Défense tactique et menace stratégique, par Maxime Perez

Bien qu’affaibli, l’axe Iran-Syrie-Hezbollah est encore largement capable de mener une guerre de missiles contre Israël dont le bouclier antibalistique, encore partiellement opérationnel, pourrait afficher certaines failles à l’heure de vérité.

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Certains experts israéliens sont peut-être allés vite en besogne en estimant que l’instabilité actuelle au Proche et Moyen-Orient avait écarté toute menace de guerre conventionnelle contre leur pays. Certes, le risque de voir une coalition arabe envoyer ses chars à l’assaut des frontières de l’Etat hébreu appartient résolument au passé. Du Sinaï égyptien aux provinces syriennes, les groupes djihadistes promettent d’occuper encore longtemps l’armée d’Assad, quasi réduite à sa composante alaouite, ou les troupes du général al-Sissi.

Pour reprendre le contrôle de la péninsule désertique, celui que tout semble destiner à être le futur homme fort du Caire s’est d’ailleurs résolu à accepter l’assistance d’Israël en matière de renseignements. Une alliance objective qui prouve que le Printemps arabe est vecteur d’opportunités, à condition, disent cette fois les maîtres de la diplomatie, que la paix israélo-palestinienne vienne asseoir une normalisation définitive entre l’Etat hébreu et ses voisins, y compris au sein de leur opinion publique.

Trêve de pensée utopique, il subsiste toujours une alliance d’irréductibles, un « front du refus », symbolisé par l’axe Iran-Syrie-Hezbollah. Au nord d’Israël, face au Sud-Liban et sur les hauteurs du Golan, le calme actuel est d’autant plus trompeur que la donne stratégique n’a pas fondamentalement changé. Le conflit en Syrie, qui n’a du reste plus grand-chose de syrien, oblige actuellement les forces d’Assad et du Hezbollah, appuyées par la République islamique et ses milices chiites irakiennes, à concentrer leurs efforts de guerre sur leur propre zone d’influence. Mais après avoir été un temps malmené, le régime syrien parait en mesure de reprendre le dessus, aidé par les combats entre Jihadistes et rebelles, et même parfois fratricides, entre éléments d’Al Qaïda.

Des missiles plus précis

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Dans ce contexte, Israël s’en tient plus que jamais à un rôle d’observateur vigilant. Sa politique de frappes préventives contre des convois ou des stocks de missiles en passe d’être transférés au Hezbollah a considérablement altéré la toute-puissance militaire de cette organisation. Il n’en va pas de même pour ses parrains iraniens et syriens. D’après le chercheur israélien Uzi Rubin, invité cette semaine du très prestigieux INSS (Institut national d’études stratégiques) à Tel Aviv, l’arsenal de missiles de Damas et Téhéran s’est perfectionné sur le plan technologique et constitue, par conséquent, une menace aussi bien tactique que stratégique.

L’état des lieux est le suivant : l’Iran dispose à l’heure actuelle de 400 missiles balistiques en mesure d’atteindre le territoire israélien, chacun pouvant transporter une charge explosive de 750 kg, tandis que la Syrie disposerait de 200 à 300 projectiles du même type – essentiellement des Scuds -, ses forces ayant utilisé une partie de son arsenal contre de grands centres urbains aux mains des rebelles, à l’instar d’Alep. Selon Uzi Rubin, ancien directeur de l’Agence de missile israélien (IMDO), Iraniens et Syriens ont engagé un effort conjoint visant à doter tous leurs missiles de système à guidage GPS, ce qui les rend encore plus redoutables. Pour le Dr Rubin, une telle transformation de leur arsenal pourrait, en cas de guerre, neutraliser certains moyens terrestres de l’armée israélienne, voire de l’aviation dont les aérodromes sont directement menacés.

« Ce sont les mauvaises nouvelles, affirme l’expert, mais il y’en a des plus mauvaises encore. Leurs roquettes sont aussi en train de devenir des armes de précision. Les Iraniens ont équipé le Zilzal-2, troisième génération, de capteurs d’autoguidage et d’un système GPS. Les Syriens en font de même avec le missile M-600 dont dispose le Hezbollah ». Bien que ce processus de modernisation ne sera achevé que dans dix ans, la menace posée par des roquettes de longue et moyenne portée se renforce. Elle devrait contraindre Tsahal à envisager un redéploiement de ses batteries antimissile, non pas autour des villes israéliennes, mais autour de ses bases stratégiques afin de ne pas voir ses capacités opérationnelles paralysées par l’ennemi.

Le parapluie antimissile est-il assez robuste ?

Voilà qui relance le sempiternel débat sur l’efficacité du bouclier antimissile. Le Dr Nathan Faber, qui a passé une trentaine d’années au sein de l’industrie aéronautique israélienne, assure dans une nouvelle étude – publiée pour le compte de la « Fondation pour l’arrière-front » – que son pays n’est pas en mesure de répondre à un scénario de guerre de missiles sur plusieurs fronts. Pour des raisons aussi bien financières que technologiques, les différents systèmes antiaériens pourraient même afficher de nombreuses défaillances. D’abord, certains projets sont en cours de développement, à l’instar du David’s Sling (Fronde de David), supposé intercepter des roquettes d’une portée de 70 à 240 km (Zilzal, Fateh-110, M-600), et du système antibalistique Arrow-3 (conçu pour les missiles iraniens Shabah (1.300 km) et Sejil (2.000 km).

Le constat du Dr Faber frôle même l’alarmisme. Face aux 100.000 roquettes de courte portée qui sont pointées en direction d’Israël depuis Gaza jusqu’au Sud-Liban, les capacités du Dôme de fer restent limitées. En cause, la proximité avec les zones de tirs ainsi que la basse altitude des projectiles de type Katioucha ou Grad (2-3 km). Associés, ces paramètres empêchent la destruction des roquettes suffisamment en amont, tandis que leurs débris sont amenés à retomber sur des zones habitées du territoire israélien, comme certaines études contestées l’ont signalé après l’opération « Pilier de défense », en novembre 2012. Dans son étude, le Dr Faber préconise comme seule alternative l’acquisition du Phalanx, un canon antiaérien de fabrication américaine, qui viendrait compléter le bouclier antimissile israélien. Deux fois moins coûteux que le Dôme de fer, sa technologie se base sur l’utilisation d’un laser et d’un canon de 20 mm capable de tirer 4.000 coups à la minute. Un temps, cette arme avait eu les faveurs de l’ancien ministre de la défense Ehoud Barak. Son heure de gloire est peut être arrivée.

Maxime Perez

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Publié dans France

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