La communauté juive, 2 ans après l’Hyper Cacher

Après les attentats meurtriers subis depuis 2012, puis la fin du plan de surveillance rapprochée, les membres de la communauté ont du s’organiser pour faire face à un danger toujours présent.hyper

A première vue, rien ne les distingue des autres parents d’élèves. Ils attendent sagement à la porte, affichent un large sourire lorsqu’ils voient leurs enfants apparaître et leur donnent la main avant de prendre le chemin du retour à la maison. Sauf que, mine de rien, cette sortie d’école se déroule aussi vite qu’une évacuation d’urgence : personne ne discute sur le trottoir, personne ne s’attarde. En quelques minutes, les abords de cet établissement de confession juive du centre de Paris sont déserts. Les «parents protecteurs» y ont veillé.

C’est ainsi que l’on appelle les pères et les mères formés à la « vigilance » par le Service de protection de la communauté juive (SPCJ), organisme créé en 1980, au lendemain de l’attentat de la rue Copernic, à Paris. Depuis l’attentat de l’Hyper Cacher, le 9 janvier 2015, les volontaires se multiplient pour suivre ce programme de quelques heures, mis en place dans les mois qui ont suivi le drame, destiné à leur enseigner les rudiments de la sécurité et à ouvrir l’œil.

Cette prise en main de la protection par la communauté elle-même s’est accélérée depuis juin 2016, avec le retrait des militaires des postes de garde statique devant ou à l’intérieur des 800 écoles juives, synagogues et centres communautaires de France au profit de patrouilles mobiles. « L’Etat a beaucoup fait pour nous et nous savons qu’aujourd’hui tout le monde est une cible, alors nous devons nous prendre en main », explique Elie Edibia, rabbin de la synagogue Don-Isaac-Abravanel, rue de la Roquette, à Paris (11e), et directeur d’une école dont il préfère taire le nom.

« Règles de base de la vigilance »

Hannah* a donné l’alerte à deux reprises. Une première fois après avoir repéré une bande de jeunes jouant avec des pistolets qui se sont révélés factices, une seconde lorsqu’elle a aperçu un homme portant un casque de moto au volant de sa voiture aux vitres teintées à deux pas de l’école. « En fait, il ne faisait que jouer avec son fils », se souvient-elle. A 37 ans, cette mère de quatre jeunes enfants scolarisés dans une école juive de l’est de Paris se décrit comme un « parent vigilant ».

Son mari, lui, est « parent protecteur » : il a suivi la formation du SPCJ en septembre 2016 et suit depuis des cours de krav-maga, la méthode d’autodéfense utilisée par l’armée israélienne. « Nous avons ainsi appris les règles de base de la vigilance : repérer un sac à l’abandon, un comportement suspect, une présence inhabituelle, assurer la fluidité à l’entrée et à la sortie de l’école…, explique Hannah. Il fallait bien compenser le départ des militaires. »

Cette formation est une étape supplémentaire dans la sécurisation des lieux communautaires qui a commencé à se mettre en place en 2000, lors de la seconde intifada, avant de se renforcer en mars 2012, avec les attentats de Toulouse. Grilles aux portes des écoles, vidéosurveillance à l’entrée des synagogues…

Lorsqu’il a décidé d’ouvrir une école maternelle dans le centre de Paris il y a un peu plus de trois ans, Raphaël Atlan n’avait cependant jamais imaginé en arriver à de telles extrémités. Dans les mois qui ont suivi l’attentat de l’Hyper Cacher, l’établissement a recruté un vigile, conçu un plan d’évacuation avec les militaires et une société de sécurité privée, fait retirer la mention « école juive » des pages jaunes, sécurisé la façade – bientôt des vitres pare-balles et le renforcement des portes d’entrée – et formé le personnel de l’école à questionner toute personne cherchant des informations par téléphone : pas question de donner l’adresse sans vérification.

Et désormais, une dizaine de parents protecteurs se relaient chaque jour pour surveiller l’entrée et la sortie de l’école. « Cette sensation de devoir se cacher et de rester en permanence sur le qui-vive est horrible, confie le directeur. On ne veut pas tomber dans la psychose, mais on doit tout faire pour se protéger. »

« Nous retrancher dans des forteresses ne servirait à rien »

Impossible pour les commerçants d’adopter les mêmes mesures de précaution. Propriétaire d’un petit magasin cacher dans le 19e arrondissement de la capitale, Jacob n’a rien changé à ses habitudes ni à la sécurité de son magasin. « Nous sommes trop nombreux et souvent trop petits, on ne peut rien faire, souffle-t-il. Nous retrancher dans des forteresses ne servirait à rien. »

A quelques encablures, un jeune homme en train de recharger les rayons d’une enseigne communautaire confie : « Je suis devenu complètement parano. » Si le gérant a obtenu le droit de détenir une arme, le patron a refusé qu’il en use.

« Heureusement que les commerces n’ont pas cédé à la tentation de s’armer, il y aurait eu des drames », souligne Haïm Nisenbaum, rabbin de la synagogue loubavitch de la rue Petit, à Paris (19e), dont l’école compte une vingtaine de parents protecteurs.

« La communauté ne s’est pas armée, elle n’a pas organisé de milices et n’a jamais douté des forces de l’ordre », souligne Serge Benhaïm, président de la synagogue de la rue de la Roquette, dont l’entrée est désormais protégée par un digicode. Comme les parents devant les écoles, des fidèles ont eux aussi décidé de garder un œil sur les synagogues.

Ils sont là, mais on ne les remarque pas. Ils ne portent pas la kippa et déambulent comme n’importe quel Parisien en vadrouille. Ils sont « banalisés », comme on le dit des voitures de policiers en civil, et quadrillent le périmètre, l’air de rien. Un soir de shabbat, à l’entrée d’une synagogue parisienne, deux jeunes hommes en casquette et doudoune, talkie-walkie accrochés à la ceinture, surveillent les arrivées. Ils n’appartiennent pas au SPCJ et ne sont pas très bavards. « Nous sommes de simples fidèles, finissent-ils par confier. Et nous ne sommes pas les seuls ce soir aux aguets… Mais vous ne repérerez pas les autres. » En effet.

Pour eux comme pour Hannah, la mère de famille, la vigilance est devenue un mode de vie. A l’école, en faisant leurs courses, en allant à la synagogue… « La France n’a pas encore compris ce qui lui tombait dessus. Nous ne sommes pas les seules cibles. En fait, tout le monde devrait être aussi vigilant », estime-t-elle.

*Les prénoms ont été changés

Source lemonde

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