Le procès éminemment politique fait à Georges Bensoussan, par Sarah Cattan

Un beau jour, on l’accusa de tous les maux et on le traîna en procès. Pour quelques mots. Il avait commis la saloperie de généraliser, écrivit celui-là, il avait essentialisé, commis un discours digne d’un Drumont, fait usage d’armes de destruction racistes, dirent les amis du premier, réunis au Tribunal en un attelage improbable contre l’historien Georges Bensoussan.

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D’autres, en écho répondirent qu’il s’agissait là d’un contre-sens intellectuel, d’un procès en sorcellerie. D’un crime contre la pensée juste. D’une agonie de la lucidité. D’une traque des mots. D’une effroyable défaite intellectuelle, morale et politique. 

Comme dans une fable de La Fontaine, il fallut statuer : serait-il pendouillé ou brûlé vif.

Après un procès qui s’éternisa tard dans la nuit, un 7 mars de l’an 2017, où, confondus, nous le vîmes,  assis sur ce banc qui vit comparaître un Soral et puis aussi un Dieudonné, la relaxe lui fut accordée : le tribunal n’avait pas retenu dans ses propos du 10 octobre 2016 le chef de provocation à la haine à l’égard de la communauté musulmane.

Ce qui n’ôta rien, Lecteur, tu me connais à présent, à l’indignation de mon papier : comment donc avait-ce été possible. Comment un tel procès avait-il pu se tenir.

Le temps de dire avec des mots mon indignation, et alors que j’étais au téléphone avec lui, le Parquet interjeta appel de la relaxe dont avait bénéficié l’historien. Le Parquet, escorté de ceux qu’on sait : SOS Racisme. La LDH. Le MRAP. Le CCIF.

Tu m’étonnes. Un si joli cadeau. Là, déposé dans la corbeille de ces mariés, et peut-être même alors qu’ils n’en espéraient pas tant.

Nous avions alors revu chaque mot, chaque ponctuation de notre interview : l’épreuve continuait. Knock out, nous n’allions guère y rajouter.

Comme Georges Bensoussan est un mec formidable, tu sais quoi, lecteur ? Nous nous retrouvâmes, une nouvelle fois, quelques jours avant … l’appel. Nous ne nous étions jamais perdu. Cette histoire faisait partie de mes curseurs. Je n’avais pas encore atterri : comment diable tout cela avait-il pu être possible. Et quelque chose répondait : Ilan. Les victimes de Merah. Charlie. Georges. Sarah : une même et sombre histoire. Les autres, ils avaient été exécutés. Son procès à Lui, c’était un peu le procès de tous : si on le perdait, on était morts.

Lui m’avait dit sa fatigue. L’arrêt de l’écriture. Concluant : ils ont gagné. Nous avions parlé de ceux de ses amis qui lui manquèrent lors de l’épreuve. Mais ce mensch, lucide et direct, il n’était pas du genre à régler ses comptes. Pas comme ça. Un jour il parlerait. Après.

Celui qui avait, en première instance, interrogé le Tribunal, lui demandant si vraiment c’était bien lui qui devait se trouver devant ce tribunal et si ce n’était pas l’antisémitisme qui nous avait conduits à la situation actuelle qui aurait dû être jugé comparut donc le 29 mars à la chambre 2 pôle 7 de la  Cour d’appel de Paris.  

Celui-là dont il me semblera toujours qu’on attendait plus de Lui que d’un Bruckner, d’un Louizi, d’un Sifaoui : allez donc savoir pourquoi.

3, 4 journalistes, seulement. Mais Martine Gozlan. Mais Michel Zerbib. Et puis son Collectif. Qu’on le redise haut et fort : Il n’avait pas les Institutions avec lui. Accusé Bensoussan, il faudra un jour nous dire qui vous aura honteusement manqué. Car ce silence rappelle celui des élites juives pendant l’affaire Dreyfus.

