Paul Amar raconte ses « Blessures » à Sylvie Bensaīd

Paul Amar,

paulamar123

Vous venez de publier un livre « Blessures » un livre confession, autobiographique, riche en révélations, dans lequel vous racontez les étapes de votre vie qui vont ont le plus marqué.

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paulamar789

Tribune Juive

a voulu en savoir un peu plus.

Entretien avec ce passionné de l’info. 

Tribune Juive : Pour la première fois, vous racontez votre enfance en Algérie que vous avez quitté a 11 ans, les traumatismes de la guerre et votre arrivée dans la banlieue de Lyon. Vous vous mettez à nu? Pourquoi maintenant?

Paul Amar : Pour plusieurs raisons. Je suis aujourd’hui un homme libre, je ne présente plus d’émission, et ne suis attaché à aucun service public ou privé. Si je ne l’ai pas fait jusqu’à présent, c’est parce que je voulais éviter toute confusion entre vie professionnelle et sentiments personnels. Je ressens en effet depuis plusieurs années un trouble profond, qui est à l’origine de ce livre, un trouble provoqué par la résurgence de l’antisémitisme, aujourd’hui assassin, par les mots ou par les armes.

Tribune Juive : Pourquoi parlez-vous à la première personne dans ce livre?

Paul Amar : Si je parle à la première personne dans ce livre, c’est parce que j’ai voulu incarner ce problème qui me touche personnellement.

Il me renvoie à ma propre enfance. Ma famille subit d’abord un double antisémitisme. D’abord Vichy, les lois raciales. Mon père, fonctionnaire, perd son emploi. Mes sœurs sont virées du collège. Puis la rue, la presse. Insultes, crachats, coups et attentats. Je suis moi-même blessé à l’âge de dix ans.

Tribune Juive : Vous criez votre indignation face à la montée du racisme et de l’antisémitisme, aux slogans antisémites entendus dans les manifestations récentes.

Est- ce les derniers évènements en Israël et les débordements en France qui vous ont poussé avous exprimer sur ce sujet?

Paul Amar : Le trouble que j’évoque remonte en fait aux années 80, avec l’apparition du FN. Le Pen, avec les attaques du journal d’extrême droite, Minute. Il s’est accentué aujourd’hui avec les délires de Dieudonné qui influe malheureusement sur une partie de la jeunesse. Je n’ai jamais mis en avant mes « origines » dans ma vie sociale et professionnelle. J’ai au contraire défendu des valeurs qui me sont chères, républicaines et humanistes. Et voilà que je suis désigné, et d’autres avec moi, par cet hydre à deux têtes. Désigné et stigmatisé. Comment ne pas être choqué ?

Tribune Juive : Vous racontez également votre parcours professionnel vos quarante années de carrière à France Inter, Antenne 2, France 3, TF1 et France 5?

Paul Amar : En racontant mon histoire, je raconte en fait notre histoire, politique et médiatique.

Tribune Juive : Vous réglez vos comptes avec votre ancien patron Jean Pierre Elkabbach qui vous avait dit « Je n’ai rien à faire de tes scrupules… de juif ! » en vous imposant le débat entre Bernard Tapie et Jean-Marie Le Pen, en 1994 sur France 2?

Paul Amar : Non, je ne règle pas mes comptes. Jean-Pierre Elkabbach, je l’ai oublié, « évacué », au sens psychanalyste du terme depuis fort longtemps. Si je reviens dans ce livre, sur ce fameux débat Le Pen/Tapie, c’est pour expliquer aux lecteurs mon geste de l’époque, et rappeler le contexte. Hervé Bourges, le président de France Télévisions qui m’avait demandé de présenter le 20h d’Antenne 2 avait compris mon trouble. Nous nous étions mis d’accord pour que Jean Maris Le Pen soit reçu par Bruno Masure_ nous présentions le journal en alternance. Mais Jean Pierre Elkabbach, le successeur d’Hervé Bourges, n’a rien voulu savoir et a balayé mes scrupules en m’imposant ce débat.

Tribune Juive : Vous révélez également dans le livre, les circonstances de votre éviction du 20 Heures de France 2.

Paul Amar : Jean Paul Elkabbach voulait me virer car je n’étais pas d’accord avec lui qui était aux ordres du pouvoir. Il trouvait que j’avais trop de place dans cette rédaction.

