Pamphlets antisémites de Céline: Gallimard suspend son projet de publication

« Les conditions méthodologiques et mémorielles ne sont pas réunies pour l’envisager sereinement », estime Antoine Gallimard, qui avait dénoncé, il y a quelques jours, « un procès d’intention ».

La maison d’édition Gallimard a annoncé ce jeudi qu’elle suspendait son projet de publier les pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline.

« Au nom de ma liberté d’éditeur et de ma sensibilité à mon époque, je suspends ce projet, jugeant que les conditions méthodologiques et mémorielles ne sont pas réunies pour l’envisager sereinement », a indiqué Antoine Gallimard dans un texte adressé à l’AFP.

« La censure (…) crée de la curiosité malsaine »

Le projet de rééditer les pamphlets antisémites (Bagatelles pour un massacreL’École des cadavres et Les beaux draps) de Céline avait suscité une levée de boucliers, notamment de la part de Serge Klarsfeld, président de l’association Fils et filles de déportés juifs de France.

Gallimard souhaitait publier « une édition critique » des pamphlets « sans complaisance aucune ». « Les pamphlets de Céline appartiennent à l’histoire de l’antisémitisme français le plus infâme. Mais les condamner à la censure fait obstacle à la pleine mise en lumière de leurs racines et de leur portée idéologiques, et crée de la curiosité malsaine, là où ne doit s’exercer que notre faculté de jugement », a estimé l’éditeur.

« Une insupportable incitation à la haine antisémite

Mais, a-t-il ajouté, « je comprends et partage l’émotion des lecteurs que la perspective de cette édition choque, blesse ou inquiète pour des raisons humaines et éthiques évidentes ». Ces textes constituent « une insupportable incitation à la haine antisémite et raciste », avait estimé mardi le Conseil représentatif des institutions juives (Crif).

Le président du Crif, Francis Kalifat avait appelé les éditions Gallimard « à renoncer au projet de réédition de ces brûlots antisémites ». « Aucune date de publication n’était fixée à ce stade », a rappelé Antoine Gallimard. Les textes concernés ont été rédigés par l’auteur du Voyage au bout de la nuit entre 1937 et 1941. Ils devraient tomber dans le domaine public en 2031 (soit 70 ans après la mort de l’écrivain en 1961) et seront alors libres de droits.

Les pamphlets de Céline ne sont pas interdits en France, mais n’ont pas été réédités depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’écrivain lui-même puis sa veuve, Lucette Destouches, âgée de 105 ans, s’y opposaient. Ils peuvent cependant aisément être consultés sur Internet ou achetés chez des bouquinistes.

Source 20minutes

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Publié dans antisémitisme
8 commentaires pour “Pamphlets antisémites de Céline: Gallimard suspend son projet de publication
  1. annie dit :

    Mais pour quelle raison remettre ces ordures sur le marche / D’bord ,Min Kampf ,maintenant ces pamphlets .Il ne manque plus qu’une reedition artistique ,illustree et anotee par de grands noms ,des Protocoles des Sages de Sion .
    Ca ferait surement fureur .

  2. Naudy François dit :

    On édite pour instruire, inciter à faire mieux. Curieux que certains puissent envisager de nous faire écrire sur du papier Q usagé ! La perversité humaine est sans fond, jusqu’à quand cèdera-t-elle au mercantile ?

  3. luc nemeth dit :

    on peine à garder son sérieux là où ce bon-français invoque sa… « liberté d’éditeur », sic (là même où il s’est couché devant la garde rapprochée célinienne) ou encore là où il invoque les « conditions méthodologiques », ben voyons…
    Ah oui pour sûr : elles n’auront pas pesé lourd les exigences de méthode, jusqu’ici généralement reconnues à Gallimard, lorsqu’est apparue la possibilité de faire-du-fric, au nom du tout-ce-qui-sent-le soufre-fait-vendre, quitte à mettre en circula une édition qui de l’avis général ne répondait pas aux critères requis.