Un an était passé. Le voilà à nouveau, le Directeur du Mémorial de la Shoah, l’Historien respecté, redevenu le prévenu. Seul.

A gauche, visages hilares, un brin arrogants, venus comme à une fête, le CCIF, la LDH représentée par Tubiana, et une drôle de chose : SOS soutien Ô sans papiers, représenté par un hurluberlu qui, lorsqu’il plaidera interminablement, nous fera tous vaciller entre désespoir et mélancolie. Ça, ç’allait être la double peine de tous, ce jour-là.

Au milieu, t’avais l’Avocate générale, pour le Ministère public.

A droite, la Défense. Maître Michel Laval. Grave. Entouré d’une dizaine de jeunes assistants. Qu’il doit faire beau d’être formé à l’école Laval.

D’emblée, les Parties civiles, acoquinées comme tu peux même pas l’imaginer, demandent que soit diffusé un micro trottoir, et, de façon inattendue, arguant sur une loi votée après le crime commis par l’historien, requièrent une requalification de l’infraction. Parce que, essaie de comprendre : si au prévenu, on pouvait lui attribuer deux infractions au lieu d’une, conviens que ce serait chouette. La bonne blague. Ça ferait par exemple diffamation doublée d’injure.  A quoi la défense les traita de lâches : demander une requalification la veille même du procès, ça s’faisait pas.

Le ton était donné. Et c’était parti. La Présidente rappela les faits : cette émission téléchargée près de 60 000 fois. Et tout ça pour une métaphore, qu’ici des savants appelleront catachrèse, une image quoi. Et une autre assertion : l’historien avait évoqué deux peuples qui en France se dressaient, l’un face à l’autre : bref quelques secondes extraites d’un débat pour le moins violent. Et tout ça te prenait une ampleur de ouf, un peu ubuesque au lendemain des obsèques de Mireille Knoll et ceux d’Arnaud Beltrame.

Le poursuivi auquel on reprochait donc d’avoir tenu des discours appelant à la haine et à la violence à l’égard de la communauté musulmane, bien qu’il eût été relaxé de l’infraction, devait redire ici si ses propos visaient tout ou partie de la dite communauté. Boosté qu’il avait été par nous tous, combattif encore en ce début de bataille, l’historien accusa d’emblée qu’on l’essentialisât, lui, comme raciste, et dénonça une manipulation : le lait tété au sein de la mère n’était pas de la génétique, il s’agissait de transmission culturelle. Cette expression était courante en Pologne et même chez Corneille, se défendit-il. On tentait de le manipuler en faisant mine de comprendre qu’il aurait dit que tous les musulmans avaient ça dans le sang : Smaïn Laacher avait dit la même chose mais le Juif était seul condamné : Je suis une proie idéale. Le CCIF me voue une haine indicible.

Or, plaida-t-il, loin d’inciter à la haine, Lui avait mis en garde, alerté, voire invité à l’intégration, tout ça pour prévenir un conflit : mon propos fut détextualisé pour m’essentialiser, moi, le Juif, le Directeur du Mémorial. Les conclusions perverses du CCIF me comparèrent à l’antisémite Xavier Vallat qui s’en prit aux Juifs Léon Blum, à Georges Mandel, ce Jéroboam Rothschild, et aux talmudistes Subtils. Bensoussan était le Vallat des musulmans, lui qui dénonça un refus de l’assimilation par les Juifs.

Il réfutait ce rapprochement qui le déshonorait, lui qui, dans son œuvre et dans l’émission incriminée, parlait des musulmans et pas de tous les musulmans, pointait leur antisémitisme, leur homophobie, leurs violences faites aux femmes. Il dénonça cet enjeu subliminal qui visait à travestir son travail qui ne condamnait pas 4 millions de musulmans et affirma que c’était du terrorisme intellectuel que de refuser d’acter qu’en France, en effet, 2 nations se constituaient, 2 peuples se faisaient désormais face, que les salafistes étaient à l’œuvre.

