FN : seul le nom change, par Richard Liscia

Il n’y avait pas, dans ce congrès de Lille du Front national, de quoi casser trois pattes à un canard. Le mouvement, au contraire, n’est sorti d’aucune des contradictions majeures qui pèsent sur son avenir.

POUR COMMENCER, l’invitation adressée à Steve Bannon, ex-conseiller sulfureux de Donald Trump, pour qu’il explique aux congressistes comment ils devaient rester impavides sous l’accusation de racisme et pourquoi sa technique d’accession au pouvoir représente une martingale infaillible, constituait une erreur majeure. M. Bannon est un suprémaciste blanc et son intolérance affichée pour les minorités va encore au-delà de ce qu’osent dire les adhérents et les dirigeants du Front. Quand ils ont applaudi cet antisémite anti-noirs notoire, ils ont bien plus apporté une caution à ce qu’il y a de pire aux Etats-Unis en matière de xénophobie, de protectionnisme et de malhonnêteté politique qu’ils n’ont trouvé un soutien utile à leurs propres idées. Ses idées excessives lui ont valu d’être congédié par Trump : même s’il a beaucoup contribué, y compris par des méthodes à la limite de la légalité, à la victoire de Trump en novembre 2016, il devenait dangereux pour la réputation du président. Comme le dit Jean-Marie Le Pen, la tribune offerte à Bannon est une curieuse façon de dédiaboliser le FN.

Mode dynastique de gouvernement.

Par ailleurs, Marine Le Pen, qui avait porté des coups mortels à son père, l’a achevé hier en le privant de sa présidence d’honneur du parti, poursuivant un cycle dont elle finira par être elle-même victime le jour où les militants, qui l’ont réélue à presque 100/% à la tête du Front pour un mandat de trois ans, commenceront à comprendre qu’elle s’est déjà beaucoup fatiguée à son poste, avec les attaques de Jean-Marie, le départ de Florian Philippot, ses propres faiblesses et sa nièce qui l’attend au coin de la rue. Dire que le congrès aura consolidé la cohésion et l’unité du FN, sous le prétexte que son nom a été changé (le mouvement s’appelle désormais Rassemblement, extraordinaire produit de l’imagination sans bornes de ses dirigeants), est un faux-semblant. Bien entendu, la forme dynastique du parti, toujours dirigé par l’un des membres de la même famille, comme s’il n’y avait pas de talents ailleurs qu’à Montretout, ne gêne pas les frontistes qui gobent tout avec volupté.

Un discours superficiel.

Marine Le Pen s’est bien gardée, dans son discours, d’exposer les sujets qui fâchent. Elle s’est contentée, le plus souvent, de se réjouir des avancées du populisme en Europe, et notamment en Italie, où elle a trouvé des raisons d’espérer que son Rassemblement national allait puiser sa dynamique. En réalité, le Rassemblement a ses problèmes spécifiques dont le plus sérieux est Marine elle-même, qui, comme dans tout parti d’inspiration totalitaire, n’a pas été remise en question publiquement après son énorme fiasco de la campagne d’entre les deux tours de la présidentielle  et la démission de Florian Philippot. C’est parce qu’elle est affaiblie qu’elle a prononcé un discours superficiel où, en définitive, elle n’a rien annoncé de neuf sinon son habituelle rhétorique sur les splendeurs d’une cause dont la nouvelle inspiration vient d’un néo-fasciste de l’étranger.

Le Rassemblement est d’autant plus dangereux que son corps présente quelques plaies non-cicatrisées et couvertes par le secret médical, que Marine Le Pen, réélue à la manière d’une république bananière, ne semble plus très qualifiée pour diriger un parti pourtant arrivé second à la présidentielle, que l’intolérance, et même le racisme, si l’on en croit les propos du vice-président du Front national-jeunesse devant une boîte de nuit, ne cessent de se répandre au sein de l’électorat FN, que, sur l’euro plane l’incertitude, que les difficultés à contrôler l’immigration alimentent la montée de ce que l’on appelle populisme en Europe, mais qui n’est rien d’autre qu’une progression de l’extrême droite inspirée par le fascisme. Le fameux Rassemblement ne tire pas sa force de son adaptation au changement mais à un changement survenu dans tout le continent sous la pression de l’immigration, ce qui explique aujourd’hui que Mme Le Pen ait pu réunir plus de 10 millions de suffrages. Quelles que soient les erreurs qu’elle continue à commettre, elle dispose d’un capital de voix susceptible de croître.

Richard Liscia

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Publié dans France
Un commentaire pour “FN : seul le nom change, par Richard Liscia
  1. OLIVIER COMTE dit :

    La fine analyse du changement du FN mérite de devenir un slogan politique. De la même façon que les électeurs eurosceptiques britanniques ont rejoint le parti conservateur, les eurosceptiques français devraient rejoindre LR, si celui-ci voulait bien présenter un programme national, non l’agitation d’un chef illusoire.

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