Daech à Gaza. Le monde se tait. Par Sarah Cattan

C’est ce qu’ont pris habitude de faire les israéliens. Et nous, à force de les regarder continuer, on apprendrait presque d’eux : ils forcent notre respect.

Ils enterrent l’être chéri. Chaque soldat tué de l’Etat hébreu est membre de ta famille.

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Ils continuent. Ils iraient presque te rassurer, parfois.

Et tu te sens minable, avec tes inquiétudes parisiennes.

Quand l’heure soudain se fait grave

Alors, quand soudain le temps s’arrête pour eux , tu comprends que l’heure est grave. Tu n’as aucune radio Point de télé à allumer : ils savent plus, les pauvres, donc se passe ce pauvre conflit et soudain tu te demandes presque s’ils n’ont pas, par magie, oublié le nom-même de l’Etat hébreu.

Les infos, même sur Twitter, elles sont âpres à décoder. Entre le téléphone portable de Tariq Ramadan et les vêtements griffés des first ladies ce dimanche, entre l’héritage, les couacs gouvernementaux et les dérisoires gilets jaunes, tu cherches l’info.

Tu cherches l’info. Tu finis par t’abonner à Tsahal Officiel

https://twitter.com/Tsahal_IDF/status/1062081903749201922?s=20

Tu finis par t’abonner à Tsahal Officiel

Parce que même l’AFP, surtout l’AFP, la voilà aux abonnés absents

Tu as des contacts là-bas

Ta famille. Tes amis. Des êtres chers.

Ils étaient rares, hier, ceux qui n’avaient pas pris la mesure de l’escalade et qui, à La Librairie française de Tel Aviv, faisaient signer à Martine Gozlan son Quand Israël rêvait. La vie de Rachel Bluwstein

Les autres, quasiment tous, te parlaient en instantané. Via Whatsapp.

300 te disaient-ils. C’était le nombre de missiles tirés sur Israël depuis hier 15h00.

400 poursuivaient-ils

6 blessés.

Non. 50.

L’autobus. Touché de plein fouet. Par miracle les 50 Hayalim venaient d’en descendre.

Tsahal a détruit Al Aqça, la propriété et l’instrument du Hamas. Ils ne pourront plus diffuser leur propagande infâme. Ils ne pourront plus appeler ouvertement à des actes terroristes contre Israël.

Communiqué du Ministère : Les écoles et universités de Beersheva, Sderot et des villes proches de la frontières de la bande de Gaza seront fermées jusqu’à nouvel ordre.

Une nouvelle poussée de fièvre

La presse française, si, contrainte et forcée, elle consent à en parler, elle te parle d’une nouvelle poussée de fièvre.

Daech à la frontière. Prêts à en découdre. Rageux. Haineux. Juste une poussée de fièvre.

Dire qu’il suffirait d’une dose d’antibio !

La presse française, si, contrainte et forcée, elle consent à en parler, elle te chante un Gaza gouverné par le mouvement islamiste palestinien.

La presse française, signe que l’heure est grave, elle ne te parle plus de riposte disproportionnée. Elle précise même que les frappes israéliennes ont été précédées par l’envoi de dispositifs non explosifs ou de faible puissance communément employés par l’armée israélienne pour signifier aux occupants d’un bâtiment civil d’évacuer les lieux avant une attaque.

Un officier supérieur-un chef de la brigade islamiste

Israël a perdu son officier supérieur, tué dans un échange de tirs avec une unité militaire du Hamas qui contrôle l’enclave palestinienne. Les Palestiniens organisent les funérailles de Nour Baraka, chef des brigades Ezzedine al-Qassam, le bras armé du mouvement islamiste.

Représailles.

Roquettes.

De Sdérot à Ashkélon et Netivot.

Ashkelon

Netanya

Tel Aviv ?

Les chars de Tsahal ciblent encore le Jihad islamique, cette deuxième force islamiste palestinienne.

Tu t’y perds. Le Qatar avait fait tomber une pluie de dollars sur Gaza, avais-tu lu dimanche, avant d’apprendre que Netanyahou avait quitté Paris précipitemment.