Il refusa donc de renoncer à dire une vérité qui dérangeait. Même s’il admit qu’elle pouvait blesser.

Il demanda encore comment des propos extirpés d’un débat, dont la seule raison d’être devrait se limiter à la discussion, pouvaient amener à être commentés dans un prétoire : Quel sens a-t-elle, dans la France de 2018, cette judiciarisation orchestrée par le CCIF, sinon de squeezer le débat et d’empêcher toute analyse critique de l’islam, toute réflexion intellectuelle.

Il en vint presque à se justifier en disant que Juifs en pays arabes, qui avaient coûté 5 ans de sa vie, avait été dédicacé à une femme arabe. Il ajouta qu’il fallait ouvrir les yeux, voir que l’antisémitisme assassin tuait seulement en France et dans aucun autre pays européen : nous sommes une exception : Mehdi Nemmouche a ciblé le musée juif de Bruxelles car en France le MAHJ était sous trop haute surveillance. Faut-il le taire, cet antisémitisme qui tua des Juifs parce que Juifs, tous exécutés par des musulmans.

Il convoqua encore Boualem Sansal, Soufiane Zitouni et précisa que cette haine était bien antérieure au conflit israélo-arabe : du million de Juifs dans les pays arabes, il en reste 4000. Le monde arabe est essentiellement antisémite.

Il conclut en affirmant que nommer les choses permettrait de sortir de ce schéma. Et ajouta son pessimisme : les faits m’ont donné raison.

Furent appelés ses témoins. Philippe Val s’en prit, sans précaution oratoire, à ce CCIF qui ne défendait en rien les intérêts des Français musulmans. Il dénonça le silence honteux sur la dimension antisémite de nombre d’attentats, citant Le Monde du jour qui titra De 2013 à 2018, la France au rythme des attentats, omettant l’année 2012. Il parla d’une question de vie ou de mort et dit son émotion de voir accusé cet homme dont l’œuvre était respectée dans le monde.

L’historien belge Joel Kotek défendit son collègue dont l’œuvre s’inscrivait dans la seule perspective historico-scientifique et évoqua le travail de Jules Isaac, qui s’était penché sur toutes les prières de l’Eglise catholique, pour voir la manière dont celles-ci parlaient des Juifs. Jules Isaac auquel on doit que la prière pro perfidis judaeis ne se dise plus. Joel Kotek évoqua l’enseignement du mépris proféré par le catholicisme à l’égard du judaïsme, ce subconscient d’antisémitisme, cette sorte d’horreur sacrée pour le Juif diffusée pendant des centaines et des centaines d’années, et demanda si Jules Isaac avait essentialisé les chrétiens. Jules Isaac, Bensoussan : la démarche de l’historien d’hier était la même que celle de l’historien d’aujourd’hui ; Nommer non pour stigmatiser mais pour trouver une solution. Inviter à réfléchir ensemble. Interpelé par les Parties civiles, Joel Kotek livra sa définition de  l’antisémitisme : c’est l’idée que les Juifs sont responsables de tout ce qui ne va pas dans le monde. Noëlle Lenoir, avocate, insista sur le fait que les événements récents donnaient un relief tout particulier à cette séance. Elle affirma sa révolte, sa consternation, d’avoir en ce jour à être citée pour défendre les propos d’un historien, extirpés qu’ils étaient d’un débat contradictoire. Celui qui nous ouvre les yeux, ils veulent en faire la marionnette d’une stratégie orchestrée pour faire taire ceux qui dénoncent l’antisémitisme. Elle interrogea les raisons profondes de ce procès et se demanda si l’aura dont bénéficiait Bensoussan n’expliquait la présence sur ce banc de celui qui avait livré avec Les Territoires un message prémonitoire et tiré une sonnette d’alarme. Elle rappela la liberté de communication, condition essentielle de la Démocratie : Les tenants d’une culture victimaire veulent faire taire celui qui est la quintessence-même de l’antiracisme. Ce qu’ils veulent, c’est remettre en cause la laïcité. Elle dénonça enfin cette idéologie victimaire dangereuse qui pourrait nous être fatale. 

