moins étonnés, tant les avocats choisis sont connus… Sébastien Courtoy est décrit comme le Vergès des islamistes[18]. L’avocat défendant les indéfendables. N’avait-il pas défendu Laurent Louis, ex-député belge, condamné pour propos négationnistes à visiter une fois par an pendant 5 ans un camp de la mort…

Un procès inédit

Nous voilà donc face à une situation doublement inédite. Amenés à juger le premier combattant occidental à avoir retourné les armes contre l’Europe pour le compte de l’Etat islamique et à avoir projeté[19] des attentats d’une ampleur bien supérieure encore à ceux d’un Mérah, nous jugerons de surcroît un suspect plaidant l’acquittement et aidé en cela par une stratégie abracadabrantesque puisque ce serait la première fois que dans un procès terroriste, dans l’enceinte solennelle d’une Cour d’assises, ce genre de propos serait relayé. Avec le risque de conforter tous ces adeptes des thèses complotistes. Qui plus que jamais fleurissent en ce début de siècle.

Mardi, Mehdi Nemmouche, s’il le veut bien, répondra. Heureusement Il n’a pas perdu la vue et l’ouïe… Traversé qu’il fut jadis au niveau de sa boîte crânienne par des douleurs insupportables Des symptômes comparables à ceux d’une tumeur au cerveau.

D’évidence, la fine fleur existe partout : Dupond et Dupont furent en 2014 photographiés en train de faire une quenelle avec le rigolo que l’on sait.

Alors que nous reviennent ces mots de Maître Lombard, répétant que certes l’avocat défendait des personnages peu recommandables mais que c’était sa mission, nous reviennent aussi ces mots clés du Serment prêté par les avocats. Lesquels jurent d’exercer leurs fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité. Et s’engagent à respecter les devoirs énoncés dans le RIN[20]. Où revient, si je ne me trompe, les notions d’honneur et délicatesse

Sarah Cattan

[1] 3 mai 2016. Tribune juive.

[2] La dure loi des avocats du diable, Julie Brafman, Libération, 27 avril 2016.

[3] Attentats du 13 novembre 2015.

[4] Procès prévu en 2020.

[5] 20 janvier 1977.

[6] Interview Jacques Vergès. Le Télégramme. 2009.

[7] MCETV.fr. 30 avril 2016.

[8] Les Sanguinaires. Jacques Vergès. Editions Michel Lafond. 1992.

[9] Antigone. Jean Anouilh.

[10] Le Journal d’un Avocat. Blog du pénaliste qui signe Eolas.

[11] Baptisée Molenbeek-sur-Djihad par les journalistes belges Jean-Pierre Martin et Christophe Lamfalussy. Une fabrique et une zone de transit de djihadistes, un « hub » resté trop longtemps hors contrôle. Molenbeek-sur-Djihad. Grasset.

[12] Europe 1. 10 janvier. Didier François.

[13] L’Obs. Nicolas Hénin.

[14] La jeunesse erratique de Mehdi Nemmouche. Le Monde. 7 juin 2014.

[15] Dépêche AFP.

[16] Comité de coordination des organisations juives de Belgique.

[17] 20 Minutes.

[18] levif.be 22 mai 2015.

[19] Les quatre journalistes français retenus en otage dans les sous-sols de l’hôpital ophtalmologique d’Alep en 2013 et 2014 et desquels il fut l’un des geôliers ont rapporté les propos tenus par celui qu’on surnommait surnommé Abou Omar.

[20] RIN : Règlement Intérieur National de la profession, le RIN constitue le socle de la déontologie commune des avocats.

Voilà qui va défendre Mehdi Nemmouche. Par Jonathan de Lathouwer

Toute personne a le droit d’être défendue, sans exception. Je n’en voudrai jamais à un avocat d’avoir accepté de défendre quelqu’un, fût-il le pire des criminels. En revanche, d’aucuns auront moins de difficultés et plus de motivation que d’autres à accepter certains dossiers.

Je vous ai fait une petite compilation de déclarations faites par Sébastien Courtoy, l’avocat de Mehdi Nemmouche et adepte de la quenelle:

https://www.facebook.com/749549967/posts/10158248851164968/

« On peut dire qu’il y a un lobby juif qui exerce des pressions sur les décideurs »

« Une partie de la communauté juive se sert des cadavres du génocide juif pour légitimer les cadavres palestiniens »

« On sait aussi que certains milieux proches de l’état d’Israël sont fort impliqués dans la finance internationale »

« Les gens en ont marre de voir qu’il y a une communauté d’intouchables »

« Je ne donnerai pas de noms parce que la personne n’est pas là pour se défendre, je laisse ce type de méthodes à une certaine communauté »

« Ce sont des réseaux qui se multiplient et se dispersent au-delà des frontières »

« Imaginez-vous le consistoire israélite du Luxembourg, ce ne sont pas n’importe quelles personnes qui y siègent, ce sont des avocats, des juges, des magistrats, des hauts représentants de la finance internationale qui font pression sur le procureur général »

« Son crime fondateur, on le connait tous, Dieudonné n’a pas été ramper servilement devant une communauté sioniste qui demande cela comme condition pour passer dans les médias. Il a fait pire encore, il a défié l’autorité. »

« En Belgique, on a le Centre pour l’Egalité des Chances qui en 30 ans n’a jamais poursuivi que des musulmans et des chrétiens, jamais de sionistes. On a déjà compris le degré de neutralité de cet organe. »

« Le parquet de Bruxelles a confié le dossier, je le sais de bonne source, à un substitut du procureur qui émane précisément de la communauté qui persécute Dieudonné depuis son passage chez monsieur Fogiel. On a compris le degré de neutralité qui va s’attacher à son procès. Curieusement pas à un substitut d’origine camerounaise qu’on a confié ce dossier ».

« La démocratie vaut-elle seulement pour certains humoristes qui passent chez Drucker ou aussi pour Dieudonné? »

Jonathan de Lathouwer

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Publié dans justice
2 commentaires pour “Musée juif de Bruxelles. 82 secondes. 13 tirs. 4 morts. Ce serait un complot juif. Par Sarah Cattan
  1. PENINA ELBAZ dit :

    C`est la perversion la plus monstrueuse et odieuse que celle de ce criminel du Musée Juif de Bruxelles et de ses avocats antisémites.
    J`ai récemment assisté, dans une synagogue à Montréal, à une conférence ouverte à tous, sur le départ des Juifs du Maroc. Un arabe marocain s`est levé pour déclarer avec un culot incroyable que le Mossad organisait des persécutions au Maroc pour le départ des Juifs vers Israël. Or, les musulmans fanatiques racistes au Maroc, il y en a beaucoup. J étais terrorisée par leurs manifestations criant mort aux Juifs et autres violences envers les Juifs depuis l`invasion arabe au Maroc.

  2. Sarah Cattan dit :

    Chère Penina, je mettrai bientôt en ligne ici les conférences de l’historien Georges Bensoussan relatives au sujet que vous abordez et qu’il traite dans son ouvrage Juifs du monde arabe , la question interdite. 2017. Odile Jacob

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