Le Fuck Israël, venu d’Islande. Sarah Cattan

Bien sûr qu’on s’en tape grave de leur banderole aux chanteurs islandais.

Bien sûr qu’on n’a même pas envie de la signer, la pétition qui demande une sanction.

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Bien sûr qu’ils nous ont inspiré plus de pitié et de mépris que de colère.

Cet acte de peu. Venus de pleutres. Qui ont voulu le beurre et l’argent du beurre. Qui nous avaient promis une sacrée réaction

Ça a fait splash

Ça s’est crashé en plein vol

Et Emmanuel Navon leur a bien répondu, leur suggérant d’aller soutenir leurs potes, mais comme chez Mac Do : Qu’ils y aillent tels quels, à Gaza. Avec leur banderole. Et leur costume.

Qu’ils assument, en somme

Qu’ils aillent chanter là où Mohamed Kacimi offre du théâtre

Qu’ils soient cohérents et essaient d’aller batailler auprès de Leila Shahid. Qu’ils essaient seulement. Puisque le mouvement BDS les a aussitôt clashés : En jouant en Israël, ils s’étaient faits complices de l’occupation. Sic. Était dès lors rejeté leur geste de soutien, comme avaient été rejetés les gestes solidaires d’artistes internationaux ne respectant pas la ligne militante du BDS : Les artistes qui insistent pour franchir la ligne du boycott palestinien, jouant à Tel Aviv au mépris de nos appels, ne peuvent pas compenser les torts qu’ils ont causés à notre lutte pour les droits humains en équilibrant leur acte complice avec un projet avec des Palestiniens. Ce qu’ils appelaient un soutien cache-misère, ils n’en avaient cure. Pire : ils n’en voulaient point, l’expression de solidarité exigée ayant été l’annulation des représentations dans l’apartheid israélien.

Pauvres artistes… Qui avaient évoqué dans Stundin leur forte identification à la cause palestinienne, indiquant qu’ils avaient le sentiment que leur devoir était d’utiliser l’Eurovision comme plateforme pour diffuser leurs opinions au plus grand nombre de personnes en Europe. Loupé. Sur tous les fronts.

In fine, ils seront sortis, ces méprisables qui se crurent preux,

A cause d’eux ou grâce à eux, suis allée m’enquérir de cette Islande qui les avait apportés.

Savaient-ils, eux, que certains des leurs, proches du troisième Reich, fermèrent la porte aux réfugiés juifs qui fuyaient les nazis et crurent trouver refuge en Islande.

Il apparaît que depuis le 11e siècle, des Juifs vivent en Islande. On les appelle le peuple de Dieu.

En 1704, un Juif danois d’origine portugaise, Jacob Franco, obtint la charge de Fournisseur royal des tabacs, décernée par la Couronne danoise, sur les îles d’Islande et les îles Féroé. Pour info, jusqu’à la fin du 18e siècle, cette charge ne fut tenue que par des Juifs, mais aucun n’avait l’autorisation de s’installer en Islande.

1815. Ruben Moses, riche armateur de Copenhague, tenta d’affréter un vaisseau, l’Ulrika, pour favoriser l’installation de quelques familles juives danoises. C’est que le Roi du Danemark, dont l’Islande dépendait, voulait favoriser la venue de marchands juifs pour le développement économique du Pays.

Le Parlement islandais ne permit pas le débarquement : aucun Juif n’était autorisé à s’installer dans le pays. Toutefois, après deux ans d’âpres discussions, l’Alpingi accepta la proposition du Roi, sous réserve qu’aucun marchand juif ne révélât son judaïsme aux insulaires.

Aucun Juif n’accepta cette offre. C’est ainsi que pendant tout le 19e siècle, on dénombra très peu de Juifs en Islande.

XIXème siècle. Un Président d’Université, Bjorn Olsen de son nom, raconta dans un article du premier journal islandais l’histoire d’une confrérie secrète de marchands juifs qui affamait le pays[1].