Après délibération, la diffusion du micro trottoir apporté par les Parties civiles nous fut servie : 4 Juifs pointaient ce racisme anti-musulman qui montait et dénonçaient les propos stigmatisants du délinquant : faut réfléchir avant de parler ! Ne pas dire n’importe quoi. D’autant que tout allait très très bien. Ces propos tenus par des Juifs furent un fort moment de littérature propagandiste. La honte. Bensoussan, interrogeant sur la représentativité de ce micro trottoir  fait de questions induisant la réponse, cita ce hadit qui stipulait que le Juif se cachait derrière une pierre ou un arbre et que la pierre ou l’arbre disaient : Musulman ! Serviteur … Voici un Juif derrière moi : viens le tuer. 

Grand moment : les plaidoiries des Parties civiles.

Je suis fatigué, commença Maître Tubiana pour la LDH, de voir ces débats revenir sans cesse. Il moqua la séance en première instance, pleine de révérence envers un académicien. Pointa une certaine arrogance chez l’inculpé, qui n’avait guère changé : lui sait ! Les autres ne savent pas, moqua-t-il. Tenta de déconstruire ironiquement l’intérêt des Territoires perdus avec ses 70 témoignages et la pseudo-caution d’une Elizabeth Badinter. Il convint qu’il existait un antisémitisme de quelques musulmans. Voulut bien convenir qu’une forme de pseudo islamisme avait produit des attentats. Mais sanctionnez ! Pérora avec une malhonnêteté confondante ce Tartufe. Ajoutant avec mépris : Que Georges Bensoussan nous les serve, ses thèses ! Il parla de ce menteur pris les doigts dans le pot de confiture, de ce raciste qui fustigeait la tenue vestimentaire des seuls musulmans, leur reprochait de ne pas s’être désolidarisés des forfaits de Merah, qui in fine usait d’une image de rhétorique pour dire que culturellement toutes les familles musulmanes transmettaient l’antisémitisme.

Et là, il atteint sans vergogne le point Godwin : rappelant le processus génocidaire fait de déshumanisation et de recours aux stéréotypes, il accusa Bensoussan d’avoir eu recours aux  procédés nazis en disant les familles arabes, stigmatisant ainsi l’ensemble d’une communauté, exhortant à la haine en systématisant une population, injuriant, tout cela entre l’implicite et l’explicite. Ah ce pervers de Georges. Et ce traitre de Tubiana termina ainsi : Cet intellectuel, cet historien, qui dirigeait… euh… quoi déjà ? Ah oui ! Un Mémorial…  Vous avez failli, lui asséna-t-il haineusement avant de quitter les lieux : il était fatigué. Nous étions consternés.

Le représentant de l’Association Soutien Ô Sans Papier, Maître Stephen Suffren, nous offrit un long, trop long moment où l’ennui le disputa au comique et peut-être aussi au pathétique. Que faisait-il là, celui-là ? Eh bien … Sans une tierce association, le trop jeune CCIF n’aurait pas eu le droit d’ester en justice. Joua-t-il alors à un deux trois Ce sera toi ? Quoi qu’il en fût, Maître Suffren nous délivra un boulgui boulga où l’on piocha qu’il dénonçait des actes répréhensibles, que Georges Bensoussan devait être puni, écrire ses livres mais ne plus appeler à la violence. D’emblée, le prétoire comprit qu’on allait tous souffrir. S’ennuyer sec. Ça oscilla en effet entre mélancolie cet état de tristesse vague accompagné de rêverie Agacement devant ce temps précieux qui nous échappait Envie irrépressible de dormir.