  4. LN dit :

    une caractéristique des bons-français est l’aptitude à garder leur « dignité », quoi qu’il advienne… Ainsi lorsqu’en décembre 1897 le directeur du ‘Figaro’, constatant que la publication d’articles de Zola sur l’affaire Dreyfus faisait fuir ses lecteurs, il annonça son désengagement en ces termes : « puisque je n’ai pas toute l’opinion pour moi, je dois abandonner une cause où je risque de perdre, pour un moment, l’estime d’amis que m’ont donnés trente ans de bon et honnête journalisme ».
    (https://www.academia.edu/26741061/Sébastien_Faure_et_la_précaire_opinion_publique_déc._1897)

    • OLIVIER COMTE dit :

      Merci pour ce renvoi utile à votre article. Le bon docteur Céline écrivait en 1937 dans Bagatelles pour un massacre: »le capitaine Dreyfus est bien plus grand que le capitaine Bonaparte. Il a conquis la France et il l’a gardée. »(p.199) Cette citation est faite par Pierre Birnbaum dans sa contribution « les juifs entre intégration et résistance » à l’excellente étude LA FRANCE DE L’AFFAIRE DREYFUS, Gallimard 1994 597pp, publiée sous sa direction. PB évoque, entre autre, le souvenir de l’Affaire Dreyfus dans les mouvements juifs de résistance.
      Pour ceux qui sont encore impressionnés par l’esbrouffe littéraire de Céline, le Figaro, sur son site, eut la bonne idée de reproduire le texte de son critique littéraire qui dénonçait le mépris total de l’humain dans le premier roman de l’auteur vedette de la Pléïade.

  5. luc nemeth dit :

    Merci de votre intérêt.
    Bien entendu Auschwitz ne peut se comparer à rien mais mon point de vue est que cet antisémitisme « exterminateur » qui était celui de Céline est d’ores et déjà constitué à l’époque de l’Affaire (j’ai maintenant affiché online sur http://www.academia.edu le texte de deux communications que j’y ai consacré à l’étranger). Il y a une remarque affreusement prémonitoire à cet égard de la part du même Sébastien Faure dans son quotidien le ‘Journal du Peuple’, en date du 25/7/1899. Faisant allusion à l’existence de… CANDIDATS ANTI-JUIFS (!) aux législatives en Algérie il crut devoir tirer le signal d’alarme :

    « Ce ne sont pas seulement les juifs adultes que les amis et les électeurs des Drumont, des Morinaud, des Marchal et des Firmin Faure traquent comme on pourchasse les fauves ; ce sont encore les femmes, ce sont les vieillards, ce sont les enfants, ce sont les infirmes, ce sont les malades ».

    Pardon, de vous raconter des horreurs…

  6. OLIVIER COMTE dit :

    Je reçois les communications qui m’intéressent(histoire militaire) d’academia, mais je ne me suis pas inscrit pour ne pas être rattrapé par mon passé. Vous ferez la même chose après 70 ans.
    Bref, les horreurs des crimes antisémites comme des crimes antirépublicains doivent toujours être rappelées. Les juifs font leur devoir républicain en parlant de la Shoah, ils n' »exploitent » pas l’Holocauste. Avec l’Affaire Dreyfus, le développement des ligues patriotiques se nourrissait des deux haines confondues, l’antiparlementarisme faisant moins recette. Les trois se retrouvent toujours dans le nationalisme réactionnaire. Ils se développèrent de façon particulièrement importante en Algérie pour
    favoriser le Pétainisme qui ne s’est jamais autant développé en ZNO.
    L’Affaire Dreyfus doit nous rappeler que l’antisémitisme corrompt la République et que les deux défenses sont toujours communes. Les quelques excités qui crient que la « gauche » était antidreyfusarde et qu’elle devint Pétainiste sont des gueulards ignorants.

    • LN dit :

      il est certain que la gauche officielle n’était déjà pas exempte d’opportunisme, et que jusqu’aux législatives de juin 1898 elle eut surtout pour souci de… ne pas perdre les voix des antisémites mais les gueulards ignorants ne parviendront pas à nous faire croire que deux et deux ont toujours fait cinq : c’est bien à droite que l’antisémitisme constituait un « marqueur idéologique »…

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