Iran : d’accord ou pas d’accord ? Par Maxime Perez

Inquiet de la perspective d’un « mauvais » compromis avec l’Iran, Benyamin Netanyahou prévient que l’accord de Genève risque d’enterrer la possibilité d’un règlement pacifique. En est-il vraiment convaincu ?

Maxime Perez

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C’est comme un mauvais pressentiment, la crainte d’avoir été oublié ; pis, d’être sacrifié sur l’autel de la « paix des braves ». Les responsables israéliens vivent mal les négociations en cours à Genève, comme s’ils n’accordaient aucun crédit aux grandes puissances (P5+1), fautives de s’être abandonnées à l’esprit munichois. En première ligne dans le combat contre l’Iran nucléaire, Benyamin Netanyahou parait désemparé, lui qui a investi tant d’efforts pour dénoncer la logique pernicieuse de la République islamique, il est vrai, subitement disposée au compromis après plus d’une décennie de fourberies diplomatiques.

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En jeu, une simple suspension des activités nucléaires de Téhéran moyennant un allègement provisoire des sanctions, le temps de parvenir à un accord en bonne et due forme. Quand ? Dans six mois théoriquement. Le gouvernement israélien n’y croit pas une seconde et voit se reproduire le scénario nord-coréen. En octobre 1994, à Genève, un accord-cadre avait été signé entre l’administration de Bill Clinton et le régime de Pyongyang, engageant ce dernier à interrompre puis démanteler son programme nucléaire militaire en échange d’une aide économique. Dans les faits, la Corée du Nord a poursuivi des activités clandestines lesquelles, en 2006, lui permettront de réaliser son tout premier essai nucléaire.

Le premier ministre israélien n’y est pas allé de main morte pour dénoncer la « naïveté » occidentale : « c’est un très mauvais accord et nous le rejetons complètement (…) Israël n’est pas lié par cet accord et Israël fera tout ce qu’il faut pour se défendre ainsi que protéger la sécurité de son peuple ». Colère, sursaut d’orgueil, ou ultime avertissement ? La fermeté de Benyamin Netanyahou laisse peu de doutes quant à ses intentions. Sauf que l’option militaire n’a plus de véritable légitimité. Non pas que l’armée israélienne n’ait pas les moyens d’agir seul contre l’Iran, mais tout agissement serait perçu comme une initiative contre la communauté internationale.

L’heure est donc critique. Dans la nuit de vendredi à samedi, le président américain Barack Obama s’est empressé d’appeler le chef du gouvernement israélien pour le rassurer. Mais le fossé entre les deux hommes parait insurmontable depuis Benyamin Netanyahou prône un démantèlement pur et simple des infrastructures nucléaires de Téhéran. Ce dernier est aussi intimement persuadé que seule la menace latente d’une frappe – ajoutée au maintien des sanctions – permettra d’obtenir des résultats tangibles. Nul doute que la « leçon syrienne » sur la question des armes chimiques est un exemple à suivre pour Israël.

Un autre ton en coulisses ?

Aux yeux de n’importe quel observateur, les positions d’Israël et des Etats-Unis sur l’Iran paraissent extraordinairement dissonantes, et leurs stratégies respectives aux antipodes. D’aucuns pourraient même penser que la passe d’armes ou le clash diplomatique sur ce dossier ne sont qu’une question de temps. En réalité, Washington ne considère pas les mises en garde répétées de Netanyahou comme une atteinte aux négociations. A demi-mots, certains responsables de l’administration Obama admettent que les pressions du premier ministre israélien servent le processus diplomatique. Pour preuve, le secrétaire d’Etat à la Défense Chuck Hagel a presque salué les menaces d’une action militaire israélienne, affirmant que celles-ci avaient contraint l’Iran à négocier sérieusement.

Dans les couloirs de la Maison Blanche, on assure que Netanyahou ne cherche pas à torpiller les contacts américano-iraniens. Il serait conscient, dit-on, que l’Occident doit aussi faire des concessions pour éviter la guerre avec l’Iran. Parallèlement, les Etats-Unis auraient adopté certaines exigences israéliennes, comme l’a laissé entendre Wendy Sherman, chef de l’équipe de négociations américaine, lors d’une interview télévisée à la Chaine 10. Ces exigences concernent un allégement des sanctions contre la République islamique que Jérusalem serait disposé à accepter si Téhéran suspend ses activités d’enrichissement d’uranium – aussi longtemps que dureront les négociations.

Contrairement aux rumeurs relayées dans la presse, les Américains n’envisagent pas de lever les sanctions contre le régime de Téhéran. Il serait seulement question d’un dégel des 3 milliards de dollars de fonds iraniens détenus dans les banques occidentales et qui pourraient être utilisés à titre d’aide humanitaire, en signe de bonne volonté. En coulisses, le gouvernement israélien n’y verrait aucun inconvénient. Washington et Jérusalem assurent avoir accordé leurs violons et leurs désaccords ne seraient que tactiques. Des deux côtés, plusieurs sources indiquent que l’objectif reste inchangé : empêcher coûte que coûte l’Iran de développer des armes nucléaires. Sur le fond, Israël serait même satisfaite de certains engagements obtenus par les Etats-Unis auprès des Iraniens. La rhétorique agressive de Netanyahou sur ce dossier est loin d’avoir été inutile.

Maxime Perez

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