A quoi pensait chacun Aux courses à faire sur le chemin du retour A l’angine du petit A son amoureux ? Stephen Suffren, il osa dire qu’il avait lu deux Bensoussan mais n’avait pas compris de quoi il parlait, accusa l’historien d’exiger une intégration, sinon qu’ils partent, à un moment le comique malgré lui parla de Molière Moi j’avais dû voyager Youkali dis-moi Et si ça existait Les élèves de Maître Laval restèrent d’une dignité exemplaire et la juge garda un visage impassible, et là, Stephen Suffren nous cueillit par surprise : il n’y a plus de liberté de la presse : on n’a plus la liberté de critiquer les Juifs.

L’avocat du CCIF, hilare sans que l’on en sût les causes, s’attacha d’abord à montrer que ce procès était on ne pouvait plus banal. Qu’en réalité, ça le fatiguait, lui, cette critique constante du CCIF qu’on accusait d’être la cinquième colonne qui serait là pour détruire la Démocratie. Et là, tu sais quoi, il entreprend de nous lire les statuts du CCIF. Ce truc qu’a même une philosophie. Qui combat cette crainte irrationnelle du musulman et cette société française crispée envers les mêmes musulmans. Quoi le djihad judiciaire ? Quoi le terrorisme intellectuel ? Niet : le CCIF, c’est la culture du compromis.

Lecteur, comme moi t’avais tout faux : ici dans le prétoire, le CCIF est devenu une vierge. Un ange : Et prouvez-moi que c’est autre chose, te lançait ce professionnel de l’inversion victimaire, avant d’expliquer à la Cour que ce jugement était une aberration : le travail de Bensoussan, c’est la sociologie pour les Nuls. Les Territoires perdus, c’est rien qu’une bande de copains qui te racontent ce qu’a dit l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours.

Et là, l’illusionniste, le marionnettiste du CCIF, il te parle soudain d’un hapax : salafistes, employé une fois lors du dit débat radiophonique. Et il te brandit le truc que tu t’attendais pas : l’erreur du Tribunal. Il te sort une salade comme quoi le constat d’huissier était erroné. Notre défenseur du CCIF il voulait bien admettre que les avocats de l’inculpé mentissent, concernant le verbatim, mais pas le Tribunal. Pas ça Pas ça.

Toi, tu tends l’oreille. C’est que, nous explique cet autre comique, il s’agissait de savoir qui était ce ils de la catachrèse hautement condamnable. Et c’était reparti : Ils. Les salafistes ? Les Musulmans ? Les islamistes ? L’ensemble des musulmans ? Il traita Bensoussan de double menteur qui prétendait citer Laacher, lequel affirmait n’avoir jamais proféré une telle ignominie. Et il moquait celui qui à présent venait pleurer. Il demande, le piètre orateur, qu’on retienne de surcroît un appel à la haine voire à la violence, pour l’exhortation implicite décelable dans ces références à la cinquième colonne.

Et là, il te sort un drôle d’argument: Smaïn Laacher et Mohamed Sifaoui ne furent pas condamnés ? Eh ben c’est comme quand certains brûlent un feu rouge : c’est aléatoire. Tu peux être pris ou pas pris.

Enfin, s’approchant dangereusement de la Cour un peu comme dans The Voice, il fait la fête à Georges Bensoussan, ce raciste qui s’ignore -de la pire engeance- ce pro de la rhétorique victimaire, qui avait parlé d’exil et voulut faire de ce procès l’affaire du siècle : Georges Bensoussan traite le Parquet de terroriste, s’exclama-t-il soudain : Tous ceux qui le critiquent étant des terroristes, le Parquet, de facto, est terroriste. Et là, il te sort de son chapeau ce qu’il croit être l’arme de destruction massive : il demande lui aussi la requalification, finissant avec ce qu’il croit relever du mépris: Bensoussan est-il raciste ? On ne le saura pas. On s’en fout. C’est ça que dut s’entendre dire celui qui avait écarté toute interprétation essentialiste en expliquant à la barre que s’il avait souscrit à un antisémitisme biologique, c’est comme s’il avait rayé d’une plume trente ans de sa vie.

