L’avenir des relations jordano-israéliennes

Les contacts secrets entre Israël et la Jordanie n’ont jamais été interrompus depuis les rencontres de Golda Meir avec le roi Abdallah 1eren novembre 1947 et en mai 1948. Après la guerre d’Indépendance et déjà en février 1950 un accord sur la fin de l’état de belligérance était à l’ordre du jour mais fut écarté après l’assassinat du roi jordanien en juillet 1951, lors de sa visite à la mosquée el-Aqsa de Jérusalem. L’attentat fut fomenté par le Mufti Amin el Husseini, ancien allié d’Hitler. Le Mufti s’était opposé farouchement à l’annexion de la Cisjordanie par le roi jordanien en avril 1950.

Rappelons que la montée au pouvoir du colonel Nasser en Egypte ébranla les royaumes arabes par des coups d’Etat successifs. La Jordanie échappa aux révoltes grâce à l’intervention de la Grande-Bretagne mais aussi en raison des liens informels mais très particuliers qu’Israël entretenait avec le roi Hussein. En septembre 1963, le roi hachémite promit, lors d’une rencontre secrète à Londres, de ne pas acheminer des troupes armées en Cisjordanie.

Cependant, la frontière entre les deux pays est longue de 238 kms et les groupes terroristes palestiniens ont lancé des opérations en traversant, sans trop de difficulté, le Jourdain et la région désertique de l’Arava.

Depuis la création de l’OLP en 1964, Arafat menaçait en permanence le Royaume hachémite et Hussein refusait de créer un Etat jordano-palestinien, malgré le fait que plus de 60% de sa population est palestinienne.

Suite à une vague meurtrière d’attentats, Tsahal lança le 13 novembre 1966 une opération militaire contre l’OLP à Samoa, en territoire jordanien. Ce raid causa une rupture des contacts et un rapprochement forcé de Hussein avec l’Egypte et la Syrie. Toutes les tentatives diplomatiques d’éviter la participation de Hussein à la guerre des Six-jours furent vouées à l’échec.

En 48 heures tout bascule et Hussein perd la Cisjordanie et Jérusalem Est. Sa défaite humiliante en juin 1967 l’amena à la conclusion qu’il est préférable d’avoir des relations mêmes informelles avec l’Etat juif plutôt qu’avec les Palestiniens d’Arafat. Ainsi, en décembre 1967, il rencontre Abba Eban à Londres et lui demande d’avoir accès à la Méditerranée. En septembre 1968, Ygal Allon s’entretient avec le petit roi en présence du chef d’état-major Barlev, et en mars 1970, une autre rencontre a lieu avec Moshé Dayan. Une nouvelle page est tournée, c’est le début de la politique des ponts-ouverts.

Lors du fameux Septembre Noir de 1970, Arafat et ses troupes sont chassés vers le Liban et la Syrie sous le regard contrôlé et satisfait des Israéliens.

Avant la guerre de Kippour, le roi Hussein avait averti Israël des intentions de Sadate mais Golda Meir n’avait pas pris très au sérieux son cri d’alarme. Golda refusa également à la demande du roi un retrait partiel dans la région de Jéricho.

En matière de stratégie, Henry Kissinger partageait le jugement de Hussein sur l’avenir des relations avec Israël. Juste après la guerre de Kippour, le 19 janvier 1974, lors d’un entretien amical à Akaba, il dit franchement au roi : « Israël a le choix entre deux possibilités : traiter avec Arafat ou traiter avec votre Majesté. Si j’étais le Premier ministre israélien, eh bien, je me précipiterais pour négocier avec votre Majesté, parce que c’est la meilleure des garanties contre Arafat ».

Le 23 aout 1977, Moshé Dayan, chef de la diplomatie israélienne du gouvernement Begin, rencontre Hussein à Londres et tente en vain de signer un accord de paix. Une décennie plus tard, son successeur, Shimon Pérès, signe avec le roi hachémite le fameux « document de Londres », mais par précipitation avise le Premier ministre Shamir après coup. Cet échec diplomatique met fin à tout rapport de Hussein avec la Cisjordanie. Ce divorce laisse de factoce territoire aux mains des palestiniens d’Arafat.

En 1991, juste après la Première guerre du Golfe et la conférence historique de Madrid, des négociations bilatérales sont ouvertes en plein jour et elles aboutiront le 26 octobre 1994 à la signature d’un traité de paix et à la fin de l’état de belligérance entre les deux pays voisins. Après l’Egypte, la Jordanie devient le deuxième pays arabe à signer un traité de paix avec l’Etat juif.

