Enquête – Le trafic de faux mine le marché de l’art

De plus en plus d’affaires de fausses expertises apparaissent dans le milieu des antiquaires. Ce qui inquiète la profession, réunie mercredi, c’est que parmi les escrocs figurent des experts reconnus mondialement, au-dessus de tout soupçon.

Comment endiguer le trafic de faux dans le marché de l’art ? C’est la question sur laquelle vont plancher mercredi 160 experts antiquaires alors que ce petit milieu est éclaboussé depuis plusieurs années par des affaires qui mettent à mal la confiance des clients dans leur expertise.

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Les fauteuils de Marie-Antoinette.

L’affaire la plus emblématique de ce trafic de faux est celle des « fauteuils de Marie-Antoinette » : les responsables du Château de Versailles ont déboursé plusieurs centaines de milliers d’euros pour des fauteuils, convaincus que Marie-Antoinette s’y était assise. Il faut dire que le suspect de cette escroquerie n’est pas n’importe qui : c’est le spécialiste mondial de la chaise du 18ème siècle, un homme au-dessus de tout soupçon. Et pour fabriquer ces chaises, il avait fait appel aux doigts d’or du meilleur ouvrier de France.

Il y a deux ans, c’est le musée du Louvre qui a failli tomber dans le panneau avec une « commode Colbert », décrite comme la « Joconde du meuble », un faux là encore puisque les essences de bois dataient des années 1960. L’escroc, qui était à la fois expert et antiquaire, en avait proposé 10 millions.

Et puis dernière affaire en date, en début d’année, deux frères antiquaires parisiens très connus dans le milieu ont été mis en examen : on s’est aperçu qu’ils avaient revendu à la fin des années 1990, à l’assureur Axa, deux meubles splendides attribués à Boulle, ce célèbre ébéniste du 18ème siècle. Ils ont dû verser six millions d’euros pour éviter la prison.

Expert et escroc

Mais ce qui inquiète la profession dans toutes ces affaires, c’est que les escrocs sont des experts et des antiquaires. Parce que dans ce milieu, l’image de marque est primordiale, notamment à cause des enjeux financiers énormes qui pèsent sur les épaules des experts chargés d’authentifier des manuscrits, des tableaux ou encore du mobilier. « Depuis la crise des subprimes et le fait que les paradis fiscaux sont de moins en moins sûrs, on a vu affluer sur le marché de l’art des sommes considérables pour du blanchiment », explique Frédéric Castaing, qui préside la réunion des 160 experts.

Faire le ménage

« L’avis de l’expert peut représenter pour ces nouveaux acteurs du marché de l’art, ces investisseurs, soit une perte sèche soit une plus-value conséquente. Ce qui fait que, dans bien des cas, lorsque ces gens se trouvent confrontés à une expertise négative par exemple, immédiatement c’est le procès à l’expert et même parfois des menaces. Donc de plus en plus d’experts compétents se mettent en retrait et hésitent à faire eux-mêmes des expertises », dévoile le spécialiste. Alors pour éviter que les experts honnêtes abandonnent le terrain aux escrocs qui osent tout, la solution serait de « faire de ménage » en se débarrassant des moutons noirs. C’est en tout cas la conviction de Frédéric Castaing : « Le marché de l’art sans expert se résume à un marché de dupes, sur fond d’optimisation fiscale ».

Par Pierre de Cossette, édité par Ugo Pascolo

Source europe1

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Publié dans Art

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