“Mortifié et frustré” – Réflexions sur les élections, par Jean-Pierre Lledo – cinéaste

Jean-Pierre Lledo

Ce sont mes troisièmes élections. Et hormis le fait qu’elles feraient mourir d’envie les milliards de non-citoyens des pays totalitaires du monde asiatique, sud-américain, africain et musulman, je dois avouer mon dépit.

Non à cause de la foire d’empoigne qu’elles sont devenues, car on pourrait admettre qu’elles ne sont que les conséquences de la liberté. Mais parce que cette foire d’empoigne ne vise pas à confronter des programmes, des idées, mais à égratigner, à blesser, à flétrir, à diminuer, à écraser des individus. Où est donc le judaïsme dans tout çà ? N’interdit-il pas que l’on méprise son adversaire ? Où est donc le sionisme dont presque tous les candidats se réclament hormis les partis arabes et le Meretz, et qui fut dès l’origine un lieu de grande confrontation, mais sans jamais humilier?

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Mais bien sûr, il n’en va pas que de la morale. Mais d’Israël et de son peuple, triplement perdants puisqu’ils paient sans recevoir la compensation de grands débats d’idées que représente l’occasion d’une élection, qui leur permettraient de mieux comprendre la réalité qui les entoure, et renforcerait leur unité face aux défis à venir. Que d’argent perdu, que de manques à gagner !

Plutôt que les coups-bas, il y avait pourtant de quoi faire.

A commencer par les questions sociales, un scandale public ! Ni la gauche ni la droite n’arrivent à les résoudre, et je précise de suite que si par commodité je reprends ces concepts de ‘’gauche’’ et de ‘’droite’’, pour moi ils ne veulent plus rien dire, puisqu’en Israël comme ailleurs dans le monde démocratique, la gauche est de plus en plus le camp des gens aisés, et la droite, celle du peuple.

Et puis les communications : combien de milliards sont-ils gaspillés quotidiennement, de fatigue et d’usure nerveuse, sur les routes d’Israël, lesquelles de surcroît tuent plus que les guerres, constat qui devrait affoler compte tenu de la petitesse numérique du peuple d’Israël ?

Et puis la santé. Ne peut-on simplifier les procédures ? Réduire les délais qui à l’heure actuelle sanctionnent principalement  les revenus modestes qui ne peuvent se payer des spécialistes privés ?

Et l’enseignement ! Est-il normal qu’en Israël, les enfants puissent achever le cycle secondaire sans presque rien savoir des grands fondateurs de la littérature juive (Shalom Aleikhem, Mendele, Agnon….), ni même du judaïsme? Et ce alors que de par le monde des non-Juifs se mettent à l’étude du Tanakh, persuadés d’y trouver le secret de l’excellence du dynamisme israélien. Et si il est difficilement contestable que c’est la conjugaison de la tradition du judaïsme, et la popularisation de l’histoire juive qui ont permis au sionisme d’embraser en quelques années tout un peuple éparpillé de par le monde et de permettre qu’Israël renaisse malgré tant d’adversités, si cela est vrai, alors la dévalorisation et même la quasi-disparition de l’enseignement public de l’histoire juive, du judaïsme, de la littérature classique juive, ne mèneront-elles pas au délitement progressif jusqu’à la disparition d’Israël, sans même besoin d’une agression militaire ?

Oui, il y avait de quoi faire, même sans parler donc de toutes ces autres questions essentielles, parce qu’existentielles, qui bien sûr plus que toutes méritaient un débat d’idée approfondi, tenant compte de cette déjà longue expérience de la diplomatie et de la guerre, de laquelle auraient pu surgir de nouvelles idées…

Et justement, puisque nous en arrivons à l’existence d’Israël, les partis politiques en course n’ont-ils pas manqué une occasion de réclamer de concert l’exclusion des instances internationales de  l’Iran, dont les dirigeants, comme Nasser hier, ne cesse d’annoncer qu’il va faire disparaître Israël ?

Et dans la foulée de cette politique extérieure israélienne, qui, selon Kissinger s’identifie à sa politique intérieure, n’y avait-il pas mille autres sujets de débats contradictoires et respectueux, non-diabolisant en tous cas ?

Israël est-elle légitime en cet endroit de la terre ? Ou non, comme le pensent les Falestiniens résidant à l’intérieur ou à l’extérieur d’Israël,  comme cela se lit, et s’entend quotidiennement ? Peut-on être un député de la Knesset quand on pense une telle chose et que l’on orne son bureau d’un drapeau falestinien ?

Israël est-il le pays du peuple juif, le seul dans le monde, qui tout en même temps est capable d’accorder tous les droits à ses minorités, sauf ceux évidemment de se prononcer sur la nature de l’Etat d’Israël ni sur ses symboles qui en toute logique ne peuvent relever que de la seule souveraineté du peuple juif ? Ou doit-il rompre avec la déclaration d’indépendance de 1948, et transformer Israël, en ‘’l’Etat de tous ses citoyens’’ qui ne pourrait, toujours en toute logique, qu’aboutir à la disparition d’Israël en tant qu’Etat du peuple juif ?

Ces questions qui, si elles ne sont pas nouvelles, resteront fondamentales tant que la légitimité d’Israël ne sera pas admise par le monde musulman, n’auraient pas dû être ignorées du débat public.

Non plus que celle du Mont du Temple. L’Unesco en a fait un patrimoine exclusivement musulman. Est-ce acceptable ? Peut-on accepter que les Juifs y soient interdits de prière ?

Où en sont les partis politiques du statut de Jérusalem ? Pensent-ils vraiment ou seulement du bout des lèvres, qu’elle doit-être ‘’unie et indivisible’’ ?

Et alors que le Hamas, qui l’emporterait haut la main si Mahmoud Abbas osait faire des élections, continue de provoquer Israël quotidiennement, et fait toujours de la destruction d’Israël l’essentiel de son programme, quels sont les partis politiques qui pensent encore qu’Israël peut s’accommoder d’un Etat qui dès sa naissance serait un Etat belligérant ?

De plus, si Etat signifie maîtrise de sa défense et de ses frontières, comment peut-on encore parler d’un ‘’Etat’’, qui n’aurait ni armée, ni le contrôle de la frontière du Jourdain, puisqu’il semblerait que ce soit antinomique avec la sécurité d’Israël ? N’aurait-il pas été bon d’ailleurs de savoir si il y a toujours consensus à ce sujet… et de se demander si il n’y a pas autre chose à inventer plutôt que rabâcher des mantras obsolètes qui depuis Oslo jusqu’à présent n’ont eu pour effet que d’entretenir l’agressivité falestinienne… ?

Il m’aurait plu aussi que soient abordées bien d’autres questions qui découlent de celles que je viens d’énoncer.

Aussi comprendrez-vous que déjà mortifié par la tonalité des faux-débats focalisé sur des personnes et non des idées et des principes, je sois de surcroît très frustré.

Tel Aviv, 15 Septembre 2019

Source: LPH

Publié dans election israelienne
Un commentaire pour ““Mortifié et frustré” – Réflexions sur les élections, par Jean-Pierre Lledo – cinéaste
  1. Annie dit :

    Meretz est un parti sioniste!
    Vous faites tres bien vous-meme votre debat d’idees personnel…
    Perso-et je vote en Israel depuis une cinquantaine d’annees-j’attends le lendemain des elections pour me sentir frustree(ou non)
    Allez quand meme voter demain!

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