Pendant ce temps, certains œuvrent pour la paix. Sarah Cattan

Yohanan Manor est politologue. Il a enseigné les Sciences politiques à l’Université hébraïque de Jérusalem. Il est Fondateur et aujourd’hui Président d’honneur de IMPACT, un Institut pour la surveillance de la paix et de la tolérance culturelle dans l’éducation scolaire, chef de file mondial dans la recherche, la traduction et la révélation de l’intolérance dans les manuels scolaires du Moyen-Orient et au-delà, tout en prônant des changements positifs. Pionnier dans le domaine de l’analyse des manuels scolaires. Hélène Bornstein préside aujourd’hui cet institut indépendant.

Yohanan Manor, Président d’honneur de Impact

Le sigle, c’est CMIP. Pour Center for Monitoring the Impact of Peace, ou plus communément…  Impact of Peace.

Cette ONG, centre de recherches,  analyse depuis une quinzaine d’années le contenu des manuels scolaires au Moyen Orient.

Hélène Bornstein, Présidente Impact

Impact s’est spécialisé dans l’analyse des programmes et manuels scolaires des pays en conflit. Les chercheurs, se fondant sur des critères recommandés par l’Unesco peu après sa naissance, se proposent de juger de la qualité et du rapport  à la tolérance et à la paix du contenu des dits manuels : Ces critères n’ont jamais été appliqués par l’Unesco. Ainsi, ce que l’Unesco n’a pas fait, l’institut l’a fait et le fait.

L’école, cet outil puissant

Pour les chercheurs, les écoles sont l’un des outils les plus puissants pour atténuer les influences extrémistes. C’est dire si elles sont essentielles à la réalisation des sociétés du futur tolérantes et ouvertes, mais c’est dire aussi comment elles peuvent être à l’origine d’influences négatives – récits historiques biaisés, haine des autres, inégalités entre les sexes et même la violence politique – peuvent s’enraciner.

En visitant le site d’Impact[1], on trouve une foultitude de rapports et des mises à jour, consultables en ligne. L’étendue, la diversité du champ d’investigation de l’ONG est frappant. 

La méthode utilisée consiste en recherches approfondies dans les manuels scolaires, les guides de l’enseignant et les programmes, cela afin d’évaluer si les jeunes sont formés pour accepter les autres – qu’ils soient leurs voisins, leurs minorités ou même les ennemis de leur pays – et pour résoudre les conflits par la négociation et les compromis tout en rejetant la haine et la violence…

Focalisé d’abord sur les seuls manuels palestiniens, Impact, alors même qu’en 2005 Mahmoud Abbas avait veillé à ce que les manuels changent, ne trouva pas une référence aux accords d’Oslo. Pour info ces accords sont mentionnés dans les manuels israéliens…

Peut-on parler de résultats probants…

Lors de sa première visite à la Maison Blanche le 15 février 2017, le Premier ministre israélien avait accusé les Palestiniens d’incitation à la haine contre Israël et les juifs. Benyamin Netanyahu avait notamment mis en cause les programmes d’éducation scolaire. Aujourd’hui il semble que rien n’ait changé : Lorsqu’on lit le dernier rapport de l’Institut IMPACT sur les manuels scolaires de l’Autorité palestinienne pour l’année scolaire 2016/2017, on est tenté de parler  d’une nette régression qui se rapproche des positions du Hamas…

Comment ne pas, dès lors, penser à l’aide budgétaire accordée à l’autorité palestinienne, 1 milliard et demi de shekels… Aide qui ferait des terroristes des sortes de …fonctionnaires… Certains pays européens révisent leur aide au vu du contenu de ces manuels. La Belgique par exemple a exigé qu’un passage faisant référence au protocole de Sion fût enlevé…

Mais L’Europe traîne encore les pieds : c’est qu’il est lourd, le poids des préjugés…

Les rapports ? Ils sont remis aux pays concernés, et, on le croirait pas, à la presse herself ! Qui n’a pas dû trouver le sujet assez intéressant pour lui donner l’écho qu’elle accorde à l’héritage d’un rockeur par exemple.

Si l’objectif d’Impact est donc d’empêcher la radicalisation des enfants et des jeunes en tant que membres les plus vulnérables de la société, tout un chacun peut se demander si la méthode ne gagnerait pas à être transposée de par le monde. Notre terroriste de Christchurch aurait-il eu d’autres lectures, lui qui répète avoir été fabriqué au lait du Grand Remplacement. Qu’il a, d’évidence, mal compris. Mal lu. Avalé de travers.

Impact a étudié le système éducatif de l’Autorité palestinienne dans un rapport intitulé À l’ombre de la vague de terreur.

