Russie : Le journaliste d’investigation Ivan Golounov arrêté à son tour. Sarah Cattan

Aujourd’hui, lundi 10 juin, en Russie, trois quotidiens publient la même Une en soutien au journaliste Ivan Golounov : Je suis, nous sommes Ivan Golounov, proclame cette Une publiée par les influents Kommersant, Vedomosti et RBK.

Nous estimons que les preuves de culpabilité d’Ivan Golounov, fournies par les enquêteurs, ne sont pas convaincantes et que les circonstances de son arrestation font beaucoup douter qu’elle ne se soit déroulée avec violation de la loi, soulignent les trois journaux dans une déclaration commune. Nous n’excluons pas que l’interpellation et l’arrestation de M. Golounov soient liées à ses activités professionnelles, poursuit-elle.

Enfin, dans cette déclaration commune inédite, Kommersant, Vedomosti et RBK exigent une vérification détaillée des actes des policiers impliqués dans l’arrestation d’Ivan Golounov […] et une transparence maximale lors du déroulement de l’enquête : Nous allons suivre attentivement l’enquête […] et exigeons que la loi soit respectée par tout le monde et pour tout le monde, ajoutent-ils.

Depuis l’arrestation d’Ivan Golounov, de nombreux confrères, y compris des médias officiels, mais aussi des artistes et responsables politiques, lui ont apporté leur soutien.

Des journalistes se sont réunis devant le Palais de justice et ont tenu des bannières Je suis le journaliste Ivan Golonov, ils m’ont aussi arrêté!

L’arrestation de Golonov a encore suscité des réactions internationales. RSF s’est déclaré très inquiets quant à cette arrestation et au comportement très suspect de la police, l’ambassade américaine s’en est mêlée avant d’être renvoyée dans ses buts, mais encore les délégations en Russie de l’UE et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.

Le journaliste d’investigation russe Ivan Golonov a été arrêté jeudi 6 juin par le tribunal de Moscou, puis placé sous surveillance avant d’être hospitalisé en raison de quatre côtes cassées résultant d’un sévère passage à tabac et enfin mis en résidence surveillée samedi matin : de la drogue avait été trouvée sur lui mais aussi chez lui.

Ses partisans, postés devant la Cour du Tribunal de Nikolinski, ont attendu la décision d’assignation à résidence jusqu’au 7 août, période qui pourra être prolongée, ils ne le savent que trop…

Ses collègues et les défenseurs des droits de l’homme n’ont plus le cœur à rire des allégations qui feraient du journaliste un … revendeur de drogue, et parlent d’un énième complot.

On apprend par Galina Timchenko, la directrice de Medusa, journal en ligne indépendant devenu l’un des plus lus et respectés en Russie dans quelques années, qu’Ivan était menacé de mort presque tous les jours : On va t’enterrer pour toujours revenant souvent. Pour info, le média était basé à Riga pour échapper au contrôle des autorités russes.

Selon plusieurs ONG, les pouvoirs publics russes seraient responsables d’une pression multiforme à l’égard des journalistes[1]. Nicolas Vigne raconte comment un correspondant en Sibérie de la télévision publique Rossia 24, Ivan Litomine, s’est fait envoyer au tapis d’un coup de rein le 22 mai dernier, pour avoir eu l’impudence de demander à un haut fonctionnaire de la région de Khakassie pourquoi des victimes d’un incendie datant de 2015 n’étaient toujours pas relogées. La vidéo attestant de ces faits a tellement fait scandale qu’elle a contraint l’apparatchik à rendre sa carte du parti pro-Kremlin, Russie unie. Ce qui n’a pas empêché ce dernier de porter plainte contre le reporter pour injure à l’égard d’un représentant du pouvoir : cette disposition figure justement dans une toute nouvelle loi initiée par ce même parti Russie unie.

C’est d’ailleurs en vertu de ce texte qu’un journal de Iaroslavl s’était vu contraint, début avril, par le gendarme des médias Roskomnadzor, Service fédéral de supervision des communications, de retirer un article …

Ivan Golounov, que son média décrit comme l’un des journalistes d’investigation les plus connus de Russie, est persuadé que les accusations portées contre lui se rapportent en réalité au contenu de ses enquêtes, la dernière portant sur les partages de gangs concernant le cimetière de commerce à Moscou. Il a notamment travaillé sur les escroqueries menées par les entreprises de microcrédits, sur la crise des déchets à Moscou, sur le partage mafieux du business des cimetières et d’autres affaires de corruption et de détournement de fonds. Sa réputation professionnelle est sans faille. C’est un journaliste méticuleux, honnête et impartial, précise la direction de Meduza.

 L’arrestation d’Ivan Golounov, qui encourt jusqu’à 15 ans de prison, constitue une nouvelle étape dans les pressions dont font l’objet les médias en Russie.

Pour Natalia Zyvagina, la directrice de l’antenne russe d’Amnesty International, et pour nombre de journalistes et d’ONG de défense de la presse, l’arrestation d’Ivan Golounov est un exemple de persécution des médias : L’affaire, si elle s’avère être montée de toutes pièces, marquerait une escalade significative dans la persécution du journalisme indépendant en Russie , a déclaré Johann Bihr, le responsable de l’Europe de l’Est pour RSF.

Pour info, la Russie figure à la 149e place du classement de la liberté de la presse de RSF en 2019, sur un total de 180 pays.

Pour info encore, notons que même des journalistes travaillant pour des médias d’État ou réputés loyaux à l’égard du pouvoir considèrent que ce n’est pas normal, que cette affaire est scandaleuse

 Sarah Cattan

[1] Russie : nouveau tour de vis du pouvoir sur les media. Nicolas Vigne. Le Figaro. 31 mai 2019

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