Le juif que je ne suis pas, Par David Duquesne

Je vais vous livrer une part de mon intimité, de mon vécu, d’un traumatisme au long cours qui revient sans cesse. L’antisémitisme me touche au plus profond de moi, il se rappelle à des réminiscences douloureuses, à l’enfant innocent que j’étais et qui ne savait pas ce que signifiait être juif.

Mon plus lointain souvenir remonte à une époque où je devais avoir environ 4 ans, je passais la journée chez ma grand mère Fatima, une de mes tantes arriva, elle n’habitait pas très loin et lorsqu’elle me vit vint vers moi et m’implora de changer de prénom, « David!Il faut que tu changes de prénom, tu ne peux pas t’appeler David, c’est juif David, appelle toi Malik sinon les arabes vont te faire des ennuis! Malik c’est beau! »
Choqué je me réfugie dans les toilettes jusqu’au retour de ma mère, comment peut on vouloir me vider de ce que je suis, je suis David et personne ne me prendra mon prénom!

Trois ou quatre ans plus tard, un samedi soir je reste avec mes parents regarder un film en noir et blanc sur la deuxième guerre mondiale, je me souviens d’enfants en fuite qui essaient d’échapper à des soldats, ils se font attraper et on leur demande de baisser leurs pantalons afin de vérifier s’ils sont juifs, je suis de nouveau choqué et je ne comprend pas, que veulent ils voir, je ne sais même pas ce qu’est la circoncision!
Lors des visites médicales plus tard à l’école, je ne peux m’empêcher de penser à ce passage sur ces enfants juifs, essaye-t-on de savoir si je suis juif?
Je faisais souvent ce cauchemar, des soldats allemands arrivaient en ville et cherchaient à me trouver, c’était très angoissant.
Plus tard dans des quartiers communautarisés, beaucoup de musulmans vont me prendre pour un juif, mépris et méfiance sont de rigueur à mon égard, pire quand j’en croise certains, ils me saluent courtoisement, de façon mielleuse presque et crachent derrière moi une fois que je suis passé, je ne me fais pas d’illusions, j’irais de charybde en scylla, quand ils apprennent que ma mère est une ex musulmane mariée à un gwer, je passe de merde à sous merde mais toujours dans un enrobage mielleux de façade, ce sont eux les victimes pas moi, ils font toujours bonne mesure mais ils me vomissent dessus en arabe et pensent que je ne comprend pas tout.

Au lycée aussi, amusant de voir un certain Rachid me saluer d’un shalom narquois en compagnie d’un petit nazillon de fortune, deux identitaires qui font front commun, ce petit Ramadan de bazar montre sa désapprobation durant les cours sur l’évolution darwinienne, nous sommes en 1988.
Vers 30 ans je me marie et je vais jouer avec le jeune frère de mon épouse sur les terrains de foot de proximité avec les autres jeunes du quartier, mon beau frère me révélera plus tard qu’on me surnomme « le juif », mon prénom et mon type méditerranéen font illusion, j’avais remarqué comme un froid lorsque je jouais avec eux, peut être mon imagination.
Depuis quelques années je sillonne les réseaux sociaux et je vais débattre sur l’islam et mon prénom suscite des réactions épidermiques, on me renvoie au faux Talmud de Pranaitis, je me découvre agent du Mossad, sioniste avant même d’avoir compris ce que cela signifiait, j’observe deux types de réactions au sujet des juifs, la première est épidermique, une haine folle et incontrôlable et la seconde vient de musulmans plus posés intellectuellement qui nient farouchement cet antisémitisme et servent de paravent immunitaire aux premiers, ils font le service après vente d’une honorabilité inexistante.

Je ne peux m’empêcher de penser à ma grand mère dont le nom de jeune fille est d’origine juive, elle me confiait quelques semaines avant de mourir : « Tu sais David, j’aime beaucoup mon nom de jeune fille mais mon nom est juif, et quand j’étais petite en Algérie on me tirait les cheveux en criant mon nom, et je rentrais chez moi et je pleurais, et je ne comprenais pas pourquoi on me faisait si mal en criant mon nom, et puis un jour une de mes tantes m’a pris à part et m’a dit : tu sais Fatima ils te font du mal car nous ne sommes pas arabes nous sommes kabyles et d’origine juive, ton père était d’origine juive mais il est mort quand tu étais bébé et ta maman s’est remariée avec un musulman qui ne pouvait pas avoir d’enfant, mais ton père est d’origine juive ».
Et elle ajoute, fataliste, elle qui est une pieuse musulmane : « Toute ma vie j’ai caché mon nom de jeune fille à mes copines musulmanes car sinon elles vont me faire la misère car les musulmans n’aiment pas les juifs, pourtant j’ai eu une amie juive sur Paris elle était gentille ».

Quand ma grand mère est décédée, je suis resté quelques jours chez elle avec ma famille et quasiment toute la communauté musulmane de la ville est passée pour lui rendre hommage et partager de nombreux repas, qu’est ce que j’ai entendu comme propos haineux envers les juifs entre autres propos obscurantistes et moralistes sur certains membres féminins de ma famille trop occidentalisés à leur goût.
Elle avait raison, beaucoup de musulmans n’aiment pas les juifs, et je comprenais mieux pourquoi ma tante voulait me faire changer de prénom.

David Duquesne

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Publié dans antisémitisme
4 commentaires pour “Le juif que je ne suis pas, Par David Duquesne
  1. julius dit :

    A la lecture de cet article ressurgissent des souvenirs de mes années d’études, et notamment la période de l' »Aufklärung » en Allemagne, l’équivalent du Siècle des Lumières en France (18e siècle). Dans l’oeuvre « Nathan le Sage », de Lessing, Nathan n’avait aucune conscience d’être juif jusqu’au jour où on le lui a reproché. Aujourd’hui il m’arrive d’entendre des crachats derrière mon dos après avoir croisé certains personnages courageux. L’expérience aidant, je réplique en une fraction de seconde par la même attitude, à la grande surprise du courageux personnage. C’est ce que l’on appelle en droit français « une riposte proportionnelle à l’attaque ».

    • J F Patte dit :

      Lessing.le nom m’est bien familier. Le compagnon de route de Mendelssohn.pere de la Haskalah. Cette periode de mes etudes a embrase ma passion pour l’histoire juive.

  2. André dit :

    Les maghrébins islamisés sont seulement antisionistes. Avant 1948 le Maghreb était comme le paradis sur Terre pour les juifs…

    • André Mamou dit :

      Antisionisme = antisémitisme.
      Les Juifs du Maghreb n’ont été bien qu’avec la présence française . Sinon ils seraient restés dans ces pays devenus indépendants. Ne croyez pas aux fables …

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