L’avocate générale, dans son réquisitoire, ne suivit pas les parties civiles sur la provocation à la haine mais les accompagna dans la demande de requalification en injure raciale, requérant 3000€ en guise de peine.

La parole était à la défense.

Maître Laval, qui à plusieurs reprises devait en  référer à cette old school, ce monde d’avant desquels il venait, usa noblement de la Poétique d’Aristote, choisissant movere docere et jamais placere. Outré qu’il était qu’un autre eût pu qualifier de petite affaire un procès de cette nature, il s’en prit encore aux manières dont usa la Partie civile qui, dans une affaire datant d’octobre 2017, attendit la veille pour changer son fusil d’épaule et invoquer donc une nouvelle infraction, ouvrant ainsi la porte par laquelle on pourrait s’échapper du désastre que signifierait ce procès : Les Parties civiles ont fait fausse route, fulmina-t-il, elles étaient dans une impasse, mais monter ce petit coup tant ils désiraient ardemment obtenir à tout prix la condamnation de Georges Bensoussan : L’Avocat majuscule qualifia ce manquement de catastrophe intellectuelle, de désastre juridique et de bafouement moral.

Il était outré, cet homme qui était venu apporter lui-même ses conclusions, que le CCIF osât demander que soient cumulées l’injure et la provocation. Au nom du vieux monde, il demanda à la Juge de ne pas prêter la main au pitoyable piège qu’était cette demande impromptue de requalification, qui avait besoin, pour être reçue, de se faire de manière contradictoire, et non à la va-vite, dans une quasi obscurité. Il les qualifia de lâches, les Parties civiles. Rappela que le Ministère public avait considéré que l’infraction n’était pas justifiée. Insista sur le fait que l’Avocat général avait plaidé pour un réquisitoire juridique et non idéologique. Fit une confidence : je me suis réveillé peu après minuit. Fait aussi étrange que l’atmosphère étrange dans laquelle nous baignons. Ce procès est a-normal. Il est dangereux.

Il refit à son tour l’historique de ce qu’il convient désormais d’appeler L’Affaire Bensoussan. Ironisa maintes fois sur les sourires arrogants de  CCIF. Evoqua le rôle joué par l’officine Mediapart. La police de la pensée qui se mettait en route. La pétition portée par Pierre Nora qui dénonçait le traitement infligé à l’historien, traité dans la boue comme un vulgaire raciste. Revint sur la personne de Smaïn Laacher, cet homme hautement estimable et sociologue éminent qui, après un échange courtois avec Bensoussan, avait convenu de ne pas prendre sur le temps judiciaire pour trancher un débat d’idées qu’ils abordèrent en êtres civilisés et urbains. Il accusa le CCIF et ses comparses habituels de vouloir se faire l’épouvantable Georges Bensoussan. Parla de gangrène acharnée, moqua l’Association SOS Ô Sans papiers qui lui avait infligé un des pires pensum qu’il eût jamais eu à lire : 55 pages de supplice : J’ai pensé aux Juifs qui sous l’Occupation furent déportés et j’ai trouvé une grande audace qu’on vînt m’expliquer que le statut de Vichy n’était pas si grave que ça.

Concernant l’irrecevabilité du CCIF, Maître Laval affirma que le Collectif avait trouvé une aubaine dans le fait que le Parquet prît le relai dans une action qu’il ne pouvait mener : CCIF ? Alors désormais vous avez un attelage récurrent : l’Association SOS Ô Sans Papiers, avec un Ô, aima-t-il à souligner, blâmant ce CCIF qui avait qualifié Sifaoui d’agent des services algériens, ce CCIF adepte des approximations, mensonges et autres diffamations pour faire taire les détracteurs de l’islam politique. Ce CCIF qui refusa de condamner le terrorisme, l’antisémitisme, l’homophobie, et auquel il conseilla de faire preuve de modestie et de s’abstenir de donner la leçon. Il rappela encore le thème explosif du débat violent qui vit s’affronter Pangloss-Patrick Weil et Bensoussan-Cassandre : Cassandre ou sonneur d’alarme. A regarder le débat dans son entièreté, la Cour acceptera que l’essentialisation, cette coqueluche rhétorique que nous sert le monde des parties civiles, ne tient pas : la fracture française, voilà ce que nomme en la déplorant l’historien, en un constat inquiet et navré. Quant à l’expression antisémitisme tété au sein maternel,   elle n’est qu’une image : celle de la transmission et non cette construction factice qu’on voudrait nous servir. L’historien, d’évidence, ne visait pas tous les musulmans : à la minute 29.12, il précise : je n’ai pas dit l’ensemble, j’ai dit une partie. Voilà de quoi caractériser ou non l’infraction. Georges Bensoussan n’est pas là par hasard : par son œuvre et ses fonctions, il était la cible idéale, livrée pour que vous le punissiez.

