La résistance, ce n’est pas le terrorisme, par Jean-Paul Fhima

« Résistance » scandait la foule bigarrée dans les rues de Paris l’été dernier. Alors même que se dressaient parmi elle les bannières des pires organisations extrémistes. Faut-il comprendre que, dans l’esprit de ces manifestants, « résister » suppose implicitement d’accepter et de justifier le terrorisme ?

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Dès les premières manifestations, Marc Hecker, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI), a écrit que ces défilés formaient « un ensemble très hétéroclite » (La Croix, 16 juillet 2014). « A côté des banderoles rouges ou anarchistes et des portraits d’Arafat, se dressaient les emblèmes du Hamas et du Hezbollah. »

Ce qui ne semblait nullement perturber les protestataires, en marche pour « un soutien total à la résistance palestinienne. » Non loin des militantes libertaires très excitées, en pantalon ou en minijupe, de nombreuses femmes voilées côtoyaient des retraités pacifiques ou des jeunes gens agressifs.

‘’Une belle France multiculturelle’’

dira-t-on sans doute. Vraiment ?

Le tout formait plutôt un ensemble extrêmement disparate d’individus et de collectifs, d’associations et de groupuscules, n’ayant souvent aucun lien entre eux. A l’image d’une société sans grande cohésion, porteuse d’un message sans grande cohérence.

Toutefois, les manifestants se retrouvaient sur un point commun : dénoncer Israël, pays « oppresseur » et « criminel » ; et par la même occasion dénoncer (ou laisser dénoncer, ce qui revient au même) les Juifs de France, complices, à leurs yeux, de cette oppression.

Ces indignés de circonstance trouvaient surtout un prétexte, plus ou moins sincère, à une sorte de radicalité obsédante, politique pour les uns, humanitaire pour les autres, religieuse pour beaucoup.

« Résistance », le mot magique sorti du contexte de la seconde guerre mondiale, faisait l’unanimité parmi les participants nullement gênés de la dissonance entre les slogans édifiants d’un côté et les appels au meurtre de l’autre. Épousailles impromptues, et contre-nature, entre la vertu et le vice.

Pour Gérard Rabinovitch (philosophe et sociologue), «confondre terrorisme et résistance, c’est confondre deux mentalités de combat» (Libération, 29 août 2014). « [Ce qui] participe d’une anomie lexicale générale, destructrice des aptitudes à penser. » Nous ne faisons plus de différences. « Notre schème classique des valeurs a volé en éclats. »

Le terrorisme, nous dit-il, « consonne avec (des) figures mentales archaïques ». Il porte la violence comme une fin en soi et la mort comme un acte de gloire. « Il y a un consentement à la violence » présenté comme inéluctable.

La résistance accepte

de tuer pour se battre.

Le terrorisme cherche d’abord

à se battre pour tuer.

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Manifestation propalestinienne à Paris, juillet 2014

Le Hamas a été glorifié par les manifestants de l’été dernier. Ceux qui en portaient les couleurs comme ceux qui acceptaient de défiler à leurs côtés.

Or, qu’est-ce que le Hamas

au pouvoir dans la bande de Gaza ?

Le « harakat al-muqâwama al-islâmiya » (« mouvement de résistance islamique) a été fondé en 1987 par des militants issus des Frères musulmans. Depuis, ses activités n’ont eu qu’un seul et unique objectif. Non pas la paix avec l’État hébreu mais bel et bien sa destruction pure et simple.

Attentats-suicide, enlèvements d’innocents, creusements de dizaines de tunnels d’invasion et tirs continus de centaines de roquettes, ont instauré un état de guerre permanent. Au détriment des civils israéliens. Au détriment de la population gazaouie.

Ce mouvement armé trouve ses principes dans le Coran, et se bat au nom de l’islam. Son acte de foi est aussi simple que l’acharnement qu’il met à prendre les armes et à s’en servir : ‘’tuer en masse et le plus souvent possible’’.

Le Hamas figure sur la liste officielle des organisations terroristes du Canada, des États-Unis d’Amérique, de l’Union européenne. Son incroyable potentiel de violence ne s’exerce pas seulement contre le peuple d’Israël, mais aussi contre le peuple de Gaza.

La charte qui fixe depuis 1988 les grands principes de son programme politique est un nouveau Mein Kampf contre ‘’l’ennemi juif’’ qu’il faut effacer de la surface de la terre. Y compris, pour y parvenir, en faisant de sa propre population des otages et un bouclier humain. Pour la juste cause d’une propagande mortifère que les manifestants parisiens de l’été dernier ont exaltée, au lieu de condamner.

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Résistants propalestiniens

Le terrorisme du Hamas (comme celui du Hezbollah, du Jihad islamique, de Boko Haram ou de l’EI) exige le sacrifice et le martyr. On n’a pas le choix, on obtempère ou l’on meurt.

C’est exactement le contraire dans la résistance, telle que nous la connaissons dans notre histoire et dans la mémoire collective.

Chaque année, nous commémorons des actes d’individus remarquables. Leur engagement et leur courage, leur choix d’hommes et de femmes citoyens, n’ont jamais fait de la violence gratuite une arme exclusive ni une fin en soi. Assassinats ciblés ou sabotages stratégiques n’étaient qu’un moyen parmi d’autres, nullement contraires à un immense « sentiment d’humanité », lui-même constitutif, nous rappelle Rabinovitch, d’une civilisation de vie, d’un lien social, d’une solidarité patriotique.

