David Musicant, l’homme aux milles vies

Doyen de la communauté juive de Toulouse, David Musicant, 97 ans, vient de recevoir la médaille de la Ville. Il nous raconte sa vie aux moments inoubliables. Une existence de roman souvent douloureuse mais que ce nonagénaire sait illuminer.

David Musicant a le regard bleu délavé pareil aux grands lacs de son pays natal, la Russie. Ce patriarche dont le visage porte la bonté en étendard, nous reçoit chez lui à Lardenne, avec son épouse Myriam. Si parfois ses souvenirs se mêlent et s’emmêlent, il se souvient parfaitement des moments phares de son existence. Une vie de roman, aux rebondissements constants, heureux et douloureux, dont les photos, rituellement alignées dans la bibliothèque du salon, rappellent la réalité. D’emblée, il dit «en ce moment, je suis le procès du frère Merah à Paris. En 2012, après le massacre de l’école Ozar Hatorah, la Dépêche du Midi m’avait interviewé».

Né le 25 novembre 1919 à Siemiatycze, une petite ville entre la frontière de l’Union Soviétique et de la Pologne, David Musicant est fier de son nom «ce patronyme veut dire musiciens. Mon père était clarinettiste, mon oncle violoniste. Nous étions des klezmers, des artistes juifs qui jouaient dans les bar-mitzvah et autres événements».

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En 1940, David Musicant fait son service militaire durant cinq ans dans l’armée Rouge, «ma ville natale a été successivement sous autorité russe, allemande puis polonaise. Pas simple de se construire une identité avec un tel ping-pong. Par contre, les langues étrangères s’apprennent vite quand sa vie est en jeu». Il est envoyé à Tachkent en Ouzbékistan et en Sibérie où il va servir dans le 3e escadron de cavalerie «à 5 heures du matin, il fallait s’occuper des chevaux. Par la suite, j’ai rejoint les troupes qui combattent alors l’Allemagne nazie», relève-t-il la tête haute.

En avril 1945, David Musicant fait partie des soldats soviétiques qui s’emparent de Berlin. C’est peu après qu’il va apprendre que toute sa famille a été déportée et exterminée dans les camps, «en juin 1941, les Allemands se sont emparés de Siemiatycze. Les 7 000 Juifs de la ville sont alors soit exécutés sur place ou exterminés au camp de Treblinka. Seuls 80 échappèrent au pire. De ma famille, un seul de mes frères a survécu. Mais tout cela ne se raconte pas», prononce David Musicant, le regard au loin.
Après avoir travaillé un an sur un bateau norvégien et fait le tour de l’Afrique, il prend la décision en 1947, de rejoindre la toute jeune armée israélienne, Tsahal. Il va alors participer à la guerre d’indépendance qui, en 1948 conduira à la fondation d’Israël. Avant de rejoindre en 1952 l’armée de carrière. Une initiative liée certainement à son drame personnel : «Je me sentais si seul. Je n’avais plus de proches. L’armée fut ma seconde famille».
L’amour va le sauver. En 1948, il rencontre en Silésie,dans un camp de survivants de la Shoah, Myriam Samet, rescapée de Pologne, qui deviendra sa femme à Toulouse le 10 février 1952 à la synagogue de la rue Palaprat. «La famille de mon épouse avait trouvé refuge à Toulouse. Nous sommes arrivés le 14 juillet 1948 dans cette ville hospitalière, en plein feu d’artifice. On s’était assis sur un morceau de trottoir et un passant nous a apporté un thé chaud. Après toutes les horreurs vécues, c’était comme un mirage».
Depuis, David Musicant a toujours vécu dans la Ville rose où il a travaillé avec sa femme dans la confection. «Je suis resté actif jusqu’à 80 ans», dit-il fièrement. Durant des années, le nonagénaire a aussi livré son témoignage sur les moments douloureux qu’il a vécus «les jeunes générations ne doivent pas oublier», précise celui qui a reçu la médaille d’or de la Ville, «les larmes aux yeux». Et qui croit toujours, malgré ses cicatrices, en l’humanité.

«Je savais que je ne reverrais pas ma famille».

David Musicant n’aime pas trop parler des moments tragiques qu’il a vécus. Il préfère parler de ses deux fils , de ses quatre petits-enfants et de ses quatre arrière-petits-enfants, «mieux vaut parler de la vie que de la mort». Pourtant, il est un épisode qu’il n’a jamais pu effacer de sa mémoire : son départ pour l’Armée rouge en 1940. «Pour se rendre de mon village à la gare, mon père et mon oncle m’avaient accompagné. Au moment de les embrasser sur le quai pour leur dire au revoir, j’ai ressenti l’étrange sensation que c’était un adieu. Que jamais plus je ne les reverrais vivant. Une sorte de prémonition. Aujourd’hui, je suis très entouré et je suis heureux. Mais jamais je n’ai connu le bonheur de voir vieillir mon père, mon oncle».

Source ladepeche

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