Bien sûr, tu trouves des entre-filets confondants de mauvaise foi : Donc dans un contexte de calme et de cessez le feu, Israël organise une provocation sous forme d’une infiltration de barbouzes et s’étonne de la réaction des palestiniens.

Tes contacts te transmettent les communiqués qu’ils reçoivent tard dans la nuit : 

Enième Communiqué du Ministère de la défense

En raison de la situation sécuritaire dans le sud, il n’y aura pas d’étude demain: Sderot, Ofakim, Netivot, Eshel Hanassi, Rahat, Beersheba, tout cela jusqu’à une nouvelle annonce du ministère de la Défense.

Ils t’écrivent.

Mon petit fils est à Gaza dans l’unité Guivati !

Le Hamas C’est Daesh à Gaza

Ça va mal au sud du pays. Hier, on a perdu un Lieutenant-Colonel d’une unité spéciale. Un héros Druze. Un autre a été touché très gravement. Aujourdhui, un soldat a été touché par une roquette anti-char.

Une roquette a touché une maison. Grâce à Dieu, pas de blessés. Les tirs continuent en ce moment… Tsahal a démoli l’immeuble de la TV du Hamas, après avoir tiré une roquette d’avertissement pour qu’ils puissent évacuer l’immeuble. Une de mes anciennes soldates a posté sur F.B. une photo de son fils, 5 ans, à Sderot… Il se cache sous une couverture…

Il y a maintenant beaucoup d’autres blessés…

Menace de recevoir des roquettes du Hamas sur Tel Aviv!

On nous a prévenus d’aller dans les escaliers si on entend une sirène de Dôme de fer qui aura détecté un engin ! On aura 2 minutes pour se planquer !

Les deux minutes deviennent 15 secondes.

Chez nous ça va, on verra le reste demain…

Daech à Gaza

Alors que tu laisses aux analystes le soin de départager les responsabilités, des manoeuvres militaires de diversion de l’Iran aux luttes interpalestiniennes pour la succession de Mahmoud Abbas Et inévirtablement la responsabilité israélienne – do’nt worry : celle-là aura son compte- me restent en mémoire ces mots : Daech à Gaza. Que je comprends tels qu’ils sont, prononcés par cet homme de terrain et d’expérience.

Me reviennent ces mots de Yair Lapid.

photo Wikipédia

Être Israélien.

Allumer la télévision la nuit et voir qu’au lieu de Rambo 3 on diffuse un film d’horreur local dont nous sommes tous les acteurs.

Espérer qu’il n’y ait personne que tu connaisses, être content qu’il n’y ait personne que tu connaisses, avoir honte d’avoir été content.

Continuer de regarder l’écran même si tu sais exactement quelle sera la prochaine image.

Dire : Il y a deux semaines j’étais exactement au même endroit, c’est incroyable !

Faire un tour dans la maison à deux heures du matin, regarder en silence les enfants qui dorment. Et penser que comme ça, sous les couvertures, ils ont soudain l’air, à nouveau, si petits.

Être Israélien.

Savoir que quelque chose s’est passé, en fonction des chansons à la radio.

Te faire la remarque que c’est justement pendant les attentats qu’il y a les chansons les plus belles.

Comprendre que quand le journaliste dit Il y a des blessés, il veut dire en fait qu’il y a des morts, et que état désespéré signifie lutte pour sa vie.

Te demander ce que cela veut dire exactement victimes en état de choc et comprendre tout seul, après quelques secondes de réflexion.

Téléphoner à la famille, même tard, et demander si ça va, juste comme ça.

[…]

Se disputer un peu plus avec celui ou celle avec qui tu vis, mais ne pas t’avouer à toi-même que c’est à cause de la tension.

Être Israélien.

Dire : Il faut leur rentrer dedans, sans savoir dans qui exactement.

Dire : Ça ne peut pas continuer comme ça, mais craindre que c’est peut-être exactement comme ça que ça va continuer.

Dire : Il faut leur reprendre Gaza, juste pour t’entendre le dire.

Comprendre qu’il n’y a pas de solution simple, mais espérer malgré tout qu’il y en a une.