« La résistance ne se permet pas tout. La légitimité des moyens y est corrélée à l’équité des fins. » Alors que « le terrorisme invente sans cesse des procédés de mort ».

Le slogan « nous sommes tous des résistants palestiniens » aurait dû se comprendre de la façon suivante : aidons les Palestiniens à se défendre contre le terrorisme de Hamas qui les sacrifie à une idéologie qui les dépasse. Aidons les populations civiles de Gaza à s’organiser contre cette violence. Or, c’est exactement le contraire qui est arrivé.

Comme absous de ses péchés par l’absurdité collective et le silence des médias à son sujet, le Hamas est sorti de l’opération bordure protectrice renforcé par une image de ‘’légitime opposant’’ à l’oppression fantasmée d’Israël. Ce qui a procédé pleinement à un mécanisme de confusion des valeurs.

Quand on dit aujourd’hui Vive Gaza,

on dit Vive le Hamas,

ce qui signifie implicitement,

Vive le terrorisme.

Nous voilà contraints à « une déshérence complaisante [qui sape l’] éthique (du mot résistance) par l’assimilation inclusive de pratiques terroristes. C’est du même coup, regrette Rabinovitch, une façon de « saborder le droit de résister. »

La mission noble de la résistance s’oppose radicalement à l’idéal aveugle du terrorisme.

On ne résiste pas pour tuer, on résiste pour se défendre. On ne résiste pas pour anéantir, on résiste pour survivre. L’un se nourrit des libertés et du droit, l’autre du rapport de force et de la haine.

Résister c’est décider, s’engager, agir. Partager un seul et vrai idéal, le droit à la vie. La résistance a produit des héros, pas des criminels.

Michel Bongrand et Etienne Schlumberger, vrais résistants devenus des retraités paisibles et modestes, viennent de mourir à quelques jours d’intervalle.

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Michel Bongrand, décédé le 19 août 2014 à l’âge de 92 ans, était commandeur de la Légion d’honneur et décoré de la Croix de guerre.

Engagé dès décembre 1940 aux côtés des Alliés, il devient parachutiste dans la France libre en 1943, avant de mener une grande carrière de conseiller politique après la Libération. Comprenant en quoi Israël est aujourd’hui confronté au danger permanent d’un nouveau totalitarisme, il a vu dans le sort de ce petit pays celui à toutes les grandes démocraties du monde.

Le 9 avril 2008, le CRIF publiait un entretien dans lequel monsieur Bongrand disait à quel point être résistant est davantage une cause qu’une action de circonstance. On est résistant dans l’âme, on ne le devient pas pour se faire plaisir. On résiste parce qu’on n’a pas le choix si l’on veut vivre et survivre.

« Le 16 juin 1940, je voyais les troupes allemandes défiler aux Champs Élysées. Tout le monde pleurait et moi, je décidai de faire la guerre à Hitler : j’avais 17 ans et demi (…) De mission en mission, je voyais tomber mes camarades. Officier de commando, lieutenant parachutiste, j’étais un survivant. (…) Mon engagement ne s’est jamais démenti. (…) J’ai toujours partagé le grand idéal d’Israël, le droit à la vie, symbolisé pour moi en deux mots : Lehaïm et Mazel Tov. »

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Jeunes recrues des Forces navales françaises libres

(photo ©)fondation Charles de Gaulle)

Etienne Schlumberger, ingénieur et officier de marine, est mort le 9 septembre à l’âge de 99 ans. Compagnon de la Libération (décret du 17 novembre 1945), Grand officier de la Légion d’honneur et Croix de guerre, il avait été récompensé, à titre exceptionnel, par la prestigieuse Distinguished Service Cross (DSC) décernée aux officiers de la Royal Navy britannique.

Le 19 juin 1940, il organise le remorquage de quatre sous-marins vers l’Angleterre et rejoint la France Libre avec quelques rares marins qui ont décidé de le suivre. Mais la plupart de ses camarades préfèrent « obéir à l’ordre de l’amiral Darlan de gagner l’Afrique du Nord au plus vite, comme l’ont exigé les Allemands » (Valeurs Actuelles, 14 juillet 2014).

En juin 1947, Etienne Schlumberger est nommé directeur des études à l’École navale. A partir de 1953, il quitte la marine et crée quelques années plus tard la Société française de stockages géologiques (Geostock).

Aujourd’hui, sur les 1036 membres de l’ordre de la Libération créé par le général de Gaulle le 16 novembre 1940, seuls 18 sont encore en vie. Savons-nous à quel point des hommes comme eux nous manquent ?

Michel Bongrand et Etienne Schlumberger, valeureux militants du monde libre, ripostèrent avec courage contre l’extrémisme de leur époque. Longtemps peu nombreux et isolés, ils furent des combattants de la première heure. Alors même que les sursauts épileptiques des foules œuvraient en chœur, le bras levé, pour la propagande des assassins.

Jean-Paul Fhima

JP FHIMA

 

 

 

 

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Publié dans France

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