Il n’est pas le seul. Mais il est l’un des journalistes politiques à avoir le plus souvent invité Jean-Marie Le Pen dans les années 80. Et notre différend sur le traitement de l’extrême-droite est révélateur.

Tribune Juive : Pourquoi avoir fait ce pacte avec les dirigeants de France Télévisions?

Paul Amar : Je le fais dans un souci de transparence et de vérité. Je n’ai pas été licencié à la suite de ce débat Le Pen/Tapie, je suis moi-même revenu à l’antenne. La rédaction qui me soutenait l’exigeait. Non, j’ai été licencié après un entretien tendu avec Jean Pierre Elkabbach. Nous étions le 4 juillet 1994 au matin. Il me demande alors de soutenir ouvertement le Premier Ministre de l’époque, Édouard Balladur. Je lui réponds que j’entends rester neutre à l’égard de tous les candidats à la présidentielle. Et là, j’ai doit à un tonitruant : « je te vire ».

Tribune Juive : Vous considérez que Jean-Pierre Elkabbach porte une lourde responsabilité dans l’émergence du Front national ?

Paul Amar : Jean Pierre Elkabbach a été un des journalistes politiques qui a le plus invité Jean-Marie Le Pen dans les années 80.

Tribune Juive : Vous évoquez dans votre livre le pacte passe entre Nicolas Sarkozy alors ministre du budget, et Jean Pierre Elkabbach patron d’Europe 1, à savoir l’élection de Édouard Balladur contre la direction de France Télévisions » Jean-Pierre Elkabbach a démenti a la télévision tout pacte avec Nicolas Sarkozy en 1993 et a dénoncé votre « délire mensonger » Que répondez-vous

Paul Amar : Jean-Pierre Elkabbach a été un des journalistes politiques qui a le plus invité Jean-Marie Le Pen dans les années 80. Demandez à Marc Autheman, à l’époque présentateur du 19/20 ce qu’il lui est arrivé. Débarqué pour avoir « désobéi » à Jean Pierre Elkabbach et posé une question sur le CIP à Édouard Balladur.

Tribune Juive : Souhaitez- vous que ce livre ait une portée éducative?

Paul Amar : Merci de revenir au thème de ce livre qui porte sur l’antisémitisme. L’épisode Elkabbach ne compte que huit pages sur près de 300. Oui, je souhaite porter cette parole républicaine un peu partout en France, et dialoguer avec les jeunes notamment. J’ai commencé à le faire et je mesure l’étendue des dégâts. Le socle démocratique, censé incarner la cohésion du pays, est fissuré et menacé. Il y a donc un travail pédagogique à faire. Il passe par l’École de la République à qui je dois tout, mais aussi, j’ose le terme_ à la Télévision de la République.

Propos recueillis par Sylvie Bensaid

Bio express

Connu et aimé du grand public, Paul Amar, 64 ans, longtemps présentateur de Journal Télévisé sur France 3 et France 2 et qui animait jusqu’en 2012, le magazine “Revu et corrigé” sur France 5, est un Éditorialiste politique écouté, célèbre animateur des soirées électorales et des grands débats de société. Confident des artistes et des écrivains, Paul Amar aime donner la parole aux autres. Mais aujourd’hui, dans Blessures, le livre confidences qu’il publie chez Tallandier, il dit sans détour et avec une sensibilité extrême, son mal-être et son indignation face à la montée du racisme et de l’antisémitisme. Lui qui se définit comme un Français républicain, laïc et humaniste souffre d’être désigné ainsi que d’autres comme juif et s’interroge sur la vie politique française.

 

 

 

 

 

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Passionnée d'information, Sylvie Bensaid diplômée en marketing et communication, commence sa carrière dans le Groupe Havas. Elle rejoint le magazine Tribune Juive aux côtés de Jacquot Grunewald puis d’Ivan Levai où elle prend la tête de plusieurs rubriques et participe au développement du magazine. Très impliquée dans la vie de la Cite, Sylvie Bensaid participa aux municipales dans le douzième arrondissement avec Jean Marie Cavada et Christine Lagarde. Elle est aujourd'hui la rédactrice en chef adjointe du site tribunejuive.info.