Ce rapport Impact-se reprend le programme scolaire de l’Autorité palestinienne, qui est peut-être la principale expression de l’indépendance culturelle palestinienne. Le rapport couvre les principales conclusions de notre rapport de 2011 ainsi que certaines observations actuelles, y compris celle de l’intifada au couteau de 2015-2016. Les principales conclusions comprennent certains aspects positifs: questions civiles et liées au genre, respect de l’environnement, respect de la Autres (handicapés, figures d’autorité, personnes âgées) et Autres musulmans / arabes (collaboration avec les pays arabes). Ce qui peut être appelé à juste titre un programme de guérilla est encore plus troublant du point de vue de la paix israélo-palestinienne.

Notons qu’Impact a exploré, avec l’Institut universitaire WASATIA, dont le chef de file,  Dajani Daoudi, visage de l’islam modéré, prône la négociation avec Israël, le programme d’études palestinien : 3 rapports qui couvrent soixante-six manuels du nouveau programme de l’Autorité palestinienne de 2017-2018, ça, c’est une somme !

Un autre rapport se penche sur le programme pour enfants de la révolution de l’école de l’Autorité palestinienne de 2016-2017, en se concentrant sur les classes 1 à 4 de l’école élémentaire. Il y a une comparaison avec l’apprentissage des élèves de niveau supérieur. Les résultats indiquent une instruction nettement plus radicale que les programmes précédents. Plus que dans les manuels scolaires 2014-2015, le programme enseigne aux étudiants comment devenir des martyrs consommables, rejette les négociations, diabolise et nie l’existence d’Israël et se concentre sur un «retour» à une patrie exclusivement palestinienne.

Le nouveau programme d’études palestinien présente une voix radicale commune qui englobe tout le spectre des idéologies nationalistes extrémistes et islamistes à Gaza et en Cisjordanie, y compris des motifs antisémites parmi des thèmes de lutte continue, d’héroïsme et de martyre.

Les manuels scolaires palestiniens actuels ? Impact y a identifié les domaines dans lesquels le programme incitait, diabolisait et délégitimait l’autre, tout en proposant des concepts et des valeurs permettant un avenir de coexistence, de tolérance et de prospérité. Dernier rapport date de 2018 sur les palestiniens : éradiquer les Juifs, purement et simplement.

Un enseignement aux antipodes de ce que l’on véhicule concernant le processus de paix. Les rapports sont remis aux pays qui comptent. Une question me traverse l’esprit, forcément : ne faut-il pas,  plus de 25 ans après le processus d’Oslo, couper tous les financements à l’autorité palestinienne…

Un zeste d’espoir

En guise de lumière et d’espoir, sachez qu’un rapport de mars 2019 montre que des instituts israéliens et palestiniens unissent leurs forces pour lutter contre la radicalisation dans le programme de l’Autorité palestinienne…

Le point essentiel de ce rapport est l’éducation à la guerre et à la paix avec Israël, démontrant ainsi que le programme d’études s’éloigne davantage des normes de paix et de tolérance établies par l’UNESCO.

Un rapport opportun actualise l’analyse par Impact des programmes d’éducation actuels en Israël concernant le programme scolaire israélien, en particulier en ce qui concerne le peuple palestinien et le processus éducatif palestinien. Il est basé sur l’examen de 123 manuels scolaires d’État et religieux, qui ont été approuvés et recommandés par le Ministère israélien de l’éducation tout au long de l’année scolaire 2017.

La paix, la tolérance et l’Autre, dans les manuels israéliens

Cette étude analyse l’attitude du système éducatif israélien à l’égard du peuple et de la nationalité palestiniens et du processus de paix israélo-palestinien. Il est basé sur l’examen de 149 manuels scolaires d’État et religieux, qui ont été approuvés et recommandés par le Ministère israélien de l’éducation pour la période 2009-2012.

Un article de l’Orient le Jour disait que Amos Yuval avait trouvé dans les écoles ultraorthodoxes, -certes de 2002-  toute une gamme de mots qui, au mieux, pourraient être considérés comme offensants ou condescendants et, au pire, comme racistes, décrivant les Arabes et les musulmans comme des êtres primitifs et malhonnêtes. Ce rapport a été présenté dès sa parution à Yaïr Peretz, chef du parti ultraorthodoxe Shass à la Knesset. M. Peretz n’a pas dit grand-chose, mais il n’a surtout rien démenti. Il a reconnu que nous avions soulevé d’importants sujets et a promis de les porter à la connaissance du rabbin Ovadia Yossef, le leader spirituel du Shass, expliqua le Président d’Impact. Pour info, cette recherche était basée sur  93 manuels scolaires utilisés dans le programme Haredi.