Écouter des émissions radio où des gens appellent et disent des choses horribles, penser que cela montre à quel point nous avons dégringolé, et toi aussi avoir un peu envie d’appeler.

Te souvenir que tu as déjà fait confiance à trop de dirigeants qui t’ont déçu, mais te persuader qu’il y a encore peut-être quelqu’un.

Te dire que le temps est arrivé d’écrire un testament, mais ne pas le faire.

Être Israélien.

Ressentir en pleine journée une fatigue inexplicable, qui commence dans les épaules et qui descend le long de la colonne vertébrale.

Ne pas être religieux et se demander ce qu’il en est de Dieu, ou religieux et se demander ce qu’il en est de l’armée. Dire : les accidents de la route font plus de morts, mais ne pas être sûr que ça soit encore vrai.

Être en colère quand on dit attentat rusé, parce que même ce compliment, ils ne le méritent pas.

Rencontrer un ami qui te demande si tu as entendu que Georges Harrison est mort et penser qu’il débarque de la lune.

Savoir, de manière claire et paralysante, que dans un jour, maximum deux, il s’avérera que tu connaissais quelqu’un qui est mort. Et sinon, quelqu’un qui connaissait quelqu’un…

Être Israélien.

Dire: Moi j’vais bien. Le pays, lui, est dans la m….

Commencer des phrases par les mots : Mis à part la situation

Annuler des voyages parce que ce n’est pas le moment, et puis voyager quand même parce que m….. après tout.

Se souvenir, sans savoir pourquoi, de Rabin.

Découvrir que tu n’as jamais parlé de la guerre à ton fils et te jurer que tu trouveras le temps de le faire.

Vouloir aller voir le dernier film israélien dont tout le monde parle, parce que c’est quelque chose d’israélien.

Manger un peu plus que d’habitude, se lever tard et puis courir.

Remarquer que tout le monde raconte des blagues, ces derniers temps.

Savoir que tout cela veut dire quelque chose, mais sans être sûr de savoir quoi.

Être Israélien.

Sentir que le pays te dépasse.

Échanger des phrases connues avec des gens que tu ne connais pas, écouter des phrases que tu ne connaissais pas dans la bouche de gens que tu pensais bien connaître.

Entendre le premier ministre parler de la force d’endurer et de résister, et comprendre avec retard que c’est de toi qu’il s’agit.

Te consoler en te disant que cette année, au moins, il pleut.

Te tenir debout à côté de la fenêtre avec un verre de thé et penser, pour la première fois depuis des années, à quel point il est beau, de la part de Dieu, de nettoyer comme cela le monde.

Accepter de recevoir des chèques à paiement différé, parce que cela aussi est en rapport avec la situation.

S’asseoir, pendant la nuit, face aux factures et décider qu’il faudra se serrer la ceinture.

Regarder des photos plutôt que lire le journal.

Être Israélien.

 

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Publié dans israël
2 commentaires pour “Daech à Gaza. Le monde se tait. Par Sarah Cattan
  1. Passepartout dit :

    On peut avoir des flash d’infos fiables presque minute par minute ici ; MAIS en Anglais :
    https://www.ynetnews.com/home/0,7340,L-3089,00.html

    En cliquant sur chaque flash on en trouve un bref détail.

    Le plus récent au moment où j’écris, du 13/11 20H40 heure française, dit ceci (traduit par moi) :
    « Les autorités (israéliennes) autour de Gaza annoncent que les écoles rouvriront demain et la vie ordinaire reprendra, suite à un accord de cessez-le-feu avec des organisations terroristes à Gaza… »

  2. Cohen dit :

    Et se préparer à l’après-daesh, car après cette menace, il en viendra une autre.
    Alors, pour Israël, autant renoncer à l’espérance, trop souvent déçue, de vivre demain en paix.
    Et maintenir sa supériorité militaire, puisque le language de paix ne sert à rien.
    Paradoxalement, pour vivre en paix
    …mais à l’abri de ses armes!
    Seul argument compris par tous, comme celui gravée dans le bronze des canons des rois de France…

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