En 1853, le parlement islandais rejeta la demande du roi du Danemark de permettre aux Juifs de résider dans le pays. Bien que cela ait été inversé deux ans plus tard, c’était seulement parce que l’Islande voulait inciter les marchands juifs à immigrer afin de relancer l’économie.

Près d’un siècle plus tard, en 1938, alors que les juifs autrichiens tentaient de fuir à la suite de la montée du nazisme, l’Islande refusait de leur permettre l’entrée

1938. L’Islande, qui était encore territoire autonome sous tutelle danoise, légiféra pour interdire l’entrée des réfugiés juifs mais encore pour expulser la poignée de Juifs venus s’y réfugier.

Il se trouva, parmi les habitants de ce petit pays, des volontaires pour rejoindre la Waffen SS. Pour servir, en qualité de Gardiens de camps, la SS Totenkopf. Parmi eux, le propre fils du premier président de la République islandaise, Sveinn Bjornsson. A l’instar de milliers qui militèrent au Parti nazi islandais, lequel, marginal, était cependant représenté au Parlement[2].

Il s’en trouva un, connu pour avoir été Reichskomissar Ost et boucher des ghettos de Riga et tenu pour responsable de l’extermination des Juifs en Lettonie.

Quelques commerçants juifs danois s’installèrent toutefois à Reykjavik. La famille Arnhems en fait partie. Affrontant un pays inhospitalier : Le journaliste hongrois Max Nordau décrivit ce pays comme un désert glacé et il écrivit à sa famille que Mieux valait vivre comme un chien à Pest que comme en voyageur en Islande.

Mai 1938. Les Danois refusèrent l’asile politique aux Juifs autrichiens. Les Islandais leur emboitèrent le pas. Réservant les emplois aux seuls nationaux. Se rapprochant des thèses nazies, pour se concilier les faveurs d’un Hitler ayant promis de délivrer le pays du joug danois.

Des citoyens islandais n’allèrent-ils pas jusqu’à se choisir un Prince allemand afin qu’il devînt Roi d’Islande. Ils firent leur un Prince, membre du parti nazi, haut dignitaire du 3e Reich, et Goebbels en personne soutint ce projet fou. Un parti nazi rattaché au parti allemand fut formé en Islande. Il ne parvint jamais à avoir des Députés au Parlement et disparut … faute d’ennemis à combattre : les Juifs étaient vraiment trop peu nombreux pour qu’on en fît de crédibles boucs émissaires.

Si les quelques Juifs eurent ainsi peu à craindre des nazis islandais, ils eurent à en démordre avec des autorités totalement inféodées à l’idéologie nazie : Le Premier Ministre Hermann Jónasson ne déclara-t-il pas[3] que l’Islande avait toujours été un pays de pure race nordique, sans présence juive, et que ceux qui s’y étaient installés devaient partir.

Deuxième guerre mondiale. Les troupes britanniques débarquèrent en Islande, position stratégique pour empêcher l’invasion allemande en Grande Bretagne. Quelques centaines de combattants britanniques étant juifs, il fut décidé d’organiser un office religieux pour la fête de Kippour 1940. C’était la première fois dans l’histoire de l’Islande que l’on célébrait un office religieux autre que chrétien.

Arrivée des troupes américaines. La Communauté militaire de confession juive s’étoffa alors. Les réfugiés allemands qui purent trouver asile en Islande furent obligés de changer de nom afin d’islandiser leur patronyme pour ne pas … heurter la population : Harry Rosenthal devint Haradu’r Magnusson, et Karl Friedlander s’appela Hjortur Haraldsson.

Il y eut toutefois certains Juifs pour persister et devenir de vrais citoyens. N’avaient-ils pas déjà changé de nom. Pourquoi pas alors de religion. Ils le firent. Mais ne purent jamais pour autant jouer un rôle dans la vie de leur nouvelle Patrie.

1938. Un réfugié juif allemand ruiné fut déporté vers le Danemark. Les autorités islandaises de l’époque avaient offert de couvrir tous les coûts de son expulsion vers l’Allemagne nazie, si le Danemark lui refusait l’entrée.