Signature du traité de paix entre Israël et la Jordanie, le 26 octobre 1994 (photo GPO)

Le jour de la signature j’étais présent, témoin de la cérémonie. Dans le désert de l’Arava, non loin d’Eilat et Akaba, l’euphorie emportait les esprits. En présence des présidents Bill Clinton et Ezer Weizman, le roi Hussein, Rabin et Pérès, des centaines de ballons multicolores envahissaient le ciel bleu azur accompagnés de salves d’applaudissements. Cette signature historique mettra fin de facto à 46 ans de guerre. La frontière internationale remplace les lignes d’armistice de 1949. Des relations diplomatiques entières sont établies avec l’ouverture d’ambassades. Une douzaine d’accords bilatéraux sont ratifiés dans les domaines économique, scientifique, agricole et culturel.

D’autres dispositions du traité concernent la répartition des ressources en eau, la liberté de passage pour les ressortissants des deux pays, des efforts pour alléger le problème des réfugiés et la coopération pour le développement de la vallée du Jourdain, notamment par des zones industrielles et agricoles, comme dans la région de Naharayim, l’île de la paix. Ces zones sont exploitées dans le cadre d’un bail de 25 ans… Israël souhaite son prolongement et des négociations sont actuellement en cours.

Rappelons qu’en 1997 a eu lieu à Naharayim un attentat contre sept adolescentes israéliennes qui effectuaient une promenade scolaire. Un soldat jordanien a tiré sur eux. Le roi Hussein s’est personnellement rendu auprès des familles des jeunes filles pour présenter ses condoléances et ses excuses. Une décennie après, la mort de deux citoyens jordaniens par un agent de sécurité de l’ambassade d’Israël à Amman a provoqué une crise diplomatique.

En mars 1999, suite à la mort du roi Hussein, son fils Abdallah II lui succède et en avril 2000 il se rend en Israël. En juin 2003, le roi Abdallah II a accueilli un sommet à Akaba en présence du président américain, G.W. Bush, du Premier ministre, Ariel Sharon, et du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. En avril 2004, le roi Abdallah II a rendu visite à Ariel Sharon dans sa ferme des Sycomores.

Depuis le déclenchement de la Deuxième Intifada et la mort d’Arafat, les relations entre les deux pays ont été souvent tourmentées, souvent à cause des affrontements sur le mont du Temple, mais elles n’ont jamais abouti à un divorce en raison des liens stratégiques et militaires, et à la présence de Tsahal le long de la vallée du Jourdain.

Cette présence non seulement défend la sécurité de l’Etat juif contre les menaces du front Est et l’infiltration de terroristes, mais sauvegarde aussi le Royaume hachémite, fragilisé par les menaces et par les intentions hégémoniques de l’Iran.

Freddy Eytan                                                                                                          Le CAPE de Jérusalem, jcpa-lecape.org

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3 commentaires pour “L’avenir des relations jordano-israéliennes
  1. Hervé Boismery dit :

    Des relations étroites avec Israel sont la condition sine qua non de la survie du Royaume hachémite…Faute de quoi, la dynastie hachémite, facteur de stabilité dans la région disparaîtra, comme elle a disparu en Irak en 1958, après le coup d’Etat et l’assassinat du Roi Abdallah II, cousin du Roi Hussein.

  2. Hervé dit :

    Correctif: le Roi d’Irak assassiné, empalé puis pendu à un réverbère en juillet 1958, ne se dénommait pas Abdallah II mais Fayçal II. C’était bien un Hachémite, cousin de Hussein de Jordanie.

  3. Brigitte dit :

    La Jordanie est un Etat très majoritairement palestinien, vue sa population.

    L’effondrement de la dynastie hachémite régnante en Jordanie, pays artificiel instauré dans l’intérêt de feu l’Empire Britannique des années 1920 (accords Sykes-Picot, conférence de San Remo, je vous fais grâce des détails) ne gênerait pas grand-monde.

    Et ouvrirait le chemin à un Etat palestinien sur ce territoire, ayant des intérêts concomitants avec ceux d’Israël, en dépendant et ayant beaucoup à perdre en cas de conflit.

    D’autant plus que ses autres « voisins », Syrie, Irak et Arabie Saoudite, ne brilleraient pas par une bienveillance excessive à son égard.

    De surcroit, ceci dégonflerait au moins partiellement l’aspiration à un « Etat palestinien » sur des territoires actuellement contrôlés par Israël.

    Si le « royaume hachémite » devient difficile, il y aurait peut-être intérêt à lui infliger la petite pichenette nécessaire pour arranger ça.
    Le Mossad et la CIA savent faire.

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