Voilà. Georges Bensoussan, invité à conclure, fut sobre, accablé qu’il se présenta par ce mépris pour son travail, ces calomnies, cette accumulation de mensonges : Et j’aurais même incité au génocide, reprit-il, disant sa profonde tristesse. Il revint sur la tentation de l’exil qu’il avait déjà évoquée et à laquelle cédèrent 52 000 français Juifs, rappelant que s’il y cédait, il capitulerait, redisant son immense peine et concluant : on met en prison ceux qui sonnent le tocsin et on récompense les incendiaires.

La tristesse de l’historien, son accablement pesait sur la salle. Le délibéré fut fixé au 24 mai à 13h30, et, alors qu’un marchand de haine multirécidiviste venait d’être relaxé malgré la propagation d’images nauséabondes et sous le prétexte que ce montage ne représentait pas l’ensemble des Juifs, on ne pouvait ne pas penser à Gramsci, emprisonné en 1927 par Mussolini pour 20 ans, pour empêcher son cerveau de fonctionner, ou encore au Joseph Anton de Salman Rushdie qui évoqua, en 2012, ce quelque chose de nouveau en train de se produire, la montée d’une nouvelle l’intolérance, qui se répandait à la surface de la terre, mais dont personne ne voulait convenir : un nouveau mot avait été inventé pour permettre aux aveugles de rester aveugles, islamophobie.

Sarah Cattan

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Publié dans antisémitisme
5 commentaires pour “Le procès éminemment politique fait à Georges Bensoussan, par Sarah Cattan
  1. André dit :

    Tubiana est un trotskyste. Pas la peine d’en rajouter…

    • Tout à fait d’accord avec vous, André.
      Tubiana est sans doute trotskyste, comme le sont bon nombre d’islamo-gauchistes. Leur leader semble être Edwy Plenel, affirmativement trotskyste puisque annoncé par lui-même, en y ayant ajouté « et fier de l’être ».
      Le but de ces pseudo-islamophiles, initié à mon avis par le cachetier ex-Premier Ministre Lionel Jospin, infiltré dans le gouvernement présidé par François Mitterand, est de semer le trouble en vue de déstabiliser puis faire tomber les régimes démocratiques dits capitalistes …
      La suite ?

  2. Jacques Petit-jean dit :

    Ex membre de la cellule trotskyste de J.L Mélenchon, je confirme.
    Bien à vous tous.

  3. Wajsbrot dit :

    Mon vœux le plus cher serait de voir Plesnel et Tubiana se faire exploser dans le prochain attendant .pour une foi justice serait faite

  4. anne t dit :

    Cette affaire est d’une extrême gravité. L’institution judiciaire s’est alliée, objectivement, à l’imposture, lui a donné un statut « normal », l’a banalisée rejoignant ainsi la violence politique du CCIF.
    Même si Georges Bensoussan échappe derechef à toute condamnation, le fait qu’un tel procès ait pu se tenir est une catastrophe. On n’est plus sûr de rien et on n’ose même pas être sûr qu’évidemment il sera relaxé une seconde fois. Le simple fait d’avoir ce doute montre l’étendue du désatre.

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