XX ème siècle. Peu de Juifs installés en Islande. Si peu nombreux qu’on ne trouve aucune trace de leur présence. Certes un Fritz Nathan, Juif danois, architecte qui fit construire dans les années 1920 le plus haut building d’Islande.

Certes, l’Islande fut l’un des 37 pays qui, le 29 novembre 1947, votèrent la résolution de l’ONU en faveur de la création de l’Etat d’Israël. Mais le pays ne fut jamais réellement jew’s friendly : quelques membres du parti nazi islandais s’étaient faits les auxiliaires zélés des SS en devenant gardiens de nombreux camps de concentration en Allemagne. Notamment à Dora. Le propre fils du premier Président de la nouvelle République, membre de la SS, se réfugiera, comme tant d’autres, en Argentine.

Vilhjalmur Orn Vilhjalmsson étudia les nombreux cas d’antisémitisme en Islande, au cours des siècles. Il précisa qu’après la guerre, plusieurs anciens membres du parti nazi d’Islande avaient rapidement obtenu les postes les plus prestigieux et élevés de la société.

2000. L’Islande participe à la Conférence de Stockholm sur l’Holocauste. Elle signe la charte obligeant les Etats membres à enseigner la Shoah dans les écoles. De nombreuses protestations s’en suivirent : cet enseignement allait mettre en danger la cohésion du Pays.

En Islande aussi, le conflit israélo-palestinien, sous couvert d’antisionisme, donna à beaucoup l’occasion d’établir ce parallèle entre … les actions menées par l’armée israélienne à Gaza et les exactions des nazis pendant la guerre. Certains allèrent jusqu’à trouver une justification symbolique conquérante dans le drapeau israélien : les 2 lignes horizontales bleues ne figuraient-elles pas le Nil et l’Euphrate ? Létoile de David ne symbolisait-elle pas le peuple juif, seul légitime possesseur de la terre entre ces deux fleuves…

Aujourd’hui. La Communauté juive d’Islande se compose de 50 à 100 personnes. Sans lieu de culte ni salle communautaire.

Les députés de cinq partis différents en Islande présentèrent récemment un projet de loi visant à interdire la circoncision, cette violation des droits des hommes. 6 ans d’emprisonnement menaceraient les contrevenants. Le Président de la Conférence européenne des rabbins, Pinchas Goldschmidt, leur répondit que la Brit Mila était une partie importante de la vie juive et qu’aucune autorité au monde ne dicterait aux Juifs une telle interdiction.

Dans un document complet intitulé L’Islande, les juifs et l’antisémitisme publié en 2004 dans Jewish Political Studies Review, le Docteur Vilhalmur Vilhalmsson rappela qu’en ce qui concernait l’Holocauste, l’Islande n’était pas une page blanche. Vilhalmsson révèle dans ce document qu’à la fin des années 1930, les autorités islandaises étaient allées jusqu’à proposer de payer le coût de l’expulsion des Juifs de leur territoire vers l’Allemagne.

L‘année dernière, le mouvement loubavitch Chabad Chasidic décide d’envoyer le rabbin Avi Feldman, 27 ans, originaire de Brooklyn, et son épouse Mushky, née en Suède, à Reykjavík. A charge pour eux de mettre en place un cadre éducatif pour les enfants juifs, une synagogue et un Mikveh.