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5 commentaires pour “Paul Amar raconte ses « Blessures » à Sylvie Bensaīd
  1. André dit :

     » Et quand je ne suis pas d’accord avec mes amis juifs, et ils m’en donnent le droit, pour la simple raison que je ne peut pas être antisémite, puisque je suis moi aussi sémite. »
    ————-

    Il faut arrêter avec cette sophistique à deux balles. Antisémite est un mot d’origine européenne, à l’origine linguistique puis racial puis enfin désignant tout ce qui se rapporte aux juifs et au judaïsme, et qui ne s’adressait et ne s’adresse toujours qu’aux juifs et jamais aux arabes et encore moins aux musulmans. Et il a le même sens que antijuif ou celui plus contemporain de judéophobe. Et des musulmans antijuifs et judéophobes il y en a beaucoup. D’ailleurs êtes vous arabe pour dire que vous êtes sémite ? N’êtes vous pas plutôt un berbère ?

    Quant à vos histoire du FLN demandant aux juifs « algériens » de les rejoindre (ben voyons…), vous oubliez une chose essentielle : ils étaient tous français et c’est en choisissant le FLN qu’ils auraient été des traitres à leur patrie. Car ni l’Algérie ni le Maroc n’ont jamais pu être la « patrie » des dhimmis juifs méprisés, insultés et persécutés pendant des siècles par les maîtres musulmans.

    Et c’est bien la France qui a sorti les juifs de cette condition honteuse de dhimmi dans leur propre pays. Alors pour en finir avec la soit disant « bonne entente » entre musulmans et juifs au Maghreb lisez l’ouvrage définitif de Paul Fenton et David Littman : L’exil au Maghreb : la condition juive dans l’Islam 1148-1912.

    Pour terminer voici deux témoignages sur les juifs d’Alger, parmi des centaines relatés dans ce livre, datant d’avant 1830 soit avant l’arrivée des français :

    William Shaler, consul américain d’Alger de 1820 à 1830 in « Esquisse de l’Etat d’Alger. Paris, Ladvocat, 1830 »

    « Le cours de leur vie n’est qu’un mélange affreux de bassesses, d’oppressions et d’outrages… Je crois qu’aujourd’hui les juifs d’Alger sont peut-être les restes les plus malheureux d’Israël »

    et au même moment, Renaudot dans son « Tableau du royaume de la ville d’Alger. Paris, Mongie, 1830 » :

    « La Régence… les laisse traiter par le peuple comme les plus vils des animaux ».

    Les juifs ne partageaient en aucune façon la « communauté de destin » des musulmans dont la dernière des crapules était considérée de droit comme supérieure au plus distingué des juifs.

    Vu ? Alors lâchez-nous cinq minutes avec votre propagande d’une « Algérie » soit disant « terre d’exil » pour les israélites et qui ferait rire n’importe quel historien sérieux. Et qu’il y ait eu une infime minorité de juifs que l’on pourrait presque compter sur les doigts de la main pour rejoindre le FLN ne change rien à la réalité.

    A bon entendeur salut.

    • André dit :

      C’est une réponse à « Joe » qui se base, évidement, sur le livre politiquement correct et scandaleux de l’ancien trotskyste Benjamin Stora et de son compère Abdelwahab Meddeb « Histoire des relations entre juifs et musulmans des origines à nos jours ».

      Pour connaitre la réalité, lisez Paul Fenton et David Littman « L’exil au Maghreb: la condition juive dans l’Islam 1148-1912 »

      Et aussi Georges Bensoussan : « Juifs en pays arabes : Le grand déracinement 1850-1975 ».

    • André dit :

      Pour le FLN tout était bon pour combattre la France y compris les juifs… alors que ce parti totalitaire faussement socialiste mais réellement islamique avait déjà prévu de faire de l’Algérie une nation « arabe » et « islamique » et adhérera dès 1962 et l’indépendance obtenue à la « Ligue Arabe » fondée par les Saoudiens…

      Je vous laisse deviner ce qu’aurait été à terme le statut et les conditions de vie des juifs dans une nation algérienne « arabe » et « islamique »… et bien la même qu’ils ont toujours eu dans ce genre de pays, celle de dhimmis !

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