Que préconise Impact pour que la paix règne entre Palestiniens et Israéliens

Il est essentiel d’enseigner aux nouvelles générations les valeurs de modération, de réconciliation, de médiation, de résolution des conflits, de paix, d’empathie, de tolérance, de valeurs éthiques communes et de démocratie, et de leur inculquer les valeurs suivantes: esprit d’application de ces valeurs dans leur vie quotidienne.

La Syrie, l’Iran, la Turquie, l’Egypte, l’Amérique du Nord… Et bientôt la France

Enfin, toujours pour info, Impact a également examiné le contenu actualisé de l’éducation pour 2017-2018 dans les zones contrôlées par le régime d’Assad, en Syrie, où la guerre civile continue de faire rage. IMPACT-se a revisité les manuels scolaires iraniens et a publié ce dernier rapport reflétant les nouveaux développements de l’éducation iranienne. Le programme d’éducation iranien comprend une longue liste de caractéristiques troublantes, parfois paradoxales, offrant un aperçu de la nation préparant sa population – à commencer par ses enfants – à une bataille apocalyptique imminente contre les «oppresseurs» du monde. La situation des femmes ! Nasrin Sodibeh ! Tout a empiré ! Exécutions en public, fouet, etc… Ses minorités ! Rohani. Pas de visage nouveau de l’Iran !

Et chacun sait bien pourtant que si un accord sur le nucléaire se fait avec l’Occident, la question des droits de l’homme ne sera pas abordée…

Une autre étude conduit Impact à étudier un nouveau manuel scolaire égyptien qui enseigne l’accord de paix avec Israël. L’analyse du programme égyptien de l’ère Moubarak démontre de manière convaincante comment des années d’éducation de masse islamiste (mettant en vedette le jihad et les enseignements antichrétiens) ont empêché une transformation en douceur de la démocratie en Égypte.

Aujourd’hui, l’Égypte renforce l’éducation pour la paix, step by step…

Et l’on apprend ainsi, par Ofir Winter, dans le Times of Israël du 17 février 2016, que dans une Première, un nouveau manuel scolaire égyptien enseigne l’accord de paix avec Israël…

Impact est allé jusqu’à étudier les manuels scolaires turcs publiés depuis l’accession au pouvoir de l’AKP (Parti de la justice et du développement) de 2002 à 2015, s’est penché sur l’éducation islamique en Amérique du Nord, dans un rapport intitulé cette fois Entre charia et démocratie: Amérique du Nord. Ce rapport examine les programmes d’études en études islamiques aux États-Unis et au Canada. Quatre des cinq programmes sont publiés aux États-Unis; un est publié en Arabie saoudite pour enseigner en Amérique du Nord. Outre ce dernier programme, la principale conclusion est que l’éducation musulmane en Amérique du Nord comprend de nombreux éléments positifs, est flexible et généralement tolérante. Ils contiennent un paradigme clair nous contre eux qui rejette le matérialisme, l’islam laïc ou libéral. Les documents démontrent un respect pour les chrétiens et les juifs, mais montrent l’hostilité envers Israël et faussent le conflit israélo-palestinien, y compris par des cas d’effacement d’Israël sur des cartes.

A noter, une nouvelle étude menée à IMPACT-SE a examiné la saga biblique de Jacob et Esaü en tant qu’étude de cas d’un texte éducatif de longue durée. L’étude montre que ce texte biblique particulier a eu une influence positive sur les relations entre deux peuples voisins du Moyen-Orient pendant un millénaire et a donné lieu à un rapport : L’éducation pour la paix, testée par le temps: La Bible et la méthodologie IMPACT-SE, concluant que l’éducation religieuse peut servir de force de paix et de coexistence…

Celui qui se préoccupe des jours, plante du blé

Avec les années, plante des arbres

Avec des générations, éduque les gens

écrivait Janusz Korczak, médecin-pédiatre polonais connu pour son engagement en faveur des droits de l’enfant et célèbre pour avoir choisi délibérément d’être déporté vers Treblinka avec les enfants juifs de son orphelinat.

Pour info : Yohanan Manor a publié Les manuels scolaires palestiniens, une génération sacrifiée. Il travaille actuellement sur … les manuels … français…

Sarah Cattan


[1] www. impact-se. org

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Publié dans education
Un commentaire pour “Pendant ce temps, certains œuvrent pour la paix. Sarah Cattan
  1. Nadia Lamm dit :

    Merci chère Sarah pour cette étude fouillée et impartiale. Nous sommes en plein dans la semaine de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme et je me suis fait un plaisir de la transmettre au président de l’université de Rouen, Joël Alexandre, a la directrice de l’Espe, Sabine Ménager, à un collègue historien Rémi Dalisson lié familialement à Dominique Schnapper et au responsable culturel, Jean-Francois Brochec.

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