Une funeste journée, par Philippe Meyer, Président du B’nai B’rith France

Nous avons tous réagi avec indignation et colère, et condamné avec force l’ambiguïté et les propos indécents tenus par Emmanuel Macron à propos de la légitimité d’honorer le « grand soldat » qu’aurait été Pétain durant la première guerre mondiale, reconstruisant ainsi l’Histoire en faisant table rase de l’indignité nationale et de la condamnation à mort dont a été frappé en 1945 l’homme de la honte qui a trahi la France, ainsi que des propos forts de Jacques Chirac ayant dénoncé en 1995 la responsabilité de l’Etat français dirigé par Pétain dans la déportation des juifs. L’Histoire est un tout.

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Mais il y eut également la suite de la phrase du Président, dans laquelle il fut question de « choix funestes » faits par Pétain durant la seconde guerre mondiale.

Le statut des juifs, la collaboration active avec le pouvoir nazi, la rafle du Veld’hiv, la torture des résistants, l’envoi de 76000 juifs dans les camps de la mort, la décision de ne pas oublier les enfants … Est-ce cela que le Président de la République a qualifié de « choix funestes » ? Rien de plus que « funestes » ? Chaque mot compte.

A l’indécence s’est ajoutée l’impudeur.

Non, Monsieur le Président, ces pages terribles de notre histoire que le traître antisémite Pétain a écrites avec le sang des juifs n’étaient pas « funestes ». Elles étaient le mal absolu. Elles étaient l’inhumanité. Elles étaient l’indicible. Elles étaient l’irréparable.

Nous avons pris acte de la décision prise finalement de ne pas honorer Pétain avec les Maréchaux de la grande guerre. Mais ces mots ont été prononcés, le trouble a été créé et on ne peut être que stupéfaits et décontenancés de la mobilisation qui aura été nécessaire pour éviter le pire. Comme pouvait-il en être autrement ? Comment a-t-on pu imaginer un seul instant mettre à l’honneur un antisémite, traître à la nation et condamné par l’Histoire ? Il restera un goût très amer de ce triste épisode.

Cette journée du 7 novembre 2018 restera « funeste » pour nos valeurs communes que nous défendons tous. Elle restera dans les mémoires, dans la mémoire. Cette mémoire qu’on a insultée, souillée et meurtrie.

Philippe Meyer
Président du B’nai B’rith France

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Publié dans histoire
3 commentaires pour “Une funeste journée, par Philippe Meyer, Président du B’nai B’rith France
  1. Daniel Farhil dit :

    Bravo M. Musicant. Je souscris entièrement et vous invite à lire ma dernière chronique sur Facebook

  2. Jean-Victor dit :

    Loin de moi de vouloir minimiser l’inconcevable et inacceptable affront que sont ces déclarations du Pdt Macron.
    Il me semble qu’un second affront y est en œuvre, et de « funeste » présage :
    Le Président de la République est, par définition et par mission, « garant des institutions ». Ces institutions, par leurs souverainetés mêmes, ancrent et défendent la légitimité de notre République. Parmi celles-ci, la Justice. C’est cette souveraine institution qui a frappé Philippe Pétain d’indignité nationale. Cette indignité n’est ni relative ni ponctuelle. Ne pas respecter, bec et ongles, cette décision ; la relativiser, pour des raisons de calculs politiques, ou de mise en scène, ou d’égo, par l’unique personne censée garantir la pérennité de la République est un affront aussi insoutenable que l’autre.

    • Passepartout dit :

      Mais, Jean-Victor, c’est justement l’indépendance des institutions qui permet à Macron de dire ce qu’il veut.
      Si la Justice est indépendante de l’Exécutif, le vice-versa est aussi vrai…
      Aucun historien futur ne se pliera aux décisions judiciaires d’aujourd’hui. Ni politicien.
      Non que je sois content des petites phrases parfois irrefléchies de Macron. Mais votre argument ne tient pas.

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