2005. L’Islande décide d’offrir la citoyenneté à l’ancien champion d’échec Bobby Fischer. Cet antisémite enragé d’ascendance juive était, à cette époque, détenu dans une prison japonaise et attendait son expulsion vers les Etats-UnisL’Islande avait déjà offert un chaleureux asile au criminel de guerre et Nazi estonien Evald Mikson. A la fin des années 1980, le chasseur de nazis Ephraim Zuroff avait tenté de faire déferrer Mikson devant un tribunal pour son implication dans le meurtre de Juifs en Estonie. Cette tentative déboucha sur une campagne d’attaques et de calomnies des médias islandais contre Israël. Le gouvernement islandais mit sur pied, plus de dix ans après, s une commission d’enquête sur les crimes de guerre de Mikson. Ce ne fut qu’après la mort de l’individu que les enquêteurs admirent que Mikson avait effectivement commis les atrocités desquelles il était accusé. Pour info, au cours d’un débat sur le dossier Mikson au Parlement, plusieurs parlementaires islandais firent des digressions sur le Moyen-Orient et les politiques menées par Israël. Parmi eux, Olafur Grimsson condamnait les attaques israéliennes sur les villes du Sud-Liban et le meurtre par Israël du leader du Hezbollah, Abbas Mussawi. Le même Grimsson qui occupa le poste de Président d’Islande de 1996 jusqu’en 2016.

2011. Le Parlement d’Islande est l’un des tout premiers en Europe Occidentale à reconnaître un Etat Palestinien. Le ministre des affaires étrangères de l’époque, Ossur Skarphedinson était un antisioniste de haut niveau. L’Islandaise Birgitta Jonsdottir, elle, fut la première parlementaire à rendre visite aux participants de la seconde Flottille pour Gaza, qui échoua lamentablement.

2015. Le Conseil municipal de Reykjavik décide de boycotter les produits israéliens. Le gouvernement prend ses distances avec cette décision. Le conseil de la ville se ravise et limite ce boycott aux produits émanant de la Zone C d’implantations qui offrent des emplois aux Palestiniens.

Et puis voilà : Dorit Moussaieff, née à Jérusalem, fut l’épouse d’Olafur Ragnar Grimsson, président de la république islandaise jusqu’en 2016. En tant que première dame d’Islande, elle s’investit dans la promotion de la culture et de l’économie islandaises à l’étranger et travailla à l’amélioration des conditions de vie des enfants et des jeunes souffrant de handicaps ou de maladie mentale.

Mardi 16 septembre 2015. Boycott des produits israéliens, à la stupeur d’un Etat hébreu qui ne tarda pas à tempêter contre Un volcan de la haine en pleine éruption dans le bâtiment du Conseil municipal de Reykjavik, par la voix courroucée du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Emanuel Nachson.

Soumise à délibération par le conseiller municipal Björk Vilhelmsdóttir, la proposition de boycotter tous les produits en provenance d’Israël, aussi longtemps que son gouvernement ultra-sioniste poursuivrait la colonisation à marche forcée en piétinant le droit international, fut adoptée en séance plénière, en dépit de l’opposition des représentants du Parti de l’Indépendance qui démontra là son extrême frilosité…

Le dernier mot au dessinateur Ranson : Finalement la cause palestinienne c’était comme les polos Lacoste : Il y avait tellement de contrefaçons qu’il n’y avait plus que quelques ploucs et les Zyvas de banlieue pour croire que ça faisait chic de s’en parer.

En attendant, Ils sont discrets, les Juifs islandais. Pour la plupart non-pratiquants.

Ils sont 100. Islandais par amour et épousailles. Résidant presque tous à Reykjavik.

100 pour 310 000 habitants. Venus d’Europe de l’Est et du monde arabe.

De temps à autre, ce qu’ils appellent un incident : un propriétaire de magasin qui inscrit sur sa porte Interdit aux Juifs.

Une croix gammée retrouvée sur la voiture d’une famille dont le garçon préparait sa bar-mitsvah.

C’est pas de la judéophobie : ils sont sensibilisés à la cause palestinienne. Eux.

Sarah Cattan

Sources :

http://www.amicale-des-deportes-auschwitz-et-birkenau-rhone.asso.fr/ 

https://infos-israel.news

http://www.michaelfreund.org/20881/iceland-circumcision

 malaassot.comreproduction

[1] http://www.amicale-des-deportes-auschwitz-et-birkenau-rhone.asso.fr/

Histoires méconnues voire inconnues. Jean-Claude Nerson.

[2] Dans l’ombre. Arnaldur Indridason. Métailié.

[3] www.amicale-des-deportes-auschwitz-et-birkenau-rhone

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