Shlomi Elkabetz : « Mon premier choix sera toujours de réaliser »

Alors que vient de se terminer le Festival des 3 Continents à Nantes, qui se tenait du 20 au 27 novembre et qui a récompensé le film indonésien Memories of my body, rencontre, en franglais, avec le réalisateur, producteur et acteur Shlomi Elkabetz, membre du jury de cette 40è édition.

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Votre premier film, Prendre femme, coréalisé avec votre sœur, était en compétition aux 3 Continents en 2004. Vous n’étiez jamais revenu depuis ?

Oui, nous étions venus ici avec Ronit après le festival de Venise… C’était la première fois que le film était diffusé en France, avant une promotion de trois semaines. C’était émouvant. C’était notre rêve de distribuer le film en France. We feel connected with french culture… La projection, c’était très fort, good meeting with the audience… C’était vraiment très chaleureux au festival.

Comment avez-vous accueilli cette proposition d’être jury ?

On me l’avait demandé plusieurs fois mais je ne pouvais pas à cause de mon planning. Mais cette année je me suis dit j’y vais, c’est important pour moi, je voulais revenir. Le festival respecte beaucoup notre travail, I feel this festival is close friend of my work… Il y a beaucoup de connexions, et c’est la 4è année que nous travaillons avec Produire au Sud en Israël. Le film israélien en compétition cette année, The Dive, est né grâce à Produire au Sud. La diversité des films au festival n’est pas seulement géographique, elle est cinématographique. Tous les jours, en tant que jury, dans l’obscurité de la salle, je suis sur le même siège, et je prends un vol pour une nouvelle destination. Quand le vol se finit, je suis…back à Nantes. C’est un peu comme en vacances, on oublie tout. D’habitude je travaille beaucoup, je n’ai pas le temps de voir 3 films par jour !

Comment expliquez-vous l’essor du cinéma israélien ces quinze dernières années ?

Je crois que le film Mariage tardif, en 2001, a été le premier signe… Ce qui m’intéresse avec le cinéma israélien, c’est qu’il y a toujours des nouvelles voix. Chaque année. Et de plus en plus de réalisatrices. Mais j’aimerais davantage de voix de juifs arabes, de palestiniens. I’m waiting to see more the others… Il me manque ça, ces voix-là. C’est pour ça que je produis aussi des films, comme Je danserai si je veux, de la réalisatrice palestinienne Maysaloun Hamoud.

Vous qui enseignez le cinéma en Israël, de quoi a t-elle envie de parler cette nouvelle génération ?

Au début des années 2000, les sujets étaient beaucoup les femmes, la politique, la religion. Peut-être que les jeunes réalisateurs s’en éloignent… Avec mes étudiants, j’essaye d’abord de découvrir leur personnalité, et après on parle de cinéma. Il faut se découvrir soi-même avant le cinéma, et ensuite seulement se découvrir soi dans le cinéma.

Cet essor est-il également dû à la popularité des séries israéliennes ?

Oui, il y a de très bonnes séries, fortes, political… Peut-être encore plus qu’au cinéma. J’ai beaucoup aimé Fauda, Your honnor et Autonomies.

Dans un interview au Figaro, vous avez dit « La société israélienne accepte l’impact de la religion sur la vie ». Ça n’a pas bougé ?

Une des grandes questions en Israël, c’est : qui est juif ? Et qui a les droits ? La religion et l’État sont toujours « ensemble ». Et les gens acceptent la loi religieuse car elle définit qui ils sont. L’identité des citoyens se définit par la religion. Ceux qui ont cette religion auront les droits. Or, pour qu’il y ait égalité, il faut séparer religion et État. Pour regagner la liberté d’être juif ou autre chose. Une partie des israéliens définit la nationalité à travers la religion. Il faut en payer le prix. Et ils acceptent de payer ce prix de la loi religieuse pour garder une identité juive claire. Ils perdent donc la chance de créer un vrai dialogue avec les non-juifs. On ne peut pas être libre si on est forcé à quelque chose… Le paradoxe, c’est que les israéliens acceptent, tout en étant surpris que les femmes ne puissent pas divorcer !

En France, Edouard Philippe, le 1er ministre, a annoncé récemment que les actes antisémites ont augmenté de 69 % en 2018. Comment comprenez-vous ce chiffre alarmant ?

Je ne le sens pas personnellement, je me sens toujours le bienvenu. Mais je ne suis sans doute pas dans des endroits où on le ressent… L’antisémitisme a toujours été là. Le monde entier est de plus en plus à droite et l’antisémitisme est un baromètre de ce qu’il se passe dans le monde. Parfois la société est assez forte pour arrêter le feu de la haine, et parfois l’environnement permet à cette haine de grandir, comme en cette période…

Quels sont vos projets ? Un nouveau film ?

Je suis dans un processus d’écriture là, une fiction, oui. Et je vais continuer à produire des films palestiniens. C’est un acte fort pour moi. Je peux les amener sur le devant de la scène en les produisant, grâce à mon travail passé. La production m’a donné beaucoup de liberté, ça me permet de dire plus de choses, d’élargir mon horizon, mais mon premier choix sera toujours de réaliser.

Elsa Gambin

*

Le film israélien The Dive, de Yona Rozenkier, qui était en compétition, a eu le prix du public. (

The Dive avait également été récompensé au Jérusalem Film Festival de cette année, ex-aequo avec le film Red Cow).

 

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